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 This is war Δ Julian & Amarinda

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MessageSujet: This is war Δ Julian & Amarinda   Lun 4 Aoû - 19:40

9h47. Encore toujours 9h47. A croire que l’horloge au-dessus du four est cassée, ou que le temps c’est arrêté. Avec attention, j’observe les aiguilles qui refusent obstinément de bouger. Soudain, la plus longue est prise d’un léger frisson et se déplace presque imperceptiblement. 9h48. La réalisatrice m’a promis d’être là tôt, mais ce mot n’a pas la même signification au Capitole, où l’on se lève rarement avant dix heures avant de passer une heure de plus à se pomponner. Réveillée comme souvent par un cauchemar aux environs de quatre heures, je passe le temps en tournant en rond dans la maison et en ôtant quelques grains de poussière imaginaires des bibelots. Les jours comme ceux-ci sont les pires, les jours où j’attends pendant des heures, comme le vieux chien de la famille, que quelqu’un vienne s’intéresser à moi. J’ai enfilé une simple robe à fleurs qui doit être passée de mode depuis au moins cinq ans au Capitole et rassemblé mes cheveux en un chignon brouillon. A quoi bon soigner mon apparence quand ma styliste s’empresse, dès son arrivée, à me faire mariner dans une mixture dégoûtante pour donner de l’éclat à ma peau, à gommer mes cernes, à friser mes cheveux, à enduire mes pieds de crème parfumée ? Sans ces vêtements criards du Capitole, sans maquillage, les pieds nus sur le carrelage frais de la cuisine, je ressemble à n’importe quelle fille du District Un. De temps en temps, je me rends nerveusement dans le salon et j’allume la télévision pour suivre la progression des Jeux. Le fait de me trouver loin du Capitole, loin de l’agitation des sponsors, des stratégies des mentors, des paris et des fêtes, me donne l’impression d’être seule et isolée. Je devrais être au Capitole, aux côtés de Tywin, l’autre Vainqueur du Un. Mais me voici dans mon District natal, à attendre qu’on vienne me préparer pour tourner une petite vidéo de propagande. Non, la réalisatrice me l’a dit, elle ne pouvait pas attendre la fin des Jeux. Le Président a besoin de ces images tout de suite. J’ai déjà tourné d’autres vidéos, une au District Cinq, une au Neuf, une au Douze. Une poignée d’autres Vainqueurs fait la même chose pour les Districts restants. Nous sommes les nouveaux visages de la campagne pro-Capitole, les nouvelles marionnettes qui sourient et hochent la tête sur commande et débitent de petits discours appris par cœur. Parfois, je me demande qui est idiot assez pour se laisser convaincre par cette mascarade. Certainement pas les rebelles. La réalisatrice prétend que des vidéos semblables font rêver le petit peuple, qu’elles éveillent son adoration pour le Capitole. J’ignore si c’est vrai ; je n’ai jamais eu besoin de vidéos pour adorer le Capitole. Petite déjà, je décorais ma chambre de photos du Président et de femmes Capitoliennes aux coiffures improbables. Je rêvais de leur ressembler, de porter de jolis vêtements, des faux cils, des faux ongles et un faux sourire. J’étais une idéaliste. J’étais une idiote.

10h00. On sonne à la porte. Qui cela pourrait-il bien être ? Personne ne rend visite à Amarinda Carter, la folle, l’étrange, la différente. Et il est trop tôt pour que les Capitoliens soient là. J’ouvre la porte. Un homme maigre comme un clou au visage sale se tient sous le porche, l’air passablement gêné, un panier en osier sous le bras. « Ça vous dirait d’acheter des pommes, ma p’tite dame ? De jolies pommes bien mûres. Regardez-moi ça, regardez comme elles brillent. » Il exhibe fièrement son panier, qui contient des pommes très petites, très rouges et d’apparence délicieuse. Soudain, je reconnais cet homme. C’est celui qui s’est fait battre par les Pacificateurs sur la place du marché pour avoir maudit le Président. Il vendait alors des fruits et des légumes sous la direction d’un patron aux airs de tyran, et portait des vêtements beaucoup plus propres que maintenant. Je me souviens de lui avoir tendu la main pour l’aider à se relever après sa rossée. Je me souviens aussi qu’il l’a prise, cette main, qu’il a accepté mon aide. Beaucoup se seraient détourné avec dégoût. Après tout, ces mains ont tué d’autres enfants, ce sont les mains d’un monstre de foire, d’une femme dangereuse. Je souris à l’homme. « Je les prends toutes. » J’ignore ce que j’en ferai. Une tarte, peut-être. Plusieurs tartes. Ou de la confiture. Je cours chercher de l’argent, ainsi qu’une belle miche de pain blanc. L’homme balbutie de reconnaissance, il me remercie mille fois avant de décamper en vitesse. Je le regarde s’éloigner, le pain caché sous sa veste. Je me dis qu’il a dû perdre sa maison, ou son travail, ou les deux. Je me dis qu’il est stupide de venir sonner aux maisons des riches. Quelqu’un pourrait avertir les Pacificateurs, et il se retrouverait en prison. Je pourrais peut-être l’embaucher comme jardinier. Ou comme cuisinier. Je décide de commencer par faire les tartes. Je pourrai les servir à l’équipe du Capitole, même si je ne suis pas sûre qu’ils apprécient les pâtisseries des Districts.  Je sors la farine, le sucre, les œufs, le lait, la cannelle. Je lave les pommes et commence à les couper.

10h20. Je viens de coller le script sur l’armoire devant moi. Pendant que mes mains s’activent machinalement, coupant les pommes, malaxant la pâte, je répète mon texte.  « Depuis les Jours Sombres, le District Un a toujours vécu dans la lumière bienfaisante du Capitole. C’est lui qui nous nourrit, nous chérit, nous offre l’opportunité de vivre en paix. » Je le récite d’une voix monocorde. De toute façon, la réalisatrice me le fera répéter cinquante fois encore, et me dira à chaque fois qu’il faut que je sourie plus, que je sois plus enthousiaste, moins raide, plus ceci, moins cela… Dehors, il commence à pleuvoir. Tout doucement d’abord, puis de plus en plus fort. Pourtant, la pluie ne chasse pas la chaleur. « Nos bijoutiers, orfèvres, créateurs et stylistes sont connus dans tout Panem pour leur savoir-faire et sont honorés de contribuer ainsi à la gloire de notre grande nation. De plus, nous sommes heureux de livrer chaque année de valeureux Tributs pour les Jeux et de les voir triompher lorsque le sort leur est favorable. » J’ai l’impression d’entendre des cris, dehors, et des coups de feu. Les Pacificateur doivent encore poursuivre un pauvre diable. Sans doute ne s’agit-il pas d’un vrai rebelle, car nous sommes au District Un, le préféré du Capitole, et la plupart des gens ici sont heureux du régime actuel. Je tends les oreilles, mais je n’entends plus que le bruit de la pluie. « Le District Un tout entier se joint à moi pour vous souhaiter de joyeux Hunger Games et pour vous rappeler que maintenant plus que jamais, l’unité, la loyauté et la force des Districts seront récompensés. Avançons ensemble sur le chemin que le Capitole nous trace. Je suis fière d’appartenir au District Un. Je suis fière d’appartenir à notre nation éternelle. Panem aujourd’hui, Panem demain, Panem pour toujours ! »  Dans le silence qui suit mon discours, je sens que quelque chose ne va pas. C’est le genre d’instinct qui ne quitte jamais ceux qui participent aux Jeux, qui fait que les poils se dressent sur mes bras et ma nuque. Il y a quelqu’un dans la cuisine, derrière moi, qui m’écoute. Quelqu’un que j’entends respirer légèrement. Le crépitement de la pluie a dû masquer son arrivée. Je ne verrouille jamais la porte de derrière, car qui oserait s’attaquer à une gagnante des Jeux ? Qui, en effet ?

Je fais volte-face, et je positionne le couteau que j’utilisais pour couper les pommes dans ma main comme on me l’a appris au centre d’entraînement, prêt à être lancé. Un homme se tient dans l’entrée de la cuisine. Grand, musclé, la coupe de cheveux militaire. Intimidant. Il est trempé, et le devant de sa chemise est écarlate. S’agit-il de son sang ou de celui d’un autre ? Impossible de le savoir. Il se tient là, révolver au poing, sur ses gardes. A sa façon de tenir son arme, je vois qu’il sait s’en servir, qu’il s’en est déjà servi souvent. Il ressemble à un loup qui se serait égarée dans une bergerie. Mais je ne suis pas une brebis sans défense.  L’espace de quelques instants, nous nous observons, et je comprends qu’il est l’homme qui a causé tout ce bruit et ces coups de feu, qu’il est en fuite et qu’il est désespéré, prêt à tout pour survivre. Je reconnais aussi son visage. Tout le monde le connaît depuis que les Pacificateurs ont placardé des affiches à son image. C’est Julian Kennedy-Fawkes. Chef rebelle venu du District Sept. Le chef rebelle, celui dont tout le monde parle, que tout le monde craint. Mais je ne suis pas tout le monde. Je jette un bref coup d’œil à l’horloge. « Tu as cinq minutes. Cinq minutes pour m’expliquer ce que tu fais ici et pour me convaincre de ne pas te livrer aux Pacificateurs. » Je regrette de ne pas avoir d’arme plus dangereuse que le couteau, d’être là pieds nus, les mains et les poignets couverts de jus de pomme sombre, aussi imposante qu’une fillette brandissant une massue en carton. Mais je redresse la tête ; je suis Amarinda Carter, gagnante des Jeux, et je ne me laisserai pas faire. « Si tu t’approches de moi, je crie assez fort pour rameuter tous les Pacificateurs à la ronde. Si tu recules vers la sortie, je te blesse à la jambe. Si j’ai ne serait-ce que l’impression que tu vas me faire du mal, je te tue. » Je ne sais pas pourquoi je lui donne le temps de s’expliquer. Peut-être parce que nous sommes dans une impasse. Il ne peut rien faire. S’il tire, les Pacificateurs entendront le coup de feu et le localiseront sans peine. S’il m’attaque à mains nues ou à l’arme blanche ou s’il essaie d’échapper, je ferai tout pour alerter les alentours. Cependant, je ne peux rien faire non plus. Si j’essaie de le livrer aux Pacificateurs, il n’aura rien à perdre à me descendre. Si je le laisse partir, on pourrait le découvrir plus tard et m’en accuser. Il est à ma merci et je suis à sa merci. Alors, j’essaie de me convaincre que ce n’est pas déloyal envers le Président de laisser Julian s’expliquer. Ce n’est pas parce que le Président m’a fait battre pour idées rebelles que je suis une rebelle. Bien sûr que non. Je suis loyale à Snow. Je fais un petit geste de la tête pour inciter Julian à parler et fais quelques pas sur le côté, veillant bien à garder la table de la cuisine entre nous. Dehors, j’entends le remue-ménage des Pacificateurs qui le cherchent. Il est malin, Julian, de se cacher dans le quartier des Vainqueurs. Peu de rebelles oseraient s’y rendre, parce que les Vainqueurs du Un sont réputés pour adorer le Capitole ; on ne le cherchera donc pas ici en premier lieu. Dommage pour lui que la maison ne soit pas vide. Dommage pour moi que je ne sois pas partie faire des courses ou tourner cette vidéo idiote. « Parle, Julian, nous n’avons pas tout le temps du monde. Cinq minutes. » Il est 10h30. L’heure de vérité. Parlera-t-il ? Et s’il ne parle pas, que ferais-je ?
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MessageSujet: Re: This is war Δ Julian & Amarinda   Mar 5 Aoû - 15:12

Il serrait les dents pour supporter la douleur qui irradiait dans son bras blessé, en se maudissant de son manque de vigilance qui aurait pu le faire tuer. Il le savait pourtant, Julian, que le District Un n’était pas comme les autres, qu’une fois dans ces murs, il lui fallait toujours être sur ses gardes et ne jamais baisser sa garde. Ferveurs adorateurs du Capitole, l’idéologie rebelle n’avait que très peu d’adepte ici et rares étaient ses alliés, plus rares encore ses amis. Et tous ceux qui croisaient son chemin pouvaient à tout instant reconnaitre son visage, et le dénoncer aux autorités. Il prenait des risques pour pas grand-chose, Julian, mais il fallait savoir faire preuve d’audace pour parvenir à ses fins. C’était son crédo. Un mode de vie qui lui avait fait frôler la mort à plusieurs reprises, mais il ne s’en formalisait pas outre mesure. Julian n’avait pas peur de mourir pour ses idées rebelles, parce qu’il avait le sentiment qu’il mourrait pour quelque chose. Quelque chose de bien. Quelque chose de grand.  

Il serra ses poings à s’en faire blêmir les jointures. Quelqu’un l’avait balancé, il ne voyait pas d’autre explication. Julian s’était montré excessivement prudent depuis son arrivée au Un, n’acceptant de rencontrer que des personnes dignes de confiance. Ou du moins, c’était ce qu’il avait eu le malheur de croire. Mais ce matin, alors qu’il devait retrouver son contact au lieu de rendez-vous convenu, c’était les Pacificateurs qui l’avaient cueilli. Et leurs saletés de chiens. Par un heureux hasard, il était parvenu à s’enfuir et à les semer, mais un de ces clebards l’avait rattrapé et l’avait mordu au bras. Il s’était occupé de son cas, mais un peu trop tard. Le mal était fait, et en plus de l’handicaper fortement dans ses mouvements les plus basiques, la blessure pissait le sang. Ce qui était tout, sauf discret. Misant sur un coup de poker (mais quels autres choix lui restaient-ils ?), il s’était réfugié au Village des Vainqueurs, là où il savait précisément qu’on ne le chercherait pas. C’était comme ça qu’il s’était retrouvé dans cette maison, qu’il avait cru vide. Il avait rapidement déchanté lorsqu’une voix de femme lui était parvenue clairement de la cuisine, et plus encore quand il comprit qu’elle faisait l’apologie du régime actuel. Mais rien d’étonnant, après tout. Il était au District Un, souvenez-vous. Les enfants chéris du Capitole.

« Je suis fière d’appartenir à notre nation éternelle. Panem aujourd’hui, Panem demain, Panem pour toujours ! » scandait patriotiquement la voix, des mots qu'il aurait pu réciter avec elle tant ils avaient bercé son adolescence. Dans les vidéos de propagande qu’ils diffusaient avant chaque Moisson d’abord, puis dans toutes les cérémonies officielles auxquelles il avait été contraint de participer en sa qualité de mentor ensuite. Il s’approcha à pas de loups pour s’assurer qu’elle était seule (à qui parlait-elle ?), mais même malgré sa discrétion, il était stupide, presque naïf, de croire que sa présence pourrait échapper à la vigilance d’une Gagnante, d’une femme qui avait participé à ces maudits Jeux. Ils en revenaient tous avec un instinct de survie hors du commun et des réflexes solidement acquis, qu’il avait fallu rapidement apprendre sur le tas s’ils voulaient rester en vie.

La femme se retourna brusquement vers lui, dévoilant son identité à l’intrus qui s’était invité dans sa maison et dans sa vie. Sa première pensée fut qu’il la connaissait, à travers divers spots de propagande dont elle était la vedette, la seconde qu’elle avait un couteau à la main, et à la façon qu’elle avait de le tenir entre ses doigts, il comprit aussitôt qu’elle savait s’en servir. Et qu’elle n’hésiterait pas un seul instant à en faire usage. Ses doigts se resserrent spontanément autour de la crosse de son revolver. Il préférait ne pas avoir à la blesser (tuer des innocents ne faisait pas parti de ses préceptes) mais si elle ne lui en laissait pas le choix… Il ferait ce qu’il faudrait pour rester en vie. Et ceci, sans le moindre scrupule, car la mission qu’il s’était confié avait plus d’importance que n’importe quoi d’autre.

« Tu as cinq minutes, le menaça-t-elle d’une voix sûre ; Julian comprit aussitôt que malgré sa piètre allure, il ne l’effrayait pas. Mais après avoir survécu à l’Arène et à vingt-trois autres tributs, de quoi pouvait-elle encore avoir peur ? Il la comprenait, Julian, comme seuls savaient le faire les survivants d’une même catastrophe. Cinq minutes pour m’expliquer ce que tu fais ici et pour me convaincre de ne pas te livrer aux Pacificateurs. » Or, Julian n’avait jamais vraiment été un homme de paroles, il était un homme d’action. D’un rapide coup d’œil, il scruta les environs pour tenter de trouver une solution à son problème. Un, elle tenait un couteau, lui une arme. Il pourrait lui régler son compte avant qu’elle n’ait eu le temps de lui lancer son maudit couteau, mais le raffut ne manquerait pas d’alerter tous les Pacificateurs du coin, qui étaient encore à ses trousses. Il exclut donc cette possibilité. Deux, il était plus grand et plus musclé qu’elle, il pourrait sans peine se jeter sur elle pour la mettre hors d’état de nuire, mais alors, elle aurait l’opportunité de lui planter la lame dans le ventre. Trois, il pouvait tout simplement faire demi-tour et ainsi éviter les ennuis, mais les Pacificateurs l’attendaient encore, quelque part au-dehors, et malgré cette folle furieuse qui le menaçait d’un couteau, il était plus en sécurité ici.

La jolie brune sembla deviner ses intentions, si bien qu’elle préféra clarifier les choses. « Si tu t’approches de moi, je crie assez fort pour rameuter tous les Pacificateurs à la ronde. Si tu recules vers la sortie, je te blesse à la jambe. Si j’ai ne serait-ce que l’impression que tu vas me faire du mal, je te tue. » Mais l’un comme l’autre savaient pertinemment qu’aucun des deux ne pourraient prendre le dessus sans risquer sa propre vie. Combien de temps allaient-ils se défier du regard avant que l’un des deux se décide à agir ?

« Parle, Julian, nous n’avons pas tout le temps du monde. Cinq minutes. » Julian. Elle le connaissait. Il croyait à tort qu’elle menaçait un intrus qui s’était infiltré dans sa maison, mais c’était lui, le chef rebelle qu’elle tenait en joue. Pour l’anonymat, il repasserait. Etait-ce son visage placardé sur tous les murs de Panem qui avait éventé son secret, ou avait-elle assisté à sa Victoire aux Jeux ? Il chassa cette question de son esprit ; qu’importe la réponse, puisque l’issue était la même. Pour lui prouver sa bonne foi, il rangea ostensiblement son arme en la coinçant dans son jean – il pouvait de toute manière la maîtriser à mains nues – puis leva légèrement les mains en signe de reddition tout en ne la quittant pas du regard.

« Si tu sais qui je suis,  alors tu sais aussi que nous sommes de la même race, toi et moi. » De la race des Vainqueurs. De ceux qui avaient bravé la mort et qui avait remporté le duel. Tous autant qu’ils étaient, et aussi différents soient-ils, ils étaient tous unis à jamais par le sinistre secret qu’ils partageaient : ils savaient tous quel monstre insoupçonné sommeillait en eux. Et qu’ils le veuillent ou non, ces liens étaient forts, puissants, irrévocables et inaliénables.  « Nous sommes tous des frères, Amarinda. » Il jouait le même jeu qu’elle en lui apprenant à son tour qu’il n’avait jamais douté de son identité. « Des frères maudits, mais des frères quand même. » Julian ne savait pas si ses paroles suffiraient à convaincre son interlocutrice, mais il savait qu’Amarinda était une femme fragile mentalement, qui vivait dans un monde qui lui était propre, et où les grandes idées romantiques occupaient certainement une place prépondérante. C’était toutefois ce qu’il avait cru comprendre à chacun de ses passages au Capitole. Là-bas, les murs avaient des oreilles et les langues se déliaient vite.

Et puis il aperçut enfin le tas de pommes  - l’énorme tas en vérité, elle faisait la cuisine pour tout le District ou quoi ? – derrière elle, et décida d’en jouer, un sourire moqueur sur les lèvres. Il haussa nonchalamment les épaules avant de poursuivre sur un tout autre registre.

« Et puis je meurs de faim, et mon petit doigt me dit que tu vas avoir du mal à manger tout ça toute seule, et qu’un peu d’aide ne serait pas de trop. » Juste un peu de dérision dans ce monde bien trop sérieux.


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MessageSujet: Re: This is war Δ Julian & Amarinda   Mer 6 Aoû - 19:47

Je prends la pomme, je tourne trois fois à la tige pour la détacher, j’ôte la pelure, je coupe la pomme en deux, en quatre, j’enlève le trognon et je coupe les quartiers en tranches plus fines. Autant de gestes simples, reposants, qui ne nécessitent aucune réflexion de ma part. C’est bien. Réfléchir, c’est se souvenir, c’est souffrir. Je ne veux plus penser à l’Arène ; j’ai revu ces images assez souvent. Celle du garçon du Un, de mon co-tribut, qui se tord dans la poussière, le menton couvert de bave. Celle des deux autres Carrières, qui connaissent le même sort grâce au même poison. L’image de mon propre corps, vu dans la mare où je me suis arrêtée pour boire, d’un corps maigre, sale, couvert de blessures, et d’un visage aux yeux brûlants de fièvre et de folie. Et celle du Bain de Sang initial, où j’ai tué un garçon sans nom, qui ne m’avait jamais adressé la parole. Pour beaucoup, le premier jour des Jeux est le jour de leur premier meurtre. Pas pour moi. J’avais déjà tué, une seule fois. J’avais observé la fillette des voisins pendant qu’elle mangeait des baies empoisonnées et j’avais réagi trop tard pour la sauver. Voilà pourquoi je me suis portée volontaire, à l’âge de douze ans seulement. Pour purger ma peine. Pour honorer la promesse faite au frère de la fillette. Pour voir enfin ce Capitole que j’adorais depuis toujours, et son dirigeant. J’ai toujours une photo du Président sous mon oreiller. A vrai dire, je n’ose plus l’ôter de là, de peur que les caméras présentes dans ma maison ne le remarquent et que cela ne soit interprété comme un acte rebelle. Tous les soirs avant de dormir, je sors la photo, je laisse mon regard errer sur le costume bien coupé, la rose blanche à la boutonnière, le visage ridé à l’expression bienveillante, le léger sourire, les cheveux d’un blanc de neige. Et je me dis : voici l’homme qui a fait de moi qui je suis, qui m’a façonnée comme il a façonné le monde autour de moi. Je le pense sans jugement, sans rancune. Il n’a fait que son travail. Et je n’ai fait que le mien en tuant les autres Tributs. Rien de plus, rien de moins.

Ma voix, monocorde au début, se fait de plus en plus convaincante alors que j’avance dans le discours, de plus en plus fanatique. J’aime ce discours. Il parle de belles choses, d’unité, de loyauté, de courage, de paix. Il reprend ces paroles que je connais depuis toujours et auxquelles je crois aussi dur que du fer : « Panem aujourd’hui, Panem demain, Panem pour toujours ! ». Dehors, la pluie murmure contre les vitres. A l’intérieur, je n’entends que le bruit précis et satisfaisant du couteau qui traverse les pommes. Non, ce n’est pas vrai. Il y a aussi autre chose. Pas tout à fait un bruit, pas tout à fait une odeur. Plutôt une présence que je sens derrière moi et qui envoie une décharge d’adrénaline dans mon corps entier. Je ne réfléchis pas. Je me retourne, le couteau à la main, prête à attaquer, prête à me défendre, prête à prendre les jambes à mon cou s’il le faut. Entièrement, totalement concentrée. L’homme qui me fait face ne m’est pas inconnu. Je l’ai croisé plusieurs fois au Capitole, lorsque j’effectuais mes devoirs de mentor de bonne grâce alors qu’il ne faisait que supporter ce statut de Vainqueur. J’ai vu son image, placardée sur la place du marché, diffusée à la télévision. J’ai vu une vidéo le montrant, accompagné d’autres rebelles, en train de mener une attaque. Son nom me vient en même temps qu’un aiguillon de peur me transperce le ventre. Ce n’est pas une mauvaise peur, une peur qui paralyse, qui dessèche la bouche, qui empêche le cerveau de fonctionner correctement. C’est une peur qui s’apparente à la colère, sous-tendue d’un désir farouche de survivre. Une sensation que je connais bien pour l’avoir ressentie dans l’Arène. J’ai l’impression de me retrouver en plein milieu des Jeux. Face à moi, il n’y a pas un banal criminel, ni un fou furieux, ni un rebelle à la petite semaine. Il y a un autre Vainqueur. Une autre personne qui a dû tuer, blesser, ruser et charmer pour survivre. Une personne qui n’hésitera pas à me tuer, moi, et qui pourrait le faire à mains nues. Cependant, ayant toujours été petite et menue, j’ai été formée pour tenir tête à des adversaires plus costaud que moi. Moi aussi, je peux tuer sans scrupules. Nous voilà donc dans une impasse, deux Vainqueurs face à face, couteau prêt à être lancé et doigt crispé sur la gâchette du révolver, deux personnes qui sont prêtes à tout pour le survivre et qui savent tous deux jusqu’où ils sont prêts à aller pour cela.

« Tu as cinq minutes. Cinq minutes pour m’expliquer ce que tu fais ici et pour me convaincre de ne pas te livrer aux Pacificateurs. » C’est un ultimatum. Une tentative de débrouiller cette situation. Mais en mon fort intérieur, je sais que je ne pourrais pas le laisser partir comme ça. Je suis, après tout, un jouet du Président, et je lui appartiens corps et âme. Comment, alors, pourrais-je ne pas livrer cet homme, qui menace la paix sacrée de Panem ? La réponse est peut-être que je tiens à ma vie plus qu’à celle de Snow, car si j’essaie de capturer Julian, je doute fortement d’en sortir indemne. Je l’observe alors qu’il inspecte les environs, évaluant sans doute ses chances de me battre avec le matériel disponible et cela sans alerter les Pacificateurs. J’observe les muscles de la main qui tient le révolver, tendus à l’extrême, et son autre bras qui pend le long de son corps, blessé et inutile. Je l’observe comme un fauve en observe un autre, avec méfiance, prête à sortir les griffes au moindre mouvement suspect. Mieux vaut tirer les choses au clair tout de suite ; mieux vaut qu’il comprenne que je ne suis pas une pauvre chose sans défense. « Si tu t’approches de moi, je crie assez fort pour rameuter tous les Pacificateurs à la ronde. Si tu recules vers la sortie, je te blesse à la jambe. Si j’ai ne serait-ce que l’impression que tu vas me faire du mal, je te tue. » S’il tente de faire quoi que ce soit, autant essayer de lui apporter le plus de dégâts possible, quitte à me retrouver avec quelques balles dans le corps. Ce sera horrible et sanglant pour lui autant que pour moi. Je n’ai encore jamais ressenti la douleur provoquée par un révolver et je n’ai pas hâte de tenter l’expérience, ni de me prendre des coups. « Parle, Julian, nous n’avons pas tout le temps du monde. Cinq minutes. » Parler : notre seul échappatoire. Je souhaite parler vraiment, sans mensonges, sans artifices, et c’est pour cette raison que je prononce son nom. Pour qu’il sache ce qui est en jeu pour moi : il est sans doute l’homme le plus recherché de Panem, et je suis connue pour ma fidélité fanatique au Président. Il va falloir déployer des efforts considérables pour me convaincre.

Julian accepte mes conditions et range son arme, un geste qui me fait sourire, car je ne doute pas qu’il puisse sortir ce révolver en un clin d’œil et me descendre en deux secondes, tout comme je ne doute pas qu’il se tienne prêt à se battre à mains nues au cas où je baisserais ma défense. Il lève les mains en signe de reddition, et je remarque que l’une d’elle est rouge du sang qui goutte le long de son bras. Je lui fais un signe de tête pour exprimer mon approbation et j’attends qu’il parle, le regard planté dans ses yeux sombres, à l’affut de la moindre lueur meurtrière qui pourrait y surgir. « Si tu sais qui je suis,  alors tu sais aussi que nous sommes de la même race, toi et moi. »  Oui. Nous sommes de la race de ceux qui vivent la nuit pour ne plus revoir ces cauchemars, qui dorment lorsque le ciel est encore clair, un couteau sous l’oreiller. Nous sommes de la race de ceux qui ont été confronté à la bestialité de la nature humaine et qui préfèrent l’oublier. « Nous sommes tous des frères, Amarinda. » Je ne bronche pas lorsqu’il prononce mon nom ; mon visage est aussi connu que le sien, grâce aux vidéos de propagande. Il les a sans doute vues, ces vidéos, terré dans les souterrains du Treize ou dans quelque autre abri mal famé. Comme il a dû me haïr, la fille qui doit tant de souffrances au Capitole et qui continue à l’adorer. Comme ils ont tous dû me haïr, ces enfants aux joues creuses qui travaillent sans arrêt, les bûcherons du Sept, les miniers du Douze, les agriculteurs du Onze. Je les comprends presque. J’aurais pu faire partie de ces gens-là si le sort ne m’avait pas été favorable. « Des frères maudits, mais des frères quand même. » J’acquiesce solennellement à ces propos. « Frères. » Je confirme, car comment pourrais-je dénier ? Nous sommes tous liés, tous, volontairement ou involontairement, par ces Jeux qui continuent à hanter nos vies. Cependant, je ne suis pas dupe. « Si tu devais choisir entre la vie de l’un de ces petits soldats de plomb du Treize et la mienne, j’imagine que la mienne ne vaudrait pas cher. » Je lui offre mon plus beau sourire dégoulinant d'ironie. Nous sommes frères, mais seulement jusqu'à un certain point. "Si tu avais l’opportunité, ici et maintenant, de me donner un bon coup sur la tête pour t’échapper, tu le ferais. Nous sommes peut-être frères, Julian, mais tu as choisi d’être déloyal au pays qui te nourrit et au système qui préserve la paix, et c’est quelque chose qui nous séparera toujours." Je n’ai toujours pas baissé le couteau ; je continue à tenir Julian en joue. Ma main ne tremble pas et j’en suis étrangement fière. S’il croit pouvoir m’embobiner avec ça, il a tort, tort, tort. Je ne vis que pour le Capitole. Tant pis si le système n’est pas parfait, car je n’en ai toujours vu que les bons côtés. Presque toujours.

Soudain, Julian braque son regard sur quelque chose derrière moi, les sourcils froncés. Je résiste à la tentation de me retourner pour voir ce qui a attiré son attention – il pourrait s’agir d’une ruse. Un sourire factice aux lèvres dans une tentative pour alléger l’atmosphère, il dit : « Et puis je meurs de faim, et mon petit doigt me dit que tu vas avoir du mal à manger tout ça toute seule, et qu’un peu d’aide ne serait pas de trop. » Je ris franchement, après tout, je ne suis pas de glace, et ce chef rebelle a du toupet, ce qui n’est pas pour me déplaire. Cependant, ce n’est pas comme ça qu’il sauvera sa peau. « Mais bien sûr. Si tu veux que je te donne un couteau pour aider à découper les pommes, dis-le tout de suite. Ou alors, je peux te fournir un exemplaire plus grand et plus facile à me planter dans le dos dès que j’aurai le regard ailleurs. Tu me prends pour une idiote ?! » Je lui lance mon regard le plus noir. J’étais tranquille, heureuse, à préparer mes tartes, et voilà qu’il déboule et qu’il apporte avec lui problèmes, armes et l’odeur du sang, cette odeur terrible qui me rappelle l’Arène plus que toute autre chose. « Ecoute-moi bien, Julian, car j’ai l’impression que tu n’as toujours pas compris. On a dû te raconter des choses à mon sujet. On a dû te parler de la pauvre Amarinda, l’éternelle lunatique. Toutes ces choses, tu peux les oublier. La seule chose que tu sais, la seule chose qui soit vraie ici et maintenant, la voici : je suis dévouée au Capitole. Je suis la créature de… du Président jusqu’au bout des ongles. » Mon ton n’est pas exactement menaçant, mais ne pourrait en aucun cas être qualifié d’aimable. Je n’ai aucune rancune à l’encontre de Julian en tant que personne. Mais il est plus qu’une personne : il est un symbole, le symbole de ces rebelles que le Capitole déteste tant. En règle générale, je suis plutôt paisible, sympathique, et j'ai tendance à voir le bien plutôt que le mal. Lunatique, comme certains disent. Cependant, lorsque je défends le Capitole, je le fais avec feu, avec passion.  

« Alors, donne-moi une bonne, une très bonne raison pour laquelle moi, j’aurais envie de te laisser la vie sauve, de risquer ma propre sécurité pour la tienne… et je pourrais éventuellement t’offrir une délicieuse part de tarte aux pommes et considérer de te donner un coup de pouce. De plus… Tu n’as toujours pas répondu à ma première question. Qu’est-ce que tu fais au District Un ?» Je ne doute pas qu'il refusera de me révéler ce qu'il fait ici - après tout, je pense qu'il ne lâcherait rien même si je le torturais - mais ça vaut la peine d'essayer. Je me déplace légèrement vers la gauche. S’il se jette sur moi, j’aurais peut-être le temps d’attraper une arme plus appropriée dans le tiroir derrière moi. Pour la première fois, je remarque à quel point Julian est pâle. Il doit avoir perdu beaucoup de sang. De plus, il a l'air de ne pas avoir mangé un repas convenable depuis plusieurs jours. Cela pourrait tourner en ma faveur. Un seul instant d’inattention de sa part, et je n’hésiterai pas à le blesser suffisamment pour l’immobiliser. « Imagine, imagine un instant la récompense que Sn… » Je suis toujours incapable de prononcer son nom, qui m’écorche la bouche. Que m’arrive-t-il ? Snow était mon héros, mais maintenant… maintenant… « … la récompense que le Président m’offrirait si je participais à la capture du chef rebelle, du grand Julian Kennedy-Fawkes… » Ce n’est plus vraiment à Julian que je parle. Je rêve tout haut. Je ne parle pas d’une récompense en or et en argent, ni en objets précieux ou jolis vêtements. Toutes ces choses, je les ai déjà. Je parle de l’affection du Président. Si je lui démontre ma dévotion, il cessera peut-être de faire peser une menace de mort sur ma famille. Il cessera peut-être de m'obliger à amuser de riches Capitoliens, le soir. Il cessera peut-être de me faire battre. La première fois, c’était parce que j’avais empoisonné un Pacificateur – il me dérangeait, alors j’avais le droit de le tuer, non ? La deuxième fois ne remonte qu’à quelques jours, lorsque le Président a été mis au courant de l’incident au District Cinq avec Jaime. J’en porte toujours les marques sur le dos, sur mes mains et mes genoux égratignés d’avoir heurté brusquement le sol lorsque je me suis effondrée, sur mon visage aux yeux rouges d’avoir pleuré. Il n’y aura pas de troisième fois : à la prochaine bêtise, il tuera quelqu’un à qui je tiens. Je fixe Julian d’un regard dur, mais intérieurement, je l’implore : convaincs-moi. Convaincs-moi que tu mérites mon aide ou convaincs-moi que tu es indigne de confiance et qu'il est juste d'essayer de te tuer. Parle-moi. Attaque-moi s’il le faut, mais fais quelque chose, n’importe quoi, pour nous sortir de cette situation.
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MessageSujet: Re: This is war Δ Julian & Amarinda   Sam 9 Aoû - 22:14


Julian se trouvait dans une impasse. Parce qu’en vérité, il ne savait pas quoi lui dire pour la convaincre de changer d’avis à son sujet. Il savait pertinemment qu’Amarinda était une adepte convaincue du Capitole, qu’elle prônait avec ferveur le système en place et que l’adoration qu’elle vouait à Snow n’avait d’égale que le dévouement fanatique qu’elle lui témoignait. Peut-être lui consacrait-elle-même un véritable culte, et qu’il y avait quelque part dans cette grande maison une pièce aux murs couverts de photos à son effigie.

« Frères. », répéta-t-elle, comme pour apprécier le choix de ce mot et en estimer la valeur. Et le terme ne sembla pas vraiment lui convenir, puisqu’elle enchaîna : « Si tu devais choisir entre la vie de l’un de ces petits soldats de plomb du Treize et la mienne, j’imagine que la mienne ne vaudrait pas cher. » Elle ne savait pas à quel point elle avait tort. En tant que chef rebelle, il était bien évidemment amené à coopérer avec le Treize, mais il n’approuvait pas pour autant leur politique, tout comme il ne portait pas vraiment dans son cœur ces soldats à la botte de Coin. Au sein de la rébellion, le fait que Julian désapprouvait leurs méthodes et préférait faire cavalier seul n’était un secret pour personne ; il ne s’en était d’ailleurs jamais caché. Même en sachant cela, Coin continuait à lui confier des missions aux réels enjeux, mais Julian ne se leurrait pas, elle agissait de cette façon parce qu’elle n’avait pas le choix, et non par égards pour lui. Et en son for intérieur, il aurait pu jurer que Snow et Coin avait en commun le souhait de voir ce fauteur de troubles disparaître pour de bon. Peut-être que le jour où leur vœu se réalisera se retrouveront-ils autour d’un bon verre pour fêter cela. Malgré tout, s’il devait choisir entre la vie d’un rebelle et celle d’un admirateur exalté de Snow, il n’hésiterait pas un seul instant. Cependant, Amarinda n’était pas une citoyenne ordinaire, et le fait qu’elle soit une Gagnante entrait irrémédiablement en ligne de compte. Julian savait qu’il ne pourrait pas si facilement s’en prendre à quelqu’un qui avait vécu les mêmes horreurs que lui, et qui, sans même le connaître, comprenait et partageait ses maux, ses vices et ses tourments, bien plus que n’importe qui d’autre sur cette foutue planète. « Tu te trompes. En remportant ces Jeux, tu as gagné le droit de vivre, et jamais je ne te retirerai ça. » lui répondit-il d’une voix sérieuse qui trahissait la gravité de ses pensées.

Mais Amarinda ne le crut pas pour autant et renchérit. « Si tu avais l’opportunité, ici et maintenant, de me donner un bon coup sur la tête pour t’échapper, tu le ferais. Nous sommes peut-être frères, Julian, mais tu as choisi d’être déloyal au pays qui te nourrit et au système qui préserve la paix, et c’est quelque chose qui nous séparera toujours. » A ces mots, Julian sentit toute trace de compassion qu’Amarinda avait réussit à éveiller en lui le déserter, au profit d’une colère sourde et viscérale qui lui fit oublier jusqu’à la douleur de son bras blessé. « La paix, vraiment ?! », gronda-t-il d’une voix forte, où perçait son indignation. « Mais à quel prix, Amarinda ? Tu ne sais pas de quoi tu parles, moi oui. J’ai vu tous ces pauvres gens se tuer à la tâche pour un salaire de misère, mourir de faim dans les rues dans l’indifférence générale quand les Capitoliens se font vomir pour pouvoir s’empiffrer encore un peu plus, ou se faire battre par les Pacificateurs pour un oui ou pour un non. J’ai vu ces gosses qui meurent en bas-âge, qui triment dans les champs ou dans les mines du matin au soir, et qui ne survivent que pour se faire moissonner pour le divertissement d’une bande de privilégiés. Est-ce que ton petit confort personnel vaut toutes ces atrocités ? Réfléchis, réfléchis bien. Parce que toi, Amarinda, toi tu es déloyale à ta famille, à nous, tes frères d’arme, mais surtout envers toi-même, et crois-moi, il n’y a rien de pire.  » Il aurait aimé explicité davantage sa pensée, mais il se sentit soudainement faible et fatigué. La tête lui tournait tellement que le sol semblait tanguer sous ses pieds, et lorsqu’il se sentit brièvement perdre l’équilibre, il s’adossa nonchalamment au mur derrière lui, pour continuer à lui faire croire que tout allait bien. Mais tout n’allait bien pas. Si Amarinda s’obstinait à vouloir le faire causer, il allait finir par se vider de son sang, qui dégoulinait déjà à grosses gouttes sur l’impeccable carrelage de sa cuisine. Et pourtant, il aurait aimé lui dire tant de choses encore. Qu’il ne comprenait pas qu’elle puisse aimer la main qui la battait, et qui la souillait peut-être en la prostituant. Julian savait de quoi il parlait, pour avoir été contraint de se soumettre à cette humiliation cinq années durant. Snow avait pissé sur sa dignité, et c’était ce qui lui avait fait le plus de mal.

Mais Julian jugea que l’attaquer de front était probablement le moyen le plus sûr de se retrouver avec un couteau dans le ventre, aussi s’abstint-il de poursuivre sur sa lancée. Il ne pouvait pas mourir, Julian, pas comme ça, pas parce qu’il était entré dans la mauvaise maison. C’était trop stupide. Il grimaça sous les élancements de son bras, avant de se décider à jouer la carte de l’humour, et il fut récompensé par son rire. Un rire franc, cristallin, mélodieux, et avouons-le, franchement agréable. Au moins ne semblait-elle pas lui tenir rigueur pour les mots qu’il avait eus. « Mais bien sûr. Si tu veux que je te donne un couteau pour aider à découper les pommes, dis-le tout de suite. » Il haussa les épaules et son sourire le plus charmeur se dessina sur ses lèvres. « Je voulais juste donner un coup de main. » « Ou alors, je peux te fournir un exemplaire plus grand et plus facile à me planter dans le dos dès que j’aurai le regard ailleurs. Tu me prends pour une idiote ?! » Il faillit lui répondre que lui, non, mais que Snow, sûrement, mais c’était à coup sûr une très mauvaise idée.

« Ecoute-moi bien, Julian, car j’ai l’impression que tu n’as toujours pas compris. On a dû te raconter des choses à mon sujet. On a dû te parler de la pauvre Amarinda, l’éternelle lunatique. Toutes ces choses, tu peux les oublier. La seule chose que tu sais, la seule chose qui soit vraie ici et maintenant, la voici : je suis dévouée au Capitole. Je suis la créature de… du Président jusqu’au bout des ongles. » Il secoua la tête, sincèrement peiné pour elle. Comment avait-elle pu en arriver là ? Il ne comprenait pas comment elle pouvait idolâtrer l’homme qui avait fait de sa vie un Enfer, un combat de tous les jours contre les autres, et surtout contre elle-même. « Alors, donne-moi une bonne, une très bonne raison pour laquelle moi, j’aurais envie de te laisser la vie sauve, de risquer ma propre sécurité pour la tienne… et je pourrais éventuellement t’offrir une délicieuse part de tarte aux pommes et considérer de te donner un coup de pouce. » « Il parait que je suis de très bonne compagnie. » sourit-il de toutes ses dents. « De plus… Tu n’as toujours pas répondu à ma première question. Qu’est-ce que tu fais au District Un ? » Julian ne se rappelait pas qu’elle la lui ait posé, mais qu’importe. Il ne comptait pas lui faire part de ses plans de toute façon. Il opta cette fois encore pour la dérision. « Oh, la routine, quelques petites affaires à régler, tu sais ce que c’est. » Il la dévisagea attentivement. « Ou peut-être pas. Mais si je t’importune tant que ça, laisse-moi partir, et je te promets de ne plus jamais remettre les pieds ici. C'est un bon deal, non ? »

Quand elle se déplaça vers la gauche, il suivit son mouvement, anticipant une attaque de sa part, la jaugeant du regard.
« Imagine, imagine un instant la récompense que Sn… », il arqua un sourcil devant l’hésitation d’Amarinda à prononcer ce nom. Et soudain, tout lui sembla clair, limpide ; Amarinda n'aimait pas Snow, elle le craignait. Julian sentit qu’il venait de mettre le doigt sur quelque chose. « … la récompense que le Président m’offrirait si je participais à la capture du chef rebelle, du grand Julian Kennedy-Fawkes. » « Il ne faut pas exagérer. Je ne suis pas si grand que ça. » Il avait de plus en plus de mal à garder bonne contenance. Il fallait qu’il mette un terme à cette joute verbale avant de s’effondrer raide mort sur le sol. Il ne lui restait plus qu’une solution ; il lui fallait jouer le tout pour le tout, et tenter d’émietter sa confiance inébranlable en Snow. « Il ne t’aimera pas pour autant, tu sais. », lui confia-t-il d’une voix faible, comprenant immédiatement qu’elle ne parlait pas de récompense matérielle, puisqu’elle avait déjà plus d'argent qu'il ne lui en fallait pour vivre. « Tu ne seras jamais une véritable Capitolienne à leurs yeux. Penses-y. Ils te verront toujours comme cette pauvre petite fille qui a gagné les Jeux, qui vient d’ailleurs, à laquelle ils s’intéressent de temps à autre parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire. Tu n’es qu’une marionnette, une poupée entre leurs mains. Tu ne seras jamais, jamais l’une des leurs.» Une poupée. Oui, ce terme lui allait comme un gant. Avec sa peau de porcelaine, ses cheveux d’ébène et ses grands yeux bleus, elle avait tout d’une poupée qu’on manipulait à sa guise. « Si tu veux trouver un sens à ta vie, si tu veux avoir une bonne raison de te lever le matin, alors viens, suis-moi. Suis-moi et rejoins-nous. Et personne ne te fera plus jamais de mal. » Sa voix n’était plus qu’un murmure, et il peinait à garder les yeux ouverts. Sa blessure au bras devait être plus grave qu’il ne l’avait cru de prime abord. Enfoiré de clébard.  



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MessageSujet: Re: This is war Δ Julian & Amarinda   Lun 11 Aoû - 19:49

Je ne devrais pas apprécier d’être face à face avec l’homme le plus recherché du pays. Je devrais ressentir de la peur, je devrais penser à ce que cet homme a fait, à ce qu’il est prêt à faire pour sa cause et pour sa propre liberté. Pourtant, malgré le fait que tout, de sa posture agressive au sang qui macule ses vêtements, me fait penser à l’Arène, je ressens un étrange soulagement en sa présence. Même s’il me dérange, il m’offre une parenthèse hors de ma vie réglée par le Capitole, et il me délivre de cette pénible solitude imposée par mon statut de Vainqueur. Après tout, nous sommes, comme il le dit, frères. Frères d’armes, frères de sang et de souffrance. Nous avons été trempés dans le même feu, traversé le même enfer, connu la même horreur. Cependant, après notre victoire, nous avons choisi des chemins différents. Je dois paraitre aussi étrange aux yeux de Julian que lui aux miens ; tout, notre vie, nos idéaux, nos activités, nous sépare. Je suis la petite chérie du Capitole, adulée par les foules, connue pour être le visage de la campagne de propagande. J’ai une maison trop grande pour moi seule, trois repas par jours auxquels je touche à peine, plus d’argent que je ne saurais dépenser en une vie entière et trop d’heures dans une journée pour les remplir toutes. Il est le rebelle éternellement en cavale, vivant sans doute entre abris de fortune et caves d’habitants désireux d’aider, jamais au repos, jamais autorisé à baisser la garde, risquant à tout instant de mourir ou de voir ceux à qui il tient connaître ce même sort. D’après les informations que le Capitole diffuse à son sujet, je l’imaginais comme un prédateur, plus animal qu’homme, assoiffé de sang. A présent, je suis bien obligée d’admettre qu’il a l’air tout ce qu’il y a de plus humain. A-t-il une famille, cet homme qui a fait de la rébellion sa vie ? Un frère, une sœur, des parents qui parlent de lui avec fierté ou qui, au contraire, dénient tout lien du sang avec lui ? Des amis qui sont obligés de se cacher, de fuir les persécutions pour l’avoir fréquenté ? Quelqu’un qui l’aime et qu’il aime et qui se trouve par sa faute en danger constant ? J’en arriverais presque à la conclusion que cet homme, chef de la rébellion, entouré par des centaines de soldats, est aussi seul que moi.  

Ses arguments n’ont pas réussi à me convaincre et cela me déçoit inexplicablement. Après tout, s’il y a une personne capable de défendre la cause rebelle, cela doit bien être lui. « Si tu devais choisir entre la vie de l’un de ces petits soldats de plomb du Treize et la mienne, j’imagine que la mienne ne vaudrait pas cher. » Je n’attends pas vraiment de réponse à cette question toute rhétorique, mais Julian me surprend en y réfléchissant avant de répondre gravement : « Tu te trompes. En remportant ces Jeux, tu as gagné le droit de vivre, et jamais je ne te retirerai ça. ». Je hoche lentement la tête, pas toute à fait certaine qu’il dise la vérité, mais étonnée par cette logique étrange. A l’évidence, le terme « frères » n’est pas un mot creux pour Julian. Peut-être me suis-je trompée à son sujet ; je pensais qu’il me considérait comme une créature risible façonnée par le Président, mais je comprends maintenant qu’il me respecte, et c’est plus que ce que certains admirateurs du Capitole m’ont offert. Cependant, je veux qu’il sache qu’il n’y a pas de paix réelle qui puisse exister entre nous, seulement une trêve temporaire, un sursis le temps de débrouiller cette situation. « Si tu avais l’opportunité, ici et maintenant, de me donner un bon coup sur la tête pour t’échapper, tu le ferais. Nous sommes peut-être frères, Julian, mais tu as choisi d’être déloyal au pays qui te nourrit et au système qui préserve la paix, et c’est quelque chose qui nous séparera toujours. » Je voulais seulement que ce soit clair, mais la colère qui s’allume dans le regard de Julian m’indique qu’il voit mes paroles comme une attaque contre sa cause bien-aimée. « La paix, vraiment ?! » Je m’exhorte au calme et redouble d’efforts pour ne pas écouter cette voix lointaine qui m’ordonne de planter mon couteau dans le corps du rebelle ou de m’enfuir aussi rapidement que possible. « Mais à quel prix, Amarinda ? Tu ne sais pas de quoi tu parles, moi oui. J’ai vu tous ces pauvres gens se tuer à la tâche pour un salaire de misère, mourir de faim dans les rues dans l’indifférence générale quand les Capitoliens se font vomir pour pouvoir s’empiffrer encore un peu plus, ou se faire battre par les Pacificateurs pour un oui ou pour un non. J’ai vu ces gosses qui meurent en bas-âge, qui s’usent à la tâche du matin au soir, et qui ne survivent que pour se faire moissonner pour le divertissement d’une bande de privilégiés. Est-ce que ton petit confort personnel vaut toutes ces atrocités ? Réfléchis, réfléchis bien. Parce que toi, Amarinda, toi tu es déloyale à ta famille, à nous, tes frères d’arme, mais surtout envers toi-même, et crois-moi, il n’y a rien de pire.  » Ses mots font mouche comme autant de coups de couteau, comme autant de balles de révolver touchant leur cible exactement au bon endroit. Déloyale. On ne m’avait encore jamais appelée comme ça.

Soudain, Julian recule d’un pas incertain jusqu’à pouvoir s’appuyer contre le mur derrière lui. Je ne le lâche pas du regard. S’agit-il d’une ruse, d’une tentative de fuite ? Alors, je remarque les gouttes de sang sur le carrelage et le regard légèrement vague du rebelle. Ai-je enfin un avantage à utiliser contre lui ? Cependant, tout en dressant mes plans pour le vaincre, je ne peux m’empêcher d’éprouver une certaine forme de pitié à son égard. Trempé, couvert de sang, hirsute, le regard aux abois, il attendrirait n’importe qui par son regard voilé par la douleur. Je secoue la tête – un instant, je suis tentée de croiser les bras, mais il serait alors impossible de le tenir en joue – et décide d’oublier ma pitié pour me concentrer sur mon but à moi : défendre le Capitole et ses valeurs si chères à mon cœur. Les paroles de Julian m’ont laissée sans voix, incapable de répliquer, mais il faut qu’il y ait une raison, un argument logique prouvant que le Président est un dirigeant juste et bon. Il le faut. Alors, je suis rassurée lorsque je me souviens de cette conversation que j’ai eue avec lui, il y a quelques années, et où il m’a parlé de la difficulté de contenter le peuple. « Il y a toujours eu des riches et des pauvres, Julian, même parmi nos ancêtres. Mais… je ne peux pas croire ce que tu dis au sujet de ces gens qui meurent de faim. Je suis sûre que le Président veille sur eux comme il veille sur nous. » Je n’ignore pas que j’ai toujours vécu dans un District relativement riche et privilégié, mais je refuse de croire que dans d’autres Districts, des gamins sont obligés de travailler jusqu’à en mourir. Je pense à l’homme qui m’a vendu les pommes, à sa maigreur, son désespoir. Je pense au quartier pauvre du District, où les gens vivent entassés dans des maisons minuscules et cuisent leurs repas sur des feux de fortune, ce qui cause irrémédiablement un incendie de temps à autre. Il doit forcément y avoir une explication pour cette pauvreté. Cependant, qu’on crève de faim, ici ou ailleurs, me sidère. La famine, c’est pour dans l’Arène, c’est pour les Tributs qui n’ont pas l’occasion de récolter assez de nourriture. Ce n’est pas quelque chose qui existe dans les Districts. Après tout, le Président n’offre-t-il pas l’opportunité de recevoir des tesserae ? N’organise-t-il pas, de temps en temps, de distributions de nourriture ? « Quant aux Jeux, c’est le prix à payer pour conserver la paix, pour se souvenir des erreurs du passé, et ce sont les Districts qui le payent parce que ce sont eux qui ont choisi la guerre. Mais vous n’avez rien appris, apparemment, étant donné que vous continuez à vous battre contre une injustice qui n’existe que dans votre esprit. Et cette guerre, cette guerre que tu aimes tant, a fait plus de morts que ces Jeux que tu prétends détester ! » Inévitablement, je ne parviens pas à faire concorder ma vision de la réalité avec la sienne. Inévitablement, ses paroles éveillent une colère brûlante au creux de mon estomac, une colère mêlée d’impuissance parce que je sens que c’est lui qui a le dessus et que toutes les explications que je pourrais donner seront insuffisantes pour faire taire l’écho douloureux que ses paroles ont éveillées en moi. Je redresse le menton. « Je suis loyale au Président depuis toujours, je le sais, il le sait, et cela me suffit. Je n’ai trahi personne. » Ma voix est basse, presque réduite à l’état de murmure. Je regarde Julian avec toute la sincérité et la conviction dont je me sens capable. Personne.

Comme pour me mettre de meilleure humeur, Julian propose nonchalamment de m’aider à préparer mes tartes aux pommes.  Je ne peux m’empêcher de rire, et pour la première fois, l’idée me vient que ce chef rebelle est peut-être quelqu’un de bien. « Je voulais juste donner un coup de main. » Se justifie-t-il avec un sourire désarmant. Je réponds à son sourire avant de me rendre compte que ce n’est pas ce que je suis censée faire. C’est un rebelle. Nous ne pouvons tout simplement pas nous entendre. Et apparemment, il ne l’a toujours pas compris. « Ecoute-moi bien, Julian, car j’ai l’impression que tu n’as toujours pas compris. On a dû te raconter des choses à mon sujet. On a dû te parler de la pauvre Amarinda, l’éternelle lunatique. Toutes ces choses, tu peux les oublier. La seule chose que tu sais, la seule chose qui soit vraie ici et maintenant, la voici : je suis dévouée au Capitole. Je suis la créature de… du Président jusqu’au bout des ongles. » Il secoue la tête. Est-ce de la pitié que je vois dans son regard ? Ça me hérisse. Pourquoi l’aiderai-je ? Pourquoi risquerai-je d’être encore battue, de voir mes parents assassinés ? « Il parait que je suis de très bonne compagnie. » Encore ce sourire. Julian est vraiment incroyable. Blessé et sous la menace d’un couteau, il ne tente pas de me convaincre à coups de grands discours, mais il m’use à force de gentillesse et de drôleries. « C’est indéniable. » Je réponds affablement, rentrant dans son jeu. Il faudra que j’essaye une autre tactique pour le faire parler. « De plus… Tu n’as toujours pas répondu à ma première question. Qu’est-ce que tu fais au District Un ? »  Il répond aussitôt : « Oh, la routine, quelques petites affaires à régler, tu sais ce que c’est. » Devant mon air incrédule et passablement énervé, il ajoute rapidement : « Ou peut-être pas. Mais si je t’importune tant que ça, laisse-moi partir, et je te promets de ne plus jamais remettre les pieds ici. C’est un bon deal, non ? » Oui. Ce serait peut-être la solution. Le laisser partir, tout simplement. Je ne lui fais pas de mal, il ne me fait pas de mal, et nous sommes tous deux tranquilles. Mais je ne peux pas. Ce serait trahir mon pays, trahir la confiance du Président. Snow voudrait que j'attaque Julian, ou que je tente au moins de le retenir jusqu’à l’arrivée des Pacificateurs ou jusqu’à ce qu’il s’évanouisse à force de perdre du sang.

« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. » Je me déplace lentement mais sûrement vers le tiroir contenant plusieurs couteaux de format plus respectable que celui que je tiens à la main et Julian, comme je pouvais m’y attendre, suit le mouvement. « Imagine, imagine un instant la récompense que Sn… » Une fois de plus, je ne parviens pas à prononcer son nom. Je n’y arrive plus depuis la fois où il m’a fait battre. C’est stupide de ma part. Priant pour que Julian ne remarque pas mon hésitation, je poursuis : « ... la récompense que le Président m’offrirait si je participais à la capture du chef rebelle, du grand Julian Kennedy-Fawkes. » Je souris, rêveuse. Je vois le visage du Président devant moi, j’entends sa voix qui me dit : « Bien joué, Amarinda. ». Oui. C’est ce que je veux. Je serais prête à n’importe quoi pour remonter dans son estime. « Il ne faut pas exagérer. Je ne suis pas si grand que ça. » Je l’observe attentivement. Il a l’air de plus en plus mal en point, et le sang ne cesse de couler de sa plaie au bras. Son sens de la répartie ne m’arrache d’un maigre sourire, cette fois, car il ajoute quelque chose qui me donne l’impression d’avoir le corps rempli de glace : « Il ne t’aimera pas pour autant, tu sais. » Il est parfaitement clair de qui il parle. Comment peut-il savoir ? Comment a-t-il deviné ? J’essaie de parler, mais je n’y arrive pas, je ne peux pas. « Tu ne seras jamais une véritable Capitolienne à leurs yeux. Penses-y. Ils te verront toujours comme cette pauvre petite fille qui a gagné les Jeux, qui vient d’ailleurs, à laquelle ils s’intéressent de temps à autre parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire. Tu n’es qu’une marionnette, une poupée entre leurs mains. Tu ne seras jamais, jamais l’une des leurs. » Une poupée. Exactement le mot qu’il fallait dire pour me porter un coup dur. Je me souviens de ces hommes du Capitole que je côtoie le temps d’une soirée, d’une nuit, je me souviens des surnoms qu’ils me donnent. Princesse. Chaton. Chérie. Mais, inexplicablement, poupée est celui qui revient le plus souvent. Et ça me dégoûte. Ça me dégoûte autant que leurs mains baladeuses ou leurs sourires entendus. J’ai toujours continué à les fréquenter, ces hommes, pour plaire au Président. Pour qu’il m’aime… « Si tu veux trouver un sens à ta vie, si tu veux avoir une bonne raison de te lever le matin, alors viens, suis-moi. Suis-moi et rejoins-nous. Et personne ne te fera plus jamais de mal. » Le coup de grâce.

Mon corps ne me répond plus. Je tremble comme une feuille, comme je n’ai jamais tremblé devant personne. Je vois Julian comme de très loin, à travers d’un voile épais. Mes paupières papillonnent, je n’arrive plus à accommoder correctement. Ses mots, ses mots assassins, affûtés, programmés pour me toucher là où ça fait mal, tournent en rond dans ma tête. « Non… » Je ne sais pas si je le chuchote ou si je le crie. Dehors, le tambourinement de la pluie redouble de vigueur comme pour faire écho à mon désarroi. Le couteau glisse entre mes doigts, m’échappe des mains. « Ce n’est pas… Il ne me ferait jamais de mal… Il m’aime, il me l’a dit… Je… Je suis comme une fille pour lui... » Je me raccroche à ce que je peux, aux quelques lambeaux de réconfort qu’il me reste. « Je ne comprends pas pourquoi… il est toujours tellement fâché… mais… ça va aller… ça va aller… » Je bredouille lamentablement, et soudain, je comprends que ça n’a aucun sens. Que je ne tromperai pas Julian comme ça. Et qu’il faut peut-être que je cesse de me tromper moi. Déloyale envers toi-même. Je m’avance vers Julian dans un brouillard épais, comme si j’avais de la ouate devant les yeux et dans les oreilles. Sans arme. Sans ces mensonges qui me protégeaient. Je m’arrête à quelques pas de lui. « Tu saignes. » Ma voix résonne dans la pièce de façon surnaturelle. La couleur rouge du sang sur mon carrelage me blesse les yeux. « Assieds-toi. »  Un simple murmure. Il s’assied sans protester. Je remarque la quantité de sang sur ses vêtements. Si je ne fais rien, il mourra. Il mourra, et je serai seule avec un cadavre et avec ces mots qu’il m’a balancés. Je ne veux plus jamais être seule. Comme un automate, je m'avance vers la porte par laquelle le rebelle est entré dans ma vie. Après tout, je ne m’étais pas trompée à son compte : il est bel et bien le grand méchant loup, et il vient d’anéantir d’un seul souffle le château d’illusions que j’avais construit pour me protéger. Julian fait un mouvement, presque comme s’il voulait me retenir. Mais je n’ai plus peur. Je ferme la porte de derrière à clé. Ça retardera les Pacificateurs s’ils ont l’idée de venir par ici. Puis je retourne dans la cuisine, et je suis presque surprise de voir que Julian n’a pas bougé. J’ouvre l’armoire au-dessus de l’évier et j’en sors ma trousse médicale et un rouleau de bandages. Mes mains tremblent tellement que la trousse m’échappe et tombe dans l’évier. Je la récupère et commence maladroitement à la fouiller. Les petites fioles s’entrechoquent, et je ne vois plus rien, je ne sens plus rien hormis mon cœur qui bat bruyamment, douloureusement. « Comment peux-tu me promettre que je serai en sécurité ? » Je chuchote. De simples paroles, mais aussi l’acte le plus courageux et le plus rebelle de ma vie. Je pose mon front contre l’armoire. « Qu’il ne pourra plus me faire de mal ? Il sait… » Je frissonne.  « Il sait comment faire mal. Si je désobéis, il me tuera et il tuera ma famille. » A l’aveuglette, je sors le matériel nécessaire de la trousse. Je pose tout sur la table devant Julian, et je me force à respirer calmement, je serre les poings pour que mes mains cessent de trembler. Je tire une chaise pour m’asseoir à côté de lui. Avec douceur, je pose les mains sur son bras. Ne pas penser. Ne pas réfléchir. Agir, c’est tout. Soigner.

Ce n’est pas une marque de couteau ou une balle que Julian a dans le bras. Il a été mordu par un chien. Si les Pacificateurs ont sorti ces sales bêtes, nous avons beaucoup de chance qu’il pleuve à seaux. Sinon, ces clébards auraient déjà pisté Julian. J’attrape une paire de petits ciseaux, que je montre à Julian comme pour demander son autorisation avant de découper lentement sa chemise autour de sa plaie. Je retire doucement le tissu que le sang fait adhérer à sa peau jusqu’à mettre la plaie à nu. Ce n’est vraiment pas joli à voir. Je remplis une cuvette d’eau tiède que j’utilise pour laver la plaie. Je vois nettement les marques des crocs du chien. Heureusement, il n’a pas touché l’os. C’est tout ce que je peux dire. Ma formation ne se limite qu’aux premiers soins ; je ne suis pas médecin. Je désinfecte d’abord impitoyablement la plaie ; Julian doit avoir l’impression d’avoir le bras en feu, et je sens que ses muscles se crispent de douleur. Ensuite, je vaporise un spray subtilisé au Capitole qui aide les tissus à se régénérer. Enfin, je sors l’aiguille et le fil. «  Serre les dents. Ce ne sera pas plaisant. » Je l’avertis d’une voix étrangement atone avant de commencer à le recoudre méticuleusement, à petits points serrés. Mon travail achevé, le résultat a l’air plutôt correct, et cela l’empêchera au moins de perdre plus de sang. Après réflexion, j’ajoute un peu de pommade avant de bander soigneusement son bras. Alors que je fixe le bandage, mes mains se remettent à trembler. Je reste là à les regarder, posées sur le bras du rebelle. Puis, l’impression confuse qu’on m’observe me fait lever les yeux vers Julian. Je me sens anesthésiée, comme si j’avais reçu un choc trop violent pour être pleinement ressenti. « Je n’ai pas plus ma place parmi les rebelles, Julian, et tu le sais. Je ne suis pas… Je ne peux pas. » Etrange : j’ai survécu aux Jeux, j’ai survécu à la colère du Président Snow, et c’est la gentillesse d’un rebelle qui finit par avoir raison de moi. Par me briser.
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MessageSujet: Re: This is war Δ Julian & Amarinda   Sam 16 Aoû - 12:35



« Non… » Sa voix se brisa dans un murmure, et le chagrin et le doute que Julian décela dans ses grands yeux clairs le décontenancèrent tellement qu’il en oublia presque la menace qu’elle représentait. Et pour un infime moment, il la vit telle qu’elle était réellement : une petite fille malaimée qui recherchait désespérément l’affection d’un parent trop occupé pour s’intéresser à elle, et qui souffrait terriblement de ce manque d’attention. Le couteau, seul rempart qu’il lui restait encore pour se protéger du chef rebelle, lui glissa entre les doigts pour s’écraser au sol dans un tintement métallique, et il lui sembla alors entendre le son de cloche qui marquait toujours la fin d’un combat de boxe. Il avait remporté la partie et n’en éprouvait pourtant aucune fierté. Ses mots l’avaient désarmée plus efficacement qu’aucune menace n’aurait pu le faire, et Julian se félicita de ne pas avoir employé la force pour neutraliser Amarinda. Elle n’était pas son ennemie, ne l’avait jamais été et ne le serait jamais. Elle n’était qu’un pion de plus dans ces Jeux grandeur nature que le Capitole avait érigé spécialement pour eux, rien d’autre que de la vulgaire chair à canon placée en première ligne et qu’on pouvait sacrifier sans sourciller ; un simple pion n’avait aucune valeur, ils étaient tous interchangeables, et si facilement remplaçables. Après sa Victoire, elle aurait pu être la reine d’un roi, mais n’était devenue que le pion d’un fou, et sans qu’il ne se l’expliquât, cette idée le chagrina beaucoup. Il ne connaissait pas Amarinda, ne savait presque rien d’elle si ce n’était ce qu’il avait appris dans les médias, mais il était convaincu d’une chose : elle ne méritait pas qu’on la traite de cette façon. Personne ne le méritait.

Il lorgna brièvement sur le couteau qui reposait à ses pieds ; l’idée de s’en emparer lui effleura l’esprit mais il y renonça. Il ne voulait pas risquer de perdre ce début de confiance qu’ils semblaient avoir tissé l’un envers l’autre. « Ce n’est pas… Il ne me ferait jamais de mal… Il m’aime, il me l’a dit… Je… Je suis comme une fille pour lui. Je ne comprends pas pourquoi… Il est toujours tellement fâché… mais… ça va aller… ça va aller. » Qui essayait-elle de convaincre, lui ou elle-même ? Il avait sa petite idée sur la question. Lorsqu’elle s’approcha de lui, il se redressa autant que ses maigres forces le lui permirent, prêt à riposter en cas d’attaque, mais les véritables intentions d’Amarinda ne se voulaient nullement agressives. Au contraire.

« Tu saignes. », constata-t-elle, comme si elle venait de se rendre compte seulement maintenant de son piètre état. Il examina sa blessure d’un bref coup d’œil, avant d’étudier d’un air circonspect la flaque de sang qui s’était formée à ses pieds. Oui, il saignait comme un porc, mais la plaie n’était probablement pas aussi profonde que l’hémorragie massive qui en jaillissait le laissait penser. « Assieds-toi », l’encouragea-t-elle, et épuisé par ses efforts, affaibli par sa blessure, l’idée de lui désobéir ne lui traversa même pas l’esprit. Pas un seul instant Julian ne s’était imaginé que sa sollicitude n’était qu’une ruse destinée à tromper sa vigilance, mais quand Amarinda s’éloigna en direction de la porte, il craignit subitement qu’elle n’aille alerter les Pacificateurs de sa présence et tenta de la rattraper avant qu’elle ne quitte cette maison. La seconde d’après, il l’entendit tirer le verrou, et se sentit incroyablement con d’avoir ainsi pu la soupçonner d’une telle infamie, alors qu’elle ne cherchait en réalité qu’à lui venir en aide. Il ne frisait pas la paranoïa, pas encore, mais prudence était mère de sûreté, et il lui était plutôt difficile d’accorder sa confiance à une Pro-Capitole aussi convaincue que l’était Amarinda et qui, il y a quelques minutes encore, était prête à lui planter son couteau dans le ventre. Mais par un retournement de situation aussi inexpliqué que bienvenu, elle semblait vouloir à présent panser sa plaie, lui, le chef rebelle qui avait bousculé sa petite existence bien rangée en débarquant sans prévenir dans sa maison et dans sa vie. Lui, l’ennemi numéro un de Panem, l’homme à abattre et auquel, pourtant, elle offrait volontiers son aide, en dépit des risques qu’elle encourait. Il fallait être complètement fou ou extrêmement courageux pour agir comme elle le faisait, et Julian devina qu’Amarinda devait être un peu des deux. Il avait cru qu’elle le laisserait simplement partir, et la sollicitude qu’elle lui témoignait le toucha beaucoup. A sa place, qui en aurait fait autant ?

« Comment peux-tu me promettre que je serai en sécurité ? », le questionna-t-elle d’une petite voix, comme si l’idée même de formuler la question à haute voix l’effrayait. Elle ne lui laissa pas le temps de répondre. « Qu’il ne pourra plus me faire de mal ? Il sait… Il sait comment faire mal. » Instinctivement, ses poings se serrèrent sous la rage et la haine qui brûlaient dans ses veines, mais il cessa aussitôt son geste quand la douleur lancinante dans son bras le rappela à son bon souvenir. Oui, ce fils de pute savait comment faire mal, il l’avait déjà prouvé par le passé. Tellement de fois. Son frère… Son frère en avait malheureusement fait les frais, et il portait à jamais les preuves de sa cruauté, gravées au fer rouge dans sa chair. « Si je désobéis, il me tuera et il tuera ma famille. » Une fois à l’abri dans les souterrains du Treize, il ne pourrait plus l’atteindre pour se venger de sa trahison mais Amarinda avait raison : il s’en prendrait alors à sa famille et les ferait tous exécuter, jusqu’au dernier. Il comprenait parfaitement que la Gagnante se refusait à risquer ainsi la vie de ses proches. « Ils peuvent venir avec nous, là-bas. », articula-t-il d’une voix faible. « Je peux les faire passer jusqu’au Treize. Je peux tous vous faire passer. » Mais il ne se leurra pas sur les chances de réussite de ce périple ; à plusieurs, le voyage serait plus long et infiniment plus dangereux, et de plus, il doutait fortement que des personnes ayant grandi dans le luxe et l’abondance prennent la décision de quitter tout ce qu’ils avaient jamais connu pour les souterrains déprimants du Treize et leur bouffe insipide.

Amarinda s’assit ensuite à ses côtés et entreprit de déchirer la chemise trempée qui lui collait à la peau et à la plaie. La blessure n’était pas belle à voir, et il savait qu’il en garderait une très vilaine cicatrice. Ses mâchoires se crispèrent quand il songea au fumier qui l’avait dénoncé ; s’il découvrait l’identité de ce traître, il ne donnait pas cher de sa peau. Julian avait frôlé la mort des dizaines de fois, et était toujours parvenu à échapper à ses griffes ; il avait survécu aux pires atrocités de l’Arène, à la cruauté des Pacificateurs qui le pourchassaient sans relâche, à la Purge, aux nombreuses représailles et multiples embuscades… et dire qu’il avait failli crever à cause d’un seul clébard ! C’en était affreusement risible, et par fierté mal placée, il espérait secrètement que personne n’apprendrait sa mésaventure, au Treize. Il cessa aussitôt de cogiter lorsqu’Amarinda désinfecta sa plaie ; et alors le Treize, le Capitole, Amarinda, lui, le chien, Snow… plus rien n’existait, tout avait aussitôt disparu dans la douleur infernale qui incendiait son bras de l’épaule jusqu’au bout des doigts et qui lui donnait la terrible impression d’avoir été jeté dans les flammes. Il sentit des gouttes de sueur perler à son front, mais il savait que le pire restait à venir. « Serre les dents. Ce ne sera pas plaisant. », le prévint-elle. Pour garder bonne contenance, il s’efforça d’hausser les épaules avec cette nonchalance qui lui était propre, et répliqua dans un maigre sourire - forcé. « J’ai connu pire. … Même si j’ai pas vraiment d’exemple en tête pour le moment. »(*)

Il cessa de faire le malin aussitôt qu’elle entreprit de recoudre les bords à vifs de sa plaie béante. Et pendant tout le processus, il serra les dents, soulagé qu’Amarinda ne cherche pas à entamer la conversation – il n’aurait tout simplement pas pu lui répondre. Une fois la douloureuse besogne accomplie, il examina d’un œil averti le résultat ; c’était vraiment du bon boulot, et pour avoir été recousu plus d’une fois (mais pour des blessures bien moins graves que celle-ci), il était devenu un véritable expert en points de suture. Elle lui appliqua une pommade certainement cicatrisante, avant de bander le tout. Il releva la tête vers elle, reconnaissant, et croisa son regard où il y décela le doute et, quelque part, une certaine peur. « Je n’ai pas plus ma place parmi les rebelles, Julian, et tu le sais. Je ne suis pas… Je ne peux pas. »  Sans réfléchir, il posa doucement sa main sur celle d’Amarinda, comme pour la réconforter. Mais il n’y avait rien à dire, rien à faire, elle avait raison ; jamais elle ne pourrait rejoindre la rébellion. Elle était trop habituée à son confort, à tout l’argent qu’elle avait amassé suite à sa Victoire, et lui, qui était-il pour lui retirer ces privilèges qu’elle avait gagnés avec sa sueur, son sang et ses larmes ? Il n’en avait pas le droit. Mais l’idée même de repartir en l’abandonnant à son sort, malheureuse captive d'une prison dorée, lui était intolérable.

« Alors si tu ne peux pas venir avec moi, je ne te demanderai qu’une chose. Un service. N’oublie jamais qui tu es, Amarinda. Tu n’es pas ce monstre que Snow essaye de faire de toi. Pas plus que je ne suis le monstre qu’il a voulu faire de moi. Il n’y a qu’un monstre, et c’est lui. Toi, moi, et tellement d’autres encore… nous ne sommes que ses victimes. » Il avait sur son visage l’air grave qu’il arborait toujours en de pareilles circonstances ; il voulait lui faire comprendre que le Capitole n’était pas ce qu’elle croyait, que tout ce temps, elle n’avait vécu que dans une douce et entêtante illusion. « Les gens crèvent vraiment de faim dans les rues, partout ailleurs. Plus jeune, j'allais souvent me coucher l'estomac vide. Mais j'étais tellement épuisé par mon boulot à la scierie que je ne m'en préoccupais même pas. Voilà à quoi on en était réduit. Et ces Jeux ne sont pas un moyen de préserver la paix, c’est une punition. Une punition cruelle et injuste. Dis-moi quel crime ont bien pu commettre des gamins pour mériter un tel châtiment ? Et mon frère… Mon frère est innocent, c’est quelqu’un de bien, tu sais. Vraiment. Et pourtant, Snow l’a fait enlever pour lui faire subir les pires tortures, ils l’ont frappé pendant des jours, frappé jusqu’à ce qu’il ne puisse plus supporter la douleur. Ils ont gravé dans sa chair le sceau du Capitole, pour qu’il n’oublie jamais. Il est revenu brisé physiquement et mentalement. Et tout ça pour quoi ? Pour me punir, moi. » Il ne parlait jamais de cette histoire à personne. Trop personnelle. Trop douloureuse. Mais avec Amarinda, il se sentait suffisamment en confiance pour s'ouvrir à elle. « Snow est un monstre, Amarinda. Un monstre sans cœur. Et toi aussi, tu es quelqu’un de bien, je le vois. Ne le laisse pas te briser à ton tour. C’est tout ce que je te demande. »

(*) Pocahontas power What a Face


Too late to apologize
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MessageSujet: Re: This is war Δ Julian & Amarinda   Lun 18 Aoû - 13:04

Je n’ai jamais vraiment cessé de me battre. Au fond, pour moi comme pour les autres, la vie n’est qu’un combat perpétuel, qu’un enchaînement de petites victoires et de défaites cuisantes, un chassé-croisé improbable de chance et de coups durs, d’horreurs et d’instants fugaces de joie. A chaque étape, je risque de perdre le combat, et chaque combat que je gagne ne fait que me fragiliser un peu plus parce que je suis consciente d’avoir frôlé le point où je tomberai pour ne plus me relever. J’ai survécu aux années d’entraînement en tant que tribut de carrière. J’ai survécu aux Jeux eux-mêmes, aux mutations génétiques, à l’arène aussi diabolique que les hommes qui l’avaient conçue. J’ai survécu à l’après, aux mois où je me terrais dans ma maison, craignant à tout instant de voir le sujet de mes cauchemars surgir par la porte d’entrée. J’ai survécu au Capitole, à l’adulation de la foule et à la haine secrète des districts. Je suis une survivante. Je sais encaisser les coups, et je sais aussi les rendre. Je comprends la violence, je connais l’agressivité, je ne crains plus la folie. Mais je ne sais rien de la gentillesse. Je ne sais rien de ces mots qui peuvent transpercer un cœur plus facilement qu’une balle. Face à un authentique sourire, je suis démunie. Je craignais Julian pour le mal qu’il pourrait me faire, mais c’est sa douceur qui a fini par me désarmer et par chambouler tout ce que je croyais vrai. « Non… » Ce n’est tout simplement pas possible. Comment mon pire ennemi, l’ennemi de cette nation que je chéris par-dessus tout, peut-il me traiter mieux que toutes ses personnes qui disent m’adorer ? Comment cela se peut-il que ce soit lui qui me tende la main en premier, que ce soit lui qui ne me regarde pas avec méfiance et dégoût, mais avec empathie et respect ? Je tremble de la tête aux pieds, incapable de m’arrêter, incapable d’effacer ces mots que le chef rebelle a prononcés. Le couteau que j’utilisais pour tenir Julian à distance m’échappe des mains et je remarque le regard songeur du rebelle posé sur l’objet ; pourtant, je ne fais rien pour le récupérer. Julian m’a déjà trop dit, déjà trop donné. S’il décidait de me poignarder ici et maintenant, je ne pourrais pas lui en vouloir. « Ce n’est pas… Il ne me ferait jamais de mal… Il m’aime, il me l’a dit… Je … Je suis comme une fille pour lui. Je ne comprends pas pourquoi… Il est toujours tellement fâché… mais… ça va aller… ça va aller. » Je m’embrouille les pinceaux. Au lieu de la cuisine, au lieu de Julian, je vois le Président devant moi. Je le vois souriant devant la foule en liesse avant d’entamer son traditionnel discours de bienvenue aux tributs. Je le vois souriant, assis sur un canapé, la tête légèrement penchée pour observer mes blessures, et je l’entends dire au Pacificateur : « Frappe plus fort, cette fois. » Je le vois sur la vieille photo sous mon oreiller, me regardant avec bienveillance. Je le vois face à moi dans son bureau, dardant sur moi un regard glacial, ce regard qui dit que je l’ai mécontenté. Je ne sais plus qui il est vraiment. Héros ou bourreau ? Toute ma vie, j’ai cru que son côté cruel n’était réservé qu’à moi, que c’était de ma faute s’il se transformait d’un gentil grand-père en un homme violent. Maintenant, j’ignore quoi penser. Je m’avance vers Julian, et je le vois reculer légèrement, s’appuyer contre le mur pour se redresser. Je pourrais l’attaquer. Je n’ai nul besoin du couteau ; il suffirait d’un bon coup dans son bras blessé pour le rendre fou de douleur. Pourtant, je n’en fais rien. Je regarde le chef rebelle dans les yeux, et je sens instinctivement que je peux lui faire confiance, parce que son regard est terriblement authentique et vrai, parce que son regard ne cache rien et me parle autant que ses paroles. Soudain, j’ai l’impression de comprendre pourquoi les gens le suivent, pourquoi ils se battent et meurent pour lui. Il n’est pas hypocrite. Contrairement à Snow, il n’a pas deux visages. Il est lui-même, tout simplement, et sa passion pour sa cause est tout ce qu’il y a de plus réel, et infiniment plus forte que tout attachement que j’ai pu éprouver pour le Capitole.

« Tu saignes. » Il y a quelques instants seulement, je voyais cela comme une faiblesse à exploiter ; à présent, je me demande comment l’aider. Julian jette un coup d’œil au sang qui goutte sur le carrelage, pâle comme un mort, et je me surprends à regretter de l’avoir laissé debout alors qu’il doit souffrir énormément. « Assieds-toi. » Ce n’est pas vraiment un ordre, mais Julian obéit aussitôt. Je ferme la porte de derrière à clé, ignorant le vague geste que le rebelle esquisse pour tenter de me retenir. Il doit toujours craindre que je le trahisse, mais je ne lui en veux pas. Après tout, je me suis comportée comme un monstre sans cœur avec lui. La moindre chose que je puisse faire à présent, c’est de panser sa plaie et de l’aider à s’échapper. Seul, il ne tiendra pas une heure avec les Pacificateurs qui battent le terrain et la pluie qui doit les mettre d’humeur particulièrement peu amène. Cependant, mon aide a aussi un motif plus égoïste : je veux qu’il reste ici, avec moi, à me parler, et j’ai peur de la solitude qui reviendra dès qu’il sera parti. Je me nourris de sa gentillesse inespérée, de ses traits d’humour, de son sourire, comme une fleur flétrie ayant enfin l’occasion de se tendre vers le soleil. « Comment peux-tu me promettre que je serai en sécurité ? » En soi, ces paroles sont un blasphème, un aveu que je ne suis pas heureuse ici et que j’aimerais m’enfuir. Mais au point où j’en suis, mieux vaut mettre les choses au clair et avancer. « Qu’il ne pourra plus me faire de mal ? Il sait… Il sait comment faire mal. » Je cesse un instant de fouiller dans la trousse médicale pour me retourner vers lui. Je suis sûre que Julian comprend ce que je veux dire, et j’en ai la confirmation en le voyant serrer les poings. Lui aussi, il a souffert. « Si je désobéis, il me tuera et il tuera ma famille. » Maman, papa. Mes grands-parents. Et Jaime, même si Dieu sait que Jaime n’a jamais eu la moindre pensée anti-Capitole de toute sa vie. Torturés. Humiliés. Exhibés à la télévision avant d’être exécutés. A cause de moi. Je ne peux pas. J’ai trop de morts sur la conscience. Je les aime trop pour les voir subir un sort pareil. « Ils peuvent venir avec nous, là-bas. » Je n’arrive pas à y croire, je n’arrive pas à croire que quiconque soit capable d’une telle générosité, d’un tel sacrifice. Pourtant, il ajoute faiblement, comme s’il avait senti mon incrédulité : « Je peux les faire passer au Treize. Je peux tous les faire passer. »  Mais à quel prix ? Au prix de sa vie, de notre vie à tous ? Son offre me fait monter les larmes aux yeux, et pourtant je sais que je dois refuser. Ma famille adore le Capitole. Je pourrais peut-être les convaincre de partir, mais jamais ils ne seraient à leur place parmi les hors-la-loi. Jaime nous accompagnerait uniquement pour casser la gueule au premier rebelle venu. Et moi… Je me vois au Treize, parmi ces hommes et femmes en uniforme gris, dont certains ont passé leur vie entière à se cacher et à combattre le Capitole, dont beaucoup ont perdu des proches dans les Jeux ou dans la guerre, et je sais que je n’ai pas plus ma place parmi eux que mes parents. Pour eux, je ne serais qu’une jolie poupée sans cervelle, qu’un jouet cassé de Snow. Ils ne me feraient jamais confiance. « Ma famille, ils… Ils adorent le Capitole. Ils ne quitteraient jamais tout ça. » Je fais un geste de la main pour englober la cuisine aux appareils électroniques scintillants et aux armoires remplies de nourriture. Le luxe. La sécurité. Sécurité illusoire peut-être, et luxe amassé au détriment des autres, mais qui suis-je pour leur demander d’y renoncer ? Moi-même, je ne suis pas sûre d’avoir la force de le faire. « Quant à Jaime… » Mais je suis incapable de parler de lui sans ressentir un élancement au cœur, comme si quelqu’un venait de le piquer de la pointe du couteau pour éprouver sa résistance, alors je me contente de secouer la tête et de me taire. Luttant pour maîtriser le tremblement de mes doigts, je découpe la chemise de Julian pour mettre la plaie à nu avant de le soigner. « Serre les dents. Ce ne sera pas plaisant. » Je l’avertis gravement, mais il répond avec un sourire quelque peu forcé : « J’ai connu pire. … Même si j’ai pas vraiment d’exemple en tête pour le moment. ». Je ne réagis pas, mais je ne peux m’empêcher de sentir un élan d’affection et de gratitude envers cet homme qui continue à plaisanter alors qu’il est blessé et toujours en danger. Je commence à le recoudre, concentrée à fond sur ma tâche, sur l’aiguille que je tiens entre mes doigts et qui entre et sort de la peau de Julian avec une étrange facilité. L’odeur du sang combiné à celui de l’antiseptique me pique le nez, ma tête flotte dans une brume étrange, et pourtant j’enregistre mes gestes avec netteté, tout comme la présence étrangement rassurante de Julian à mes côtés. J’aimerais pouvoir lui parler pour lui faire oublier la douleur, mais j’en suis incapable. Une fois le travail accompli, le coup d’œil approbateur qu’il jette à sa blessure m’apporte une fierté toute nouvelle, bien différente et bien plus agréable en vérité que celle que je ressens à faire de sales petits boulots pour le Président. Légèrement honteuse de ce sentiment, je fixe mes mains posées sur le bras du rebelle, mes mains petites, douces et parfaitement manucurées sur son bras lacéré et ensanglanté, et cela me donne envie de pleurer. Je croise son regard et je ne peux m’empêcher de lui faire part de mes craintes. « Je n’ai pas plus ma place parmi les rebelles, Julian, et tu le sais. Je ne suis pas… Je ne peux pas. » Il pose sa main sur la mienne avec une douceur inattendue, et je m’en veux de sursauter à ce geste, je m’en veux d’avoir le cœur qui tambourine de peur et l’envie de fuir. Tant de bonté ne peut pas être gratuite. C’est ce que je pense, pourtant, mon intuition me dit autre chose. Elle me dit que Julian ne désire que me réconforter. Alors, je ne retire pas ma main mais je la retourne et serre légèrement celle de Julian, pour exprimer ce que je suis incapable de dire.

« Alors, si tu ne peux pas venir avec moi, je ne te demanderai qu’une chose. Un service. N’oublie jamais qui tu es, Amarinda. Tu n’es pas ce monstre que Snow essaye de faire de toi. Pas plus que je ne suis le monstre qu’il a voulu faire de moi. Il n’y a qu’un monstre, et c’est lui. Toi, moi, et tellement d’autres encore… nous ne sommes que ses victimes. » C’est gentil, c’est tellement gentil et pourtant je ne peux m’empêcher de douter encore, de me demander si j’ai toute ma tête à faire confiance à un rebelle. Comme s’il sentait mon manque de conviction, il ajoute : « Les gens crèvent vraiment de faim dans les rues, partout ailleurs. Plus jeune, j'allais souvent me coucher l'estomac vide. Mais j'étais tellement épuisé par mon boulot à la scierie que je ne m'en préoccupais même pas. Voilà à quoi on en était réduit. Et ces Jeux ne sont pas un moyen de préserver la paix, c’est une punition. Une punition cruelle et injuste. Dis-moi quel crime ont bien pu commettre des gamins pour mériter un tel châtiment ? Et mon frère… Mon frère est innocent, c’est quelqu’un de bien, tu sais. Vraiment. Et pourtant, Snow l’a fait enlever pour lui faire subir les pires tortures, ils l’ont frappé pendant des jours, frappé jusqu’à ce qu’il ne puisse plus supporter la douleur. Ils ont gravé dans sa chair le sceau du Capitole, pour qu’il n’oublie jamais. Il est revenu brisé physiquement et mentalement. Et tout ça pour quoi ? Pour me punir, moi. » Cette histoire, j’ai l’impression qu’il l’a gardée en lui pendant longtemps, sans en parler à qui que ce soit. Ce n’est pas un discours comme ceux que le Capitole me fait apprendre par cœur. Ce sont de vraies paroles qui parlent de personnes qui existent vraiment, et dont la souffrance est on ne peut plus réelle. Je vois la douleur dans les yeux de Julian, je la sens lorsqu’il parle de son frère, et je sais qu’il ne me ment pas. Que c’est moi, la menteuse, celle qui se leurre elle-même. Je me souviens des enfants que j’ai vu lors de ma Tournée du Vainqueur ; non pas de ceux, souriants et bien habillés, qui m’offraient des fleurs, mais des enfants qui se tenaient au milieu de la foule avec leurs parents, de leur maigreur, de leur empressement à se jeter sur la nourriture que les Pacificateurs distribuaient parfois. Je me souviens de la laideur de certains districts, de leurs bâtiments humides et froids, à moitié effondrés, de l’air las des travailleurs des usines, de la méfiance dans tous les regards face à ce joli monstre de foire que j’étais. Je me souviens de ces gens pauvres qui fermaient leur porte dès qu’ils me voyaient passer, qui interdisaient à leurs enfants de me parler comme si je pouvais ainsi contaminer les gamins et les amener à participer aux Jeux. Je me souviens des tributs qui s’effondrent en pleurs au centre d’entraînement, qui refusent de manger, qui partent pour l’arène avec un air déterminé sur leurs petits visages tout en sachant qu’ils ne reviendront jamais. Julian ne ment pas ; c’est réel, tout ça, la famine, la pauvreté, l’horreur des Jeux, la violence des Pacificateurs. « Snow est un monstre, Amarinda. Un monstre sans cœur. Et toi aussi, tu es quelqu’un de bien, je le vois. Ne le laisse pas te briser à ton tour. C’est tout ce que je te demande. »  Je secoue la tête, comme pour nier ses paroles, comme pour oublier ce qu’il a dit : toi aussi, tu es quelqu’un de bien. Jamais personne ne m’a dit ça. Jamais. Personne. Et ça me bouleverse plus encore que le fait de l’entendre appeler Snow un monstre. Je m’agrippe à la main de Julian comme une noyée. Et je sais, je sens, qu’à lui, je peux le dire. A lui, je peux l’avouer, mon secret honteux. « Il me déteste. » Ma voix se brise, se perd dans le sifflement du vent qui essaye de pénétrer dans la maison. « Et moi, je le… Je le déteste aussi. » Je respire laborieusement, je lâche la main de Julian et essaye de me maîtriser. « Je le déteste. » C’est plus facile à dire la deuxième fois, pourtant j’ai toujours l’impression que le ciel va s’écrouler sur ma tête. « C’était mon héros, quand j’étais petite. Je l’adorais. Je pouvais rester des heures devant la télé dans l’espoir de l’apercevoir… » Je m’étrangle ; c’est trop, je dis trop, et pourtant ce n’est pas assez, ce ne sera jamais assez, je n’aurai jamais assez de mots pour décrire tout le mal que Snow fait. « Mais en réalité, il n’est pas… comme dans les reportages. Il n’est pas charmant. Il m’oblige à faire des choses, à soutenir la cause du Capitole de façons… Je suis sûre que tu vois ce que je veux dire. » Oui, je pense qu’il a vécu la même chose. Je pensais être la seule à devoir amuser les associés de Snow, à devoir chanter pour eux, faire du théâtre pour eux, sourire pour eux, danser avec eux, coucher avec eux. Je pensais être la seule à devoir faire de la propagande, à manipuler les nouveaux tributs pour qu’ils donnent les bonnes réponses lors des interviews. Maintenant, je n’en suis plus si sûre. La haine de Julian pour Snow est bien plus profonde que je ne le pensais ; ce n’est pas une haine dirigée contre un homme injuste qu’il ne connaît pas, mais une haine à l’encontre de quelqu’un qui lui a vraiment fait mal, qui l’a choisi personnellement comme victime. « Il me menace. Il m’a fait battre, deux fois. Il a souri lorsque je me suis mise à crier. La deuxième fois, je me suis évanouie. »  Ma bouche est sèche, mes muscles crispés. Pourquoi dis-je tout cela à Julian? « Alors… Je te crois. Et je suis désolée pour ton frère. Il n’en remettra peut-être jamais, mais ça ira mieux avec le temps. Ça finit toujours par aller mieux. » Je parle d’expérience. « Mais je ne... C’est trop tard pour moi. Ça n’ira pas mieux, parce que je suis arrivée à un point où ça ne peut que devenir pire. Maintenant que je sais qui il est… comment puis-je encore le regarder dans les yeux et faire ce qu’il me demande ? Et même si j’y arrive, même si j’obéis… je serai toujours seule. Prisonnière ici. » Je suis surprise par le ton résigné de ma voix ; pour masquer mon embarras, je me relève, j’ajoute quelques morceaux de pomme sur la pâte de ma première tarte et je la mets au four. Ensuite, je sors ce que je trouve comme nourriture, du pain, du jambon, du fromage, des œufs cuits durs et de la salade. Je pose tout devant Julian sur la table. « Tu as l’air mort de faim. Mange. »  Je l’encourage gentiment. Par simple politesse, je grignote un quartier de pomme pendant que Julian s’attaque au repas. Face au chef rebelle, je me sens comme une petite fille sans aucune expérience de vie. Honteuse d'avoir parlé autant de moi à cet homme qui a sans doute mieux à faire que d'écouter mes jérémiades, je réfléchis aux façons de me rendre utile. « Je peux t'aider à sortir du district. » Dis-je, mais au même moment, un bruit retentit à travers de la maison, nous faisant sursauter.

La sonnette de la porte d'entrée.
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MessageSujet: Re: This is war Δ Julian & Amarinda   Ven 29 Aoû - 1:19


Julian savait que rien de ce qu’il pourrait dire ou faire ne la ferait changer d’avis, qu’aucun des arguments qu’il avancerait ne saurait la convaincre. Amarinda Carter ne partagerait jamais ses idées, n’embrasserait jamais sa cause, pas plus qu’elle ne remettrait en cause ce système qu’elle défendait avec tant de ferveur que c’en était presque louable – si  seulement ce n’était pas aussi désolant. Il aurait pu lui en vouloir de prôner des idéaux qui allait à l’encontre de tout ce qui lui tenait à cœur, il aurait pu la haïr de s’être rangée du côté de ses oppresseurs, de défendre obstinément ceux qui l’avait brisé tant de fois par le passé qu’il avait cru qu’il ne s’en relèverait jamais. Oui, la détester aurait été si facile, si évident. Mais Julian ne lui en tenait pas rigueur parce qu’il savait qu’au fond, ce n’était pas de sa faute, du moins, pas vraiment. Quiconque aurait subi l’endoctrinement méticuleux qu’on lui avait imposé au Un depuis son plus jeune âge aurait réagi comme elle. Elle ne réalisait sans doute pas son erreur, pas plus qu’elle n’avait idée du mal qu’elle causait en adhérant à leurs valeurs destructrices, effroyables d’inhumanité, elle, complice muette d’un crime odieux dont elle ignorait jusqu’à l’existence. Non. Amarinda Carter n’était pas bourreau, elle n’était que la pauvre victime d’un système complexe qui la dépassait totalement, rien de plus qu’un instrument entre des mains habiles destiné à servir aveuglément leur doctrine et à la propager au-delà des murs du Capitole.

Tout les séparait. Ils appartenaient chacun à des mondes bien trop différents pour être compatibles, et même s’ils consentaient à faire des efforts, jamais ils ne comprendraient, pas plus qu’ils n’accepteraient, les raisons qui poussaient l’autre à agir de façon aussi inconsidérée. Et pourtant, plus les minutes s’écoulaient, et plus il appréciait la compagnie d’Amarinda. Il y avait dans son regard, dans sa voix, cette innocence brisée qui la rendait extrêmement touchante. Il avait envie de la prendre dans ses bras pour la protéger de Snow, des hommes auxquelles elle rendait certainement visite une fois le soleil couché, des malheurs qui finiraient inévitablement par s’abattre sur elle, même si pour le moment, elle se pensait encore à l’abri. La jolie brune pressa ses doigts sous les siens comme sur le point de lui confier un secret inavouable, et d’un regard, il l’encouragea silencieusement à lui ouvrir son cœur. « Il me déteste. », souffla-t-elle, effrayée par ses propres paroles. « Et moi, je le… Je le déteste aussi. » L’aveu tomba comme un couperet. De toute évidence, Julian s’était trompé à son sujet ; en fin de compte, elle n’était pas cette admiratrice échevelée de Snow qu’elle incarnait avec talent devant les caméras. « Je le déteste. », lui confirma-t-elle, comme pour s’assurer qu’il avait bien compris. Il était si agréablement surpris par cette étonnante révélation qu’il l’aurait volontiers soulevé du sol en riant, s’il n’était pas aussi épuisé. « C’était mon héros, quand j’étais petite, continua-t-elle. Je pouvais rester des heures devant la télé dans l’espoir de l’apercevoir… Mais en réalité, il n’est pas… comme dans les reportages. Il n’est pas charmant. Il m’oblige à faire des choses, et il voyait exactement de quoi elle parlait, puisque lui-même avait été contraint de s’y soumettre, à soutenir la cause du Capitole de façon… Je suis sûre que tu vois ce que je veux dire. », devina-t-elle, et il lui répondit par l’affirmative d’un bref hochement de tête et d’un regard lourd de sous-entendus, ne souhaitant pas s’étaler davantage sur le sujet. « Il me menace. Il m’a fait battre, deux fois. Il a souri lorsque je me suis mise à crier. La deuxième fois, je me suis évanouie. » Julian était véritablement flatté de la confiance qu’elle lui accordait, certain qu’elle ne s’était encore jamais livrée à quiconque sur les sévices que lui avaient infligés ce salopard de Snow. « Alors… Je te crois. Et je suis désolée pour ton frère. » « Merci. », répondit-il, sincèrement touché par sa sollicitude. « Il s’en remettra peut-être jamais, mais ça ira mieux avec le temps. Ça finit toujours par aller mieux. » Elle semblait parler en connaissance de cause. Il avait cru qu’elle était heureuse de la vie en apparence parfaite qu’elle menait alors qu’en réalité, elle avait souffert silencieusement tout ce temps. « Et ce sera pareil pour toi, Ama. Tu vas finir par t’en remettre. Tu es plus forte que tu ne le crois. », tenta-t-il de la réconforter. Il n’aimait pas cet éclat résigné qu’il décelait dans ses grands yeux clairs.  

« Mais je ne… C’est trop tard pour moi. Ça n’ira pas mieux, parce que je suis arrivée à un point où ça ne peut que devenir pire. Maintenant que je sais qui il est… Comment puis-je encore le regarder dans les yeux et faire ce qu’il me demande ? Et même si j’y arrive, même si j’obéis… je serai toujours seule. Prisonnière ici. » Son histoire lui rappelait cette ancienne fable que lui avait un jour conté Ruby, celle qui parlait d’un chien et d’un loup. Le chien, bien nourri par ses généreux maîtres proposait au loup qui n’avait que la peau sur les os de le suivre, ce qu’il s’empressait de faire jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’en compensation des bons traitements qu’il recevait, le chien portait une chaîne qui le retenait prisonnier. Et le loup s’enfuit sans demander son reste, refusant de troquer sa liberté pour son confort personnel. Elle était le chien, il était le loup. Et il aurait tant voulu la sauver des griffes de Snow, mais il n’y avait rien qu’il puisse faire pour lui venir en aide. Amarinda s’était trop profondément enfoncée dans ce cercle vicieux pour espérer s’en sortir un jour. Et la savoir si malheureuse l’attristait énormément.

Ses aveux l’avaient embarrassée, il le sentait. Peut-être par honte, peut-être par culpabilité, elle se détourna de lui pour continuer ce que son arrivée impromptue avait interrompu. La préparation d’une délicieuse tarte aux pommes. En l’observant, Julian se rendit subitement compte que son estomac vide criait famine, lui qui n’avait pas mangé un repas décent depuis des jours. Comme si Amarinda avait entendu les gargouillements affamés de son ventre, elle lui servit de quoi sustenter sa terrible faim – sûrement pas grand-chose pour elle, mais un véritable festin pour lui. « Tu as l’air mort de faim. Mange. », l’exhorta-t-elle, et elle n’eut pas besoin de le répéter deux fois pour se faire obéir. Il lui fallait même faire preuve de toute la volonté du monde pour ne pas se jeter sur la nourriture comme un affamé, il ne voulait pas passer pour un malotru. Néanmoins, il goûta à tout ; il en avait presque oublié le goût de certains aliments. « Je peux t’aider à sortir du district. » Il releva la tête vers elle, bouche ouverte, surpris par sa proposition. Elle était prête à prendre des risques pour lui ; lui, parfait inconnu qui avait débarqué dans sa maison et dans sa vie sans crier gare, lui, chef rebelle recherché dans tout Panem ? Ce qu’elle envisageait avait un nom : haute trahison. Il ne pouvait pas, il n’avait pas le droit de risquer sa vie, et pourtant... Finalement, il se rappela d’avaler ce qu’il avait en bouche, avant de l'inciter à le suivre. Loin d'ici. Loin du Capitole. Loin de Snow. « Viens avec moi. », la supplia-t-il une dernière fois, une note de désespoir dans la voix, quand la sonnette de la porte sonna le glas. Les pacificateurs ? Son cœur rata un battement et il se releva précipitamment, grimaçant sous les élancements douloureux de son bras qui se rappelait à son bon souvenir. Il jeta un regard paniqué à Amarinda, qui le lui rendit. Il ramassa le couteau qui se trouvait encore au sol, prêt à en faire usage si un chien de garde faisait irruption dans cette cuisine. Mais combien seraient-ils ? Il pourrait facilement en maîtriser un – l’effet de surprise – mais guère plus. Se cacher était une meilleure option. Oui, mais il ne voulait pas laisser Amarinda, seule avec ces brutes. S’ils soupçonnaient sa présence et qu’ils décidaient de s’en prendre à elle ?  Il décida de rester dans les parages, juste au cas où.

Avant qu’elle n’ait pu ouvrir la porte, celle-ci s’ouvrit en même temps qu’une voix haut perchée – et cet accent si reconnaissable – leur parvint. « C’est nouuuuuuuuus ! », s’exclama joyeusement une femme, inconsciente du fait qu’un chef rebelle cassait la croûte dans la cuisine, à quelques mètres de là. Aux éclats de voix qui résonnèrent, il comprit qu’elle n’était pas seule. Ils étaient trois, peut-être quatre. Il s’éloigna à reculons en direction du salon – toutes les maisons de Vainqueur étaient faites sur le même modèle, ou presque – alors que les indésirables se trouvaient encore dans le vestibule. Amarinda eut la présence d’esprit de leur signaler qu’elle se trouvait dans la cuisine, sinon nul doute que l’un d’entre eux l’aurait cherchée dans le salon, lui coupant toute retraite. Le couteau bien en main, il se faufila à pas de loups entre les meubles du salon, passa ensuite dans le vestibule une fois la voie dégagée, puis monta les premières marches des escaliers. Pour avoir côtoyé ce genre d’énergumènes, il savait parfaitement à qui il avait à faire : une équipe de préparation. Autrement dit, ses stylistes. Ce qui lui rappela qu’à son arrivée, Amarinda récitait un discours à la gloire de Panem, comme pour le mémoriser. Peut-être qu’elle avait une nouvelle vidéo de propagande à tourner. Quelle ironie, quand on pensait que l’homme le plus recherché de tout Panem se trouvait à quelques mètres d’eux.

Vite ! Ils revenaient sur leur pas. Julian grimpa rapidement les marches quatre à quatre, et une fois à l’étage, ouvrit la première porte à sa portée. Une chambre. Pas le meilleur endroit pour se cacher… mais déjà ils montaient les escaliers, l’obligeant à s'y engouffrer. Il balaya rapidement la pièce du regard, cherchant la meilleure cachette : sous le lit ou dans la penderie ? Si c’était vraiment des stylistes comme il le pensait, il était logique qu’ils veuillent habiller Amarinda… et donc qu'ils fouineraient dans la penderie. Sauf s’ils avaient emporté des tenues avec eux. Le moment était mal choisi pour songer à ce genre de détail ; il décida de ne pas prendre le risque et se glissa sous le lit. Juste à temps.

HJ : Désolée, beaucoup de bla bla, pas beaucoup de dialogue.


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MessageSujet: Re: This is war Δ Julian & Amarinda   Lun 1 Sep - 19:10

Comment un simple inconnu peut-il changer ma vie aussi radicalement et rapidement qu’une tornade emportant mes mensonges et mes illusions ? Comment quelqu’un que je connais depuis moins d’une heure peut-il m’amener à avouer enfin ce que je gardais enfoui au fond de moi ? Comment cet homme dangereux peut-il me paraître plus digne de confiance que certaines personnes que je côtoie depuis toujours ? Assis dans ma cuisine, il m’a fait comprendre toute l’horreur cachée du monde d’un simple regard, m’a rendue à moi-même en quelques paroles, et m’a offert ma liberté dans la paume de sa main. Il a su voir l’enfant terrorisée qui se cachait sous mes airs de douce innocente, la femme tourmentée qui se cachait sous mes discours enflammés. J’ignore si je dois le remercier ou lui en vouloir d’avoir ainsi chamboulé tout ce que je croyais vrai, mais je sais qu’il n’est pas mon ennemi et que je suis incapable de le détester. La seule personne qui mérite vraiment ma haine est celle que j’ai un jour vénérée : Coriolanus Snow. « Je le déteste. » Trois mots. Trois mots qui englobent tout ce que je n’ai jamais pu dire, jamais pu penser, jamais pu ressentir. La joie que je lis sur le visage de Julian en réaction à mes paroles m’empêche de les regretter. « Il m’oblige à faire des choses, à soutenir la cause du Capitole de façon… Je suis sûre que tu vois ce que je veux dire. » Il hoche la tête et m’offre un regard lourd d’émotions, confirmant mes craintes. Lui aussi a été utilisé, manipulé, humilié. Lui aussi a vu sa famille menacée et sa vie mise en danger. « Alors… Je te crois. Et je suis désolée pour ton frère. » « Merci. » Répond-il gravement, comme s’il comprenait qu’il est difficile et effrayant pour moi de lui avouer ces choses. Cela me touche, et je désire à mon tour le rassurer : « Il ne s’en remettra peut-être jamais, mais ça ira mieux avec le temps. Ça finit toujours par aller mieux. » Je le sais, et Julian le sait peut-être aussi. Nous avons tous deux frôlé la mort de près, connu la terreur, commis l’impensable pour survivre. Frères d’armes et de larmes, tristes compagnons partageant un sort que peu nous envient. « Et ce sera pareil pour toi, Ama. Tu vas finir par t’en remettre. Tu es plus forte que tu ne le crois. » Dit-il de façon totalement inattendue, comme pour dénier les paroles que je retenais : que pour moi, il n’y a plus d’espoir, seulement de la résignation, plus de choix, seulement de l’acceptation. Mais avant tout, c’est l’emploi familier de mon prénom qui me touche profondément. Ama. Combien de personnes m’appellent comme ça ? Au District 1, je suis Mademoiselle Carter, et derrière mon dos, ils m’appellent la folle. Au Capitole, je suis Callista, nom de scène que je n’ai pas choisi moi-même, ou tout simplement la gagnante des 53th Hunger Games. Même ma mère a cessé de m’appeler Ama depuis que j’ai participé aux Jeux. Seuls mes amis le font, ces quelques personnes en qui j’ai confiance, Jaime et Tywin surtout. Et maintenant, ce chef rebelle que je ne connais pas. Pas vraiment.

Embarrassée d’avoir ainsi déballé mon sac alors que Julian meurt probablement de faim et de soif, je mets rapidement la tarte au four et je lui prépare un repas simple qu’il dévore avec appétit. Je le regarde manger avec un sentiment proche de la joie ; pour la première fois depuis longtemps, je savoure le bonheur simple d’aider quelqu’un sans rien attendre en retour. Je devrais m’y essayer plus souvent. Si Julian, qui après tout est un survivant et un débrouillard, meurt déjà de faim à ce point, dans quel état sont les simples habitants des Districts, dans quel état sont leurs enfants ? J’ai toujours préféré ne pas le savoir, mais aujourd’hui, j’ai l’intention de détruire tous ces murs que j’ai érigés entre la réalité et moi pour croire en la justesse de notre système. Quitte à aller loin, bien plus loin que je ne pensais aller. Quitte à offrir à Julian ce que je ne peux pas obtenir pour moi-même : la liberté. « Je peux t’aider à sortir du district. » Il relève la tête et me fixe intensément, bouche bée, comme si je venais de lui annoncer que la terre est carrée ou que le ciel est vert. Incapable de croire ce que je viens de lui dire. Je lui rends calmement son regard, consciente que je lui offre beaucoup, consciente que je propose de me rendre coupable de bien plus que d’avoir soigné et nourri un rebelle. En aidant Julian à s’échapper, je deviendrai moi-même une rebelle. J’agirai à l’encontre de toutes les lois, je devrai peut-être mentir ou blesser ou tuer pour sauver Julian. Pourtant, je suis prête à le faire, et cela me surprend autant que cela surprend le chef rebelle. Comme s’il se rappelait subitement qu’il est en train de manger, Julian avale sa nourriture et me propose d’un ton urgent : « Viens avec moi. » Je le regarde. Il me regarde. Nous savons tous deux que ce sera peut-être ma dernière chance, notre dernière chance. Le ton suppliant de sa requête me confond et me fait rougir ; jamais encore quelqu’un n’a paru accorder autant d’importance à ma vie, à ma survie. Je pense à mes parents. Je pense à mes grands-parents. Je pense à Jaime. Tant pis. Je ne veux plus réfléchir. Je ne veux plus être sage. Mais avant que j’aie pu accepter la proposition du rebelle, un bruit nous fait sursauter. La sonnette de la porte d’entrée. Julian se lève d’un bond, et j’en fais de même, mon cœur battant la chamade. Il me lance un regard de bête traquée et ramasse le couteau que j’avais laissé tomber, me laissant sans arme – en théorie, je n’ai rien à craindre, mais qui sait de quoi ces Pacificateurs sont capables ?  Julian pourra peut-être en maîtriser un ou deux avec mon aide, mais le raffut attirera inévitablement d’autres gardiens de la paix. Mieux vaut qu’il se cache. Comme s’il était parvenu à la même conclusion, Julian commence à reculer en direction du salon, alors que la porte d’entrée s’entrouvre sur la voix aiguë d’une femme : « C’est nouuuuuuus ! ». Ce ne sont pas les Pacificateurs, mais je ne saurais dire si c’est pour le meilleur ou pour le pire. Mon équipe de préparation est enfin arrivée.

Alors que Julian disparait dans le salon, j’attrape un essuie-main et je commence frénétiquement à éponger le sang sur le carrelage de la cuisine – j’ai rangé la trousse de soins, mais j’ai oublié de nettoyer le sang, quelle idiote, quelle idiote. « Je suis dans la cuisine. » Je leur signale afin d’éviter qu’ils aillent au salon, où je les reçois d’habitude. Je me relève, l’essuie sanglant en main, à l’instant même où ils entrent dans la cuisine. Ils sont quatre, comme d’habitude : mon styliste et ses trois assistants. Aurelius, fidèle à lui-même, porte une tenue gris tourterelle et une perruque que je ne lui ai encore jamais vue – des boucles auburn rehaussées d’artistiques mèches roses. A côté de lui, la famélique Camelia, Hyacinthus au nez refait et Antonia couverte de tatouages scintillants ressemblent à de vulgaires bêtes de cirque. Tous quatre s’arrêtent net en voyant ce que je tiens à la main. « Qu’est-ce que c’est ? » Lance Antonia en même temps qu’Hyacinthus s’exclame : « Mais c’est dégoûtant ! ». Avec un regard d’excuse, je mets rapidement l’essuie à la poubelle. « Je nettoie le sang. » Je réponds d’une voix égale, comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle du monde. « J’ai plumé un poulet, vous voyez. » Ils grimacent ; non, ils ne préfèrent pas voir, ne pas s’imaginer. Intérieurement, je souris, car il n’y a que les habitants du Capitole pour croire ce genre d’excuse étrange – comme si un Vainqueur plumait ses propres poulets. Ils sont tellement convaincus de notre rusticité qu’ils gobent n’importe quoi. Leur ignorance pourrait être amusante si elle n’était pas aussi révélatrice de l’injustice de notre système. Un léger craquement attire mon attention ; c’est sans doute la septième marche de l’escalier, ce qui signifie que Julian se réfugie à l’étage. Je sors une serpillère et nettoie rapidement le reste du sang sous le regard désapprobateur de mon équipe de préparation. Autant effacer toutes les preuves au cas où quelques Pacificateurs viendraient se joindre à nous. « J’ai bientôt terminé. » Leur promets-je, mais cela ne semble pas les contenter. Sans doute sont-ils fâchés parce que la réalisatrice et l’équipe de tournage sont encore au lit alors qu’ils sont obligés de travailler. « Cette odeur est révoltante. Allons plutôt préparer les vêtements.  » Déclare Aurelius, le nez froncé. « Oui, oui, c’est ça, allons à l’étage. » Renchérissent les autres, et rien de ce que je peux dire ne semble pouvoir les retenir. Priant pour que Julian soit bien caché, je les regarde monter l’escalier à grand ahans, portant leurs sacs remplis d’affaires pour me refaire une beauté. Rapidement, j’efface les dernières traces de sang avant de préparer du thé. Je dispose les tasses sur un plateau, ainsi qu’un petit pichet de lait, mais pas de sucre, dont la vue seule suffit à rendre Camélia malade. Ensuite, je mélange le thé avec une attention particulière. Parfait. Comme je n’entends que les babillages de mon équipe à l’étage, j’en déduis que Julian a réussi à se cacher.

Arrivée dans ma chambre, je trouve les femmes en train de se chamailler au sujet d’une épingle à cheveux disparue ou oubliée et les hommes en train d’étaler ma tenue sur la banquette à côté du lit. Je fronce les sourcils ; immédiatement, je vois que quelque chose a changé. Le couvre-lit a bougé, et pas qu’un peu. Pourtant, mon styliste n’a rien posé sur le lit. Même si je ne vois rien, je suis sûre que Julian s’est caché là. Heureusement, mon équipe de préparation est tout ce qu’il y a de plus naïve et ne se doute pas que l’homme le plus recherché de Panem est planqué sous mon lit comme un enfant jouant à cache-cache. Je pose le plateau de thé sur la coiffeuse et me plie de mauvaise grâce au rituel des embrassades affectueuses – maintenant que je n’ai plus les mains pleines de sang, je suis redevenue leur « princesse » et leur « poupée ». Je leur propose du thé, prétendant qu’il s’agit du célèbre « Rosemary » que le Président affectionne tout particulièrement et qui est en rupture de stock pour le moment, alors que je l’ai tout bêtement acheté au marché du District Un. Ils se jettent immédiatement sur le breuvage, heureux de voir que je ne suis pas complètement barbare. Aurelius me montre ma robe, faite d’un joli tissu argenté recouvert d’un réseau de fils très fins de la même couleur auxquels sont accrochés de minuscules diamants, ainsi que mes chaussures et ma parure assorties. Le tout, m’explique-t-il, est censé représenter mon District. Bien sûr. District Un : les objets de luxe. Cela ne pousse jamais mon styliste à se montrer créatif ; depuis toujours, je suis vêtue de robes qui brillent de mille feux et de diamants voyants. Camélia, ayant vidé sa tasse de thé, se rend dans la salle de bains pour me préparer une mixture dégoûtante censée me revigorer la peau. Les autres babillent. Je guette des signes de fatigue de leur part, un bâillement ou les mains qui tremblent, mais tous semblent en pleine forme. Sur la demande d’Aurelius, j’ôte ma robe et enfile l’argentée qui servira pour la vidéo de propagande afin de vérifier si elle me va parfaitement bien. Il se positionne derrière moi afin de refermer la tirette qui court dans mon dos. A mi-chemin, cependant, ses mains s’immobilisent et il s’arrête de parler. Je le regarde par-dessus mon épaule ; il fixe ses mains comme s’il ne les avait encore jamais vues. Puis, lentement, une expression presque comique d’étonnement sur le visage, il s’effondre. Aussitôt, Antonia lui tapote le visage, essaye de le faire parler, appelle Camélia à la rescousse pendant qu’Hyacinthus se tient en retraite, bouche bée. Quelques instants plus tard, comme une petite fille posant sa tête sur les genoux de sa mère, parfaitement confiante, Antonia bascule sur le côté et ne bouge plus. Un crissement sur le carrelage de la salle de bains suivi d’un bruit sourd m’indique que Camélia est elle aussi tombée. Ne reste plus qu’Hyacinthus, Hyacinthus qui n’a pas vidé sa tasse de thé, Hyacinthus qui fixe quelque chose d’un air horrifié. La tête du chef rebelle, visible sous le lit, sans doute alerté par le bruit qu’a fait Camélia en tombant. « Hyacinthus. Ce n’est pas…  » Je commence, paniquée, mais il lâche un cri perçant et commence à reculer vers le couloir. Quelques instants plus tard, il s’écroule lui aussi.

Je m’approche de lui pour vérifier qu’il est bien inconscient ; il bave légèrement, un effet secondaire que j’observe pour la première fois. Mais je n’avais encore jamais essayé ce poison dans de l’eau chaude, et c’est peut-être aussi ce qui a ralenti son action.  Julian, occupé à s’extirper péniblement de sa cachette, s’arrête pendant quelques instants afin d’observer les corps couchés par terre. Je ris, nerveuse. « J’ai l’impression d’être dans l’arène. » Je lui confie d’une voix légèrement trop aiguë. Je m’écarte d’Hyacinthus et tends la main à Julian pour l’aider à se relever. « Ils devraient être dans les vapes pendant un bon bout de temps… Au moins cinq heures, je pense. »  Les poisons, c’est mon domaine, c’est grâce à eux que j’ai gagné les Jeux. Je sais donc que mes jolis amis du Capitole s’éveilleront avec un terrible mal de tête, une grande soif et l’envie de vomir – le genre de symptômes que l’on éprouve après avoir trop bu. Reste encore à inventer une excuse plausible pour ce soudain malaise. Une histoire d’intoxication alimentaire, peut-être, car ils se méfient de tout ce qu’ils mangent lorsqu’ils ne sont pas au Capitole. Sinon, je peux toujours leur dire qu’ils ont bu trop de mon délicieux whisky, ce qui expliquerait aussi que leurs souvenirs soient flous. Il faudra aussi que je téléphone à la réalisatrice pour lui annoncer que nous ne pouvons pas tourner la vidéo aujourd’hui. Elle râlera, mais elle sera sans doute contente de passer sa journée à paresser. Cependant, une chose m’inquiète : Hyacinthus a vu Julian. A-t-il crié parce qu’il a reconnu le visage du chef rebelle ou simplement parce qu’il le prenait pour un cambrioleur ou un amant clandestin ? Sait-il qui se cachait sous mon lit ? Si c’est le cas, il révèlera sans doute tout au Président. Mieux vaut alors… quoi ? Le liquider ? L’assassiner froidement alors qu’il est couché sur la moquette avec l’air d’un chien endormi devant le feu ? J’ai beau ne pas le porter dans mon cœur, je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas.

Un « piiing » sonore me fait sursauter ; c’est le four qui s’éteint. La tarte aux pommes est prête, mais je n’ai pas envie d’y goûter. Je me tourne vers Julian dans l’espoir qu’il ait une idée, qu’il sache quoi faire avec Hyacinthus. Une fois ce problème-là réglé, je pourrai aider le rebelle à s’échapper. Mais pas tout de suite. L’arrivée inopportune de mon équipe m’a fait prendre conscience d’une chose : à tout moment, quelque chose peut arriver, quelque chose qui poussera Julian à partir, qui nous obligera à nous battre ou à fuir. Je n’aurai alors jamais l’occasion de le remercier pour tout ce qu’il a fait pour moi. Et il faut que je le remercie, que je prononce ces paroles, que je mette des mots sur ce changement qu’il a causé. Je m’approche donc de lui, et je prends ses grandes mains entre les miennes, si petites et pâles en comparaison. « Avant de… J’aimerais te remercier, Julian.  » Je lui souris. « Je sais ce que je risque en t’aidant à sortir d’ici. Je suis prête à le faire. A t’aider comme tu m’as aidée. » Je ne trouve pas les bons mots, c’est difficile, je ne sais pas comment exprimer ce que je ressens. « Tu es quelqu’un de bien, Julian. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec les idées du District 13 ou avec celles de tous les rebelles, mais… Toi, tu mérites que les gens te suivent. » Je m’oblige à regarder Julian dans les yeux au lieu de fixer mes pieds comme j’aimerais le faire. Comment lui dire ? Comment lui dire qu’il m’a apporté tant de choses, qu’il a changé l’image que j’avais du monde et de moi-même, qu’il m’a redonné espoir ? Comment lui dire ma gratitude sans phrases creuses, sans paroles ambiguës ? J’en viens à la conclusion qu’il n’y a qu’une chose à faire. Alors, je me hisse sur la pointe des pieds et je dépose un baiser sur les lèvres du chef rebelle avant de me détourner pour aller sortir la tarte du four.
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MessageSujet: Re: This is war Δ Julian & Amarinda   Sam 11 Oct - 23:41



Julian eut juste le temps de se glisser sous le lit que déjà, la porte de la chambre s’ouvrit à la volée sur l’équipe de préparation d’Amarinda ; les caquètements aigus qu’ils poussaient joyeusement lui rappelèrent étrangement ceux des poules que son père élevait autrefois dans leur petit jardin. Un véritable luxe, quand il y repensait, car peu dans le District avaient les moyens de s’offrir, et encore moins d’entretenir, des animaux de basse-cour pour leurs besoins personnels. En sa qualité de Mentor, le jeune homme avait été amené à fréquenter toutes sortes de Capitoliens au cours de sa carrière, et malgré cela, il n’avait jamais vraiment réussi à s’habituer à cette façon si particulière qu’ils avaient de s’exprimer. Il avait beau faire preuve de bonne volonté, c’était plus fort que lui : à chaque fois qu’ils ouvraient la bouche, leurs manières et leurs tics de langage lui tapaient immanquablement sur le système. Et alors qu’il n’avait pas eu la moindre pensée pour eux en huit années, le souvenir de sa propre équipe de préparation lui revint subitement en mémoire, et même après tout ce temps, leurs visages s’imposèrent à son esprit aussi nettement que s’ils s’étaient trouvés devant lui en cet instant. Pour la première fois depuis qu’il avait troqué son rôle de Mentor contre celui de Chef Rebelle, il se demanda ce qu’il était advenu d’eux : allaient-ils bien ? Avaient-ils eu des ennuis après que leur Vainqueur se soit dressé contre le Capitole pour mener la Révolte ? Ou pire encore, avaient-ils été tués ? C’était aberrant de ne s’en préoccuper que maintenant, mais il devait reconnaitre, non sans une pointe de culpabilité, qu’il ne s’était encore jamais inquiété de leur sort. S’ils avaient eu le don de l’agacer au premier coup d’œil, ce n’était pas des gens méchants, et ils l’avaient sincèrement aidé du mieux qu’ils l’avaient pu. S’il était revenu vivant de l’Arène, c’était en partie grâce à eux, et il les avait remerciés en les faisant tuer. Car difficile d’imaginer que le Capitole les ai laissé vivre, après ça. Il avait tant de sang sur les mains, tant de morts sur la conscience, et tout ça pour quoi ? Pour rien, ou si peu. En plus de dix ans, rien n’avait bougé, des enfants innocents étaient toujours envoyés à la mort comme des bêtes à l’abattoir, et le gagnant, adulé de tous. Son combat était perdu d’avance, et peut-être était-il temps de déposer les armes et de s’avouer vaincu.

Caché sous le lit, il n’avait pas d’autre choix que de supporter leurs bavardages incessants et leur conversation frivole.  Oh bon sang, achevez-moi tout de suite. Sans faire de bruit, il opta pour une position plus confortable ; il était peut-être coincé ici pour un bon bout de temps, alors autant se mettre à l’aise. Heureusement qu’Amarinda lui avait proposé de quoi sustenter sa faim, sinon les grondements affamés de son estomac auraient certainement trahi sa présence. Pour occuper son esprit, il repensa aux évènements qui l’avaient conduit jusqu’ici. L’enflure qui l’avait balancé, le rendez-vous qui avait viré au drame… Il s’en était sorti d’extrême justesse, et il avait eu beaucoup de chance de tomber sur Amarinda. S’il mettait la main sur ce traître, il se promit à lui-même de lui faire passer un très mauvais quart d’heure. Soudain, des bruits sourds l’extirpèrent de ses projets de vengeance, des bruits… comme un corps qui tombe au sol. Suivi d’un autre. Il se risqua à jeter un coup d’œil, mais le regretta aussitôt quand il croisa le regard d’un homme. Merde !, jura-t-il mentalement. L’homme poussa un cri – de surprise ou parce qu’il l’avait reconnu ? – avant de s’éloigner en direction du couloir. Non, Julian ne pouvait décemment pas le laisser s’en aller, hors de question qu’Amarinda ait des ennuis à cause de lui ! Il en avait marre de semer derrière lui mort et désolation partout où il passait. Cette fois-ci, Ama n’en ferait pas les frais.

Il s’extirpa rapidement de sous le lit, mais avant qu’il n’ait pu bondir sur sa proie pour l’intercepter, ce dernier s’écroula à son tour au sol, comme ses camarades avant lui. Julian, hébété, ne comprit pas immédiatement la situation ; toujours à quatre pattes, il releva la tête vers Amarinda, qui n’était pas étonnée outre mesure des malaises de ses amis. « J’ai l’impression d’être dans l’Arène », lui confia-t-elle. Dans l’Arène… Mais oui, ça lui revenait à présent. Amarinda avait éliminé ses concurrents, et alliés, en les empoisonnant. « Tu les as empoisonnés ? », lui demanda-t-il, abasourdi par son geste. Et alors qu’il prononçait ces mots, il sut qu’il avait mis le doigt sur la vérité. La Gagnante venait-elle juste d’empoisonner son équipe de longue date dans le but de le protéger, lui, un parfait inconnu – ou presque ? « Ils devraient être dans les vapes pendant un bon bout de temps… Au moins cinq heures, je pense. », démentit-elle. Julian laissa échapper un soupir de soulagement, au moins ne s’était-elle pas trop compromise. Dans un même ensemble, ils jetèrent un regard au corps de l’homme dans le couloir, conscients tous les deux du fait que celui-ci poserait un problème autrement plus important : il avait aperçu le visage du rebelle. S’en souviendrait-il au réveil ? S’imaginerait-il simplement avoir rêvé ? Dans le cas contraire, ils ne pouvaient décemment pas prendre le risque de le laisser tout raconter au premier Pacificateur venu. Julian avait déjà tellement d’ennuis qu’un de plus ne changerait pas grand-chose, mais Amarinda ne devait être en aucune façon soupçonnée de complicité. Il en allait de sa vie.

Un tintement les fit sursauter tous deux, mais ce n’était que le four qui avait achevé sa cuisson.  « Avant de… J’aimerais te remercier, Julian. » commença-t-elle. Il fronça les sourcils, perdu ; qu’avait-il à se faire remercier ? Il ne lui avait apporté que des ennuis. « Je sais ce que je risque en t’aidant à sortir d’ici. Je suis prête à le faire. A t’aider comme tu m’as aidée. Tu es quelqu’un de bien, Julian. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec les idées du District 13, alors ils étaient deux, ou avec celles de tous les rebelles, mais… Toi, tu mérites que les gens te suivent. » Et elle fit quelque chose auquel il ne s’attendait absolument pas. Elle se hissa sur la pointe des pieds pour venir l’embrasser sur les lèvres, puis, sans attendre sa réaction, tourna les talons et quitta la pièce. Sonné, Julian ne la suivit pas immédiatement, il se contenta de rester bêtement planté sur ses deux pieds, à revivre la scène dans sa tête. Pourquoi avait-elle agi ainsi ? Pourquoi le remercier quand c’était elle qui avait tant fait pour lui ? Jusqu’à regonfler son cœur d’espoir par ses belles paroles et son attitude touchante. Elle avait réussi à lui redonner confiance, cette confiance qu’il avait perdue après l’échec de la Révolte, qui s’était lamentablement soldée par la mort de tant de ses hommes. Il avait perdu foi en ses capacités de leader, après ça. Et c’était une Gagnante au profil typiquement pro-Capitole qui avait su lui insuffler une nouvelle force, l’envie de se battre à nouveau. Qui l’aurait cru ? Il passa un doigt sur ses lèvres, puis sourit en repensant au baiser qu’elle lui avait offert. Décidemment, cette femme aura réussi à le surprendre jusqu’au bout.

Il descendit les escaliers et la rejoignit dans la cuisine. « Amarinda, l’homme qui m’a vu, que va-t-on faire de lui ? Est-ce qu'il va se souvenir de tout ça ? » Il pouvait toujours, pour lui éviter la mort, l’emmener dans un coin sordide et lui faire croire à un kidnapping, mais s’il se souvenait l’avoir aperçu chez Amarinda, toute sa petite mise en scène tombait à l’eau. Devait-il pourtant tenter le coup ? Julian n’était pas confortable avec l’idée de tuer de parfaits innocents. Ça n’avait jamais été et ne serait jamais ses principes. Mais cette situation était quelque peu particulière, et il serait peut-être amené à faire une exception pour protéger Amarinda.  « S’il y a le moindre risque pour qu’il te cause du tort, je suis désolé, mais je dois m’en débarrasser. » Il pouvait lui rompre le cou et le jeter du haut des escaliers pour faire croire à un stupide mais banal accident domestique. Quelque chose qui n’incriminerait pas Amarinda. Pas question qu’elle paye les pots cassés. Pas question que ce salaud de Snow ne lui fasse le moindre mal.


Hj : Désolée du retard et j'espère que ça ira, que tu auras matière à répondre, car je ne fais pas trop avancer les choses... Si tu veux que je rajoute un truc à la fin, dis-le moi surtout.


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MessageSujet: Re: This is war Δ Julian & Amarinda   Jeu 30 Oct - 21:29

Parfois, il est plus facile de mentir que de dire la vérité, plus facile de jouer un rôle que d’être soi-même. Au fil des années, j’ai construit mon image pierre par pierre, je l’ai polie et retouchée sans cesse pour qu’elle ne présente pas la moindre faille. J’ai inventé Amarinda Carter comme s’il s’agissait d’un personnage de roman, j’ai modelé son identité selon les désirs de la foule et j’ai réussi à convaincre la nation entière que ce masque qu’ils voyaient était mon vrai visage. A vrai dire, je ne savais pas plus qu’eux ce qui se cachait derrière cette façade. Mon rôle était simple et agréable et il me convenait. Je vénérais notre dirigeant et je n’étais que trop heureuse de jouer à la poupée modèle pour le satisfaire. Je participais à toutes les fêtes où il voulait me voir, même lorsque j’étais exténuée, même lorsque je me sentais mal. Je souriais à ses amis et me montrais froide envers ses ennemis. Je couchais avec les hommes qu’il m’envoyait sans jamais montrer le plus petit signe de désapprobation. Je participais à des pièces de théâtre à la gloire de notre nation sous le regard de centaines de personnes alors que j’aurais aimé me terrer dans un trou et me faire oublier. D’une certaine façon, être Amarinda me permettait d’être plus forte, d’oublier mes peurs, de bannir l’arène de mes pensées. J’étais une hypocrite, mais qui ne l’était pas au Capitole ? La petite fille que j’avais été avant les Jeux, la petite Ama, la petite Rinda, ne pouvait plus exister. C’était une fille au cœur trop tendre, au regard trop innocent. Le public voulait du mystère, réclamait de la cruauté et du scandale, et je lui ai donné ce qu’il désirait. Après tout, c’était grâce aux sponsors que j’étais sortie vivante des Jeux, et je me sentais obligée de leur rendre la faveur.

Parfois, il est plus facile de mentir que de dire la vérité, mais ce jeu de masques commence à m’épuiser. C’est horrible de se rendre compte que la première personne à me rendre heureuse depuis des années est celui que je croyais être mon ennemi. Julian a tout chamboulé, m’a forcé à regarder la vérité en face. Il m’a appris que je ne dois pas avoir honte de qui je suis ni de ce que je suis : une femme profondément marquée par les Jeux et la cruauté du Capitole, une jeune fille gaie et soucieuse de faire le bien, une fillette qui a vu la mort en face mais qui a toujours continué à aimer la vie. Je peux être tout cela et même plus. Amarinda, Ama, Rinda, amie et ennemie, épouse et amante, mère et fille. Je ne dois pas continuer à être celle que les autres veulent voir. Oh, je continuerai certainement à jouer le jeu du Capitole, parce que je n’ai pas le choix et que je ne veux pas mettre mes proches en danger. Mais intérieurement, je saurai que je résiste. Intérieurement, je saurai que je ne leur appartiens pas, que je ne leur appartiendrai jamais, et que je pourrais partir si je voulais. Je pense que j’ai toujours eu cette force en moi, mais je sais aussi que je n’aurais jamais pu la trouver sans Julian. Il m’a redonné espoir.

La cuisine embaume délicieusement la pomme. Je sors la tarte du four et la découpe en petits morceaux. Lorsque Julian me rejoint, je suis occupée à fourrer des vivres en vrac dans un sac en toile. J’y mets du pain, des galettes d’avoine, des saucisses fumées, du fromage, une botte de radis et quelques fruits ; après réflexion, j’y ajoute aussi une bouteille d’eau et une petite flasque de vin – cela peut servir à désinfecter une blessure. A la fin, j’emballe la tarte aux pommes et je la pose au-dessus des autres denrées. « Amarinda, l’homme qui m’a vu, que va-t-on faire de lui ? Est-ce qu’il va se souvenir de tout ça ?» Je vérifie soigneusement que le sac est bien fermé pour ne pas devoir regarder Julian dans les yeux. Se souviendra-t-il ? Sans doute ; la drogue que je lui ai administrée fait dormir, mais ce n’est pas l’une de ces potions d’amnésie dont le Capitole a le secret. « Il se souviendra de tout. »  Je me rends compte que j’attends que Julian me dise quoi faire ; il a l’air tellement solide, tellement sûr de lui, malgré sa blessure et son air fatigué. Je souris. C’est vraiment un leader-né. Mais ses paroles suivantes me glacent le cœur. « S’il y a le moindre risque pour qu’il te cause du tort, je suis désolé, mais je dois m’en débarrasser. » Je lève les yeux vers lui pour m’assurer qu’il ne plaisante pas. Mais Julian ne plaisanterait jamais à ce sujet. Julian n’est pas n’importe qui. Il m’offre une mort tout en sachant ce que cela signifie. Il a déjà pris des vies. Il connaît le prix à payer. Et pourtant, il est prêt à le payer pour moi, une quasi-inconnue, une femme qui il y a quelques jours encore militait pour le Capitole ? C’est trop. Personne ne devrait faire une telle chose pour moi, personne.

Il me reste une seule option. C’est moi qui dois tuer mon préparateur, moi qui dois briser son joli cou. Ainsi, je serai la seule à porter le poids de cette mort qui ne concerne que moi. C’est sans doute la chose la plus sage à faire pour ma sécurité. Mais je ne peux pas. Je n’y arrive pas. J’ai tué des enfants en les regardant en face, je les ai vus tomber sur le sol de l’arène et j’ai crié victoire en levant mes mains pleines de sang vers le ciel. J’ai empoisonné des adultes lors de dîners officiels et j’ai conservé un visage impassible en les voyant soudain quitter la table pour ne plus jamais y revenir. Mais voilà, maintenant que je suis honnête avec moi-même, maintenant que Julian m’a aidé à devenir celle que je suis, je suis incapable de le faire. Même pour sauver ma propre vie. Incapable de faire du mal à ce jeune Capitolien qui a toujours vécu dans le luxe et l’indolence et qui n’a jamais compris la signification réelle des Jeux. « Hyacinthus. Son nom est Hyacinthus. Il aime les chiens de race et il change de perruque tous les jours. Il prétend ne manger que des légumes, mais je l’ai surpris plusieurs fois à engloutir un gros steak bien saignant. Il a une sœur qui va se marier bientôt.» Je reprends ma respiration ; je ne sais pas pourquoi je dis tout cela, pour montrer qu’Hyacinthus n’est qu’un homme comme d’autres ? Qu’il mérite avant tout de vivre ? « C’est lui qui s’occupe de mes cheveux. Il est futile et vaniteux comme un paon. Mais je refuse de le voir mourir à cause de moi. » Je rouvre rapidement le sac pour y ajouter un rouleau de bandages et une poignée d’antidouleurs. « Je t’ai aidé, Julian, j’ai défié la loi, et je suis prête à assumer les conséquences de mes actes. Même s’ils me font souffrir, cela n’égalera pas le mal que je me ferais en tuant cet homme innocent. C’est fini, tout ça. Fini. » Ma voix tremble, mais ma résolution est ferme. Je ne jouerai plus leur jeu. Plus jamais.

Cependant, Julian a raison : nous devons mettre Hyacinthus hors d’état de nuire. Une idée germe lentement dans mon esprit et j’évalue le chef rebelle d’un œil nouveau, je mesure la largeur de ses épaules, sa taille. Je souris. « Je parie que tu as toujours rêvé d’être un styliste. »  Rapidement, je lui dévoile mon plan : nous le déguiserons à l’aide des vêtements d’Aurelius, mon styliste, et de la perruque d’Hyacinthus. Avec un peu de maquillage sur le visage et une mallette à cosmétiques cachant son sac de vivres, il sera parfaitement convainquant. Je pourrai alors l’aider à sortir du District sans que les Pacificateurs ne nous arrêtent. « Il faudra rassembler mon équipe dans ma chambre et leur attacher les mains. Et ensuite, quand je t’aurai mené à la limite du District, il faudra que je prenne moi aussi une dose de cette drogue et que tu m’attaches. Je dirai que tu as menacé de tuer mon équipe si je ne t’aidais pas ; ils ne peuvent pas me reprocher d’avoir voulu sauver la vie de citoyens du Capitole, pas vraiment. » C’est une explication plausible ; j’ignore si elle résistera à des recherches poussées, mais c’est tout ce que je peux inventer pour le moment. « Il faudra peut-être aussi me donner un coup sur la tête. Pour faire plus crédible. Ils ne croiront jamais qu’Amarinda Carter se sera laissé tabasser sans rien faire. » J’aimerais l’accompagner. Partir, ne pas me retourner, me refaire une vie ailleurs. Mais c’est impossible. Je ne serais qu’un pion dans le jeu d’Alma Coin, qu’un Vainqueur de plus à exhiber fièrement pour prouver la corruption du Capitole. Pour les rebelles, je ne serais rien de plus qu’une arme, et pas des plus utiles. Je ne veux pas quitter un bourreau pour le remplacer par un autre ; j’en ai assez de ces gens qui veulent faire de moi l’un des visages de leur cause. Alors, je reste au District Un, et je me contenterai de petits actes de rébellion au quotidien. Je résisterai à ma façon, et je montrerai au Capitole que leur jouet favori est capable de mener sa propre vie.
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This is war Δ Julian & Amarinda

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