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 Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda

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MessageSujet: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Ven 4 Juil - 20:29


Beautiful days

Je murmure son nom en me réveillant et tends la main pour le toucher. C’est un geste simple, aussi instinctif que celui de serrer les poings quand on est en colère ou de sourire quand on est heureux. Mais ce matin, ma main ne rencontre que le vide. Je me redresse, confuse, et tente de retenir les lambeaux de mon rêve. En vain. Autant tenter de récolter des gouttes de pluies dans ses mains pour étancher sa soif. Je secoue la tête. Mes cheveux emmêlés fleurent délicatement le shampoing et un autre parfum, légèrement salé. Ai-je encore pleuré pendant mon sommeil ? Je réprime un sentiment d’agacement et me lève rapidement afin de mettre autant de distance que possible entre ces rêves et moi. Si j’accomplis les gestes normaux d’une femme normale, peut-être parviendrais-je à prétendre que tout va bien. Peut-être parviendrais-je à prétendre que je ne suis pas Amarinda Carter. Vainqueure des Jeux et fabricante de jouets. Tueuse improbable et monstre de foire. Adulée par la foule et haïe dans son District. Une femme un peu triste, un peu bizarre, un peu perdue et trop peu aimée.

Le District 5 ne m’a jamais beaucoup plu. J’imagine que c’est à cause du paysage austère, sans beaucoup de vert, et de la centrale électrique qui bourdonne jour et nuit comme une ruche en folie. Pas aussi pauvre que le 11 et le 12, ni aussi rustique que le 10 et le 7, c’est un District morne qui ne présente pas grand intérêt si ce n’est pour les milliers de volts qu’il produit et qui sont acheminés vers le reste de Panem. Aucune personne sensée ne choisirait ce District pour tourner une vidéo de propagande. Mais il est vrai que qualifier Valeria de « personne sensée » serait mentir. La flamboyante réalisatrice du Capitole à la voix criarde et aux cheveux monstrueux me fait presque peur. Hier, elle a passé la journée entière à sélectionner des habitants du District, les plus jeunes, les plus beaux, les mieux nourris. Elle les a affublés de costumes censés représenter le folklore du District, les a maquillés et leur a appris de jolis petits discours à la gloire de Panem et du Président. J’étais chargée de les interviewer. Valeria prétend m’avoir choisie pour ce travail à cause de ma popularité. Elle a fait erreur. C’est au Capitole que je suis populaire. Dans les Districts, je ne suis qu’un Vainqueur de plus, qu’un monstre de plus. Le bûcheron, le pêcheur, l’agriculteur se fichent bien de ce que j’ai à leur dire. Ils me mépriseront toujours. Je n’ai toujours pas décidé si ce mépris est mérité ou pas.

Dans la cuisine, je remplis un grand verre d’eau et je contemple avec un certain dégoût la petite pile de comprimés dans ma main. Un rouge, un bleu, deux roses. Et j’ai oublié le blanc. Je ne sais pas à quoi ils servent, je ne l’ai jamais demandé. Comme toujours, j’obéis aux ordres que le Capitole me donne. J’avale le rouge et un rose. Je prendrai les autres plus tard. Je regarde la vieille horloge au-dessus de la table. 9h18. Valeria et les stylistes ne se réveilleront pas avant plusieurs heures. J’avale quelques tranches de pain à la confiture sans vraiment me donner la peine de mâcher avant de prendre une douche. Un étrange sentiment d’urgence m’habite. Je me sens enfermée, oppressée. Il faut que je sorte d’ici. Je pourrais aller me promener. Prendre l’air, changer d’air. Ça me fera sans doute plus de bien que ces comprimés qui me retournent l’estomac et la tête. Je pourrais rendre visite à Jaime. Il suffirait de traverser la pelouse bien entretenue au milieu du Village des Vainqueurs. Quand je regarde par la fenêtre du salon, je peux apercevoir sa maison. Si près, et pourtant si loin. La dernière fois que je l’ai vu, c’était au Capitole. Nous avons bu quelques verres et nous avons fini au beau milieu de la rue, à danser et chanter à tue-tête. Je me souviens de son large sourire, de son regard pétillant, un peu fou, de ses chaussures bien cirées qu’il a fait valser pour pouvoir se promener à pieds nus. Il était beau, ce soir-là, beau comme un dieu, jeune et invulnérable. Il dégageait une énergie incroyable, et moi… Je me sentais bien à ses côtés. Belle, intelligente, importante. Je me sentais entière, comme si je n’étais pas la fille qui a gagné les Jeux à l’âge de 12 ans. Et ça m’a effrayée. Ça m’a effrayée parce que les choses ne sont pas censées se passer comme ça. Parce que la plupart nos rencontres finissent par des larmes, parce que colère, suspicion et tristesse font depuis toujours partie de notre relation. Être heureuse avec Jaime ne dure jamais longtemps. Nous sommes tous deux trop instables, trop marqués par notre passé, trop fiers et cruels. Mais pas ce soir-là. C’était parfait, et j’ai craint qu’il ne s’agisse d’une tricherie, j’ai cru qu’on viendrait m’en demander le prix, que le diable viendrait chercher mon âme en échange pour ces quelques heures de bonheur. Mais rien de tel ne s’est passé. Rien. Je suis rentrée dans ma chambre à 3 heures du matin, la tête embrouillée, le cœur prêt à éclater. Un jour plus tard, je suis retournée au District 1 comme prévu. Depuis, Jaime m’a téléphoné trois fois. Je n’ai jamais décroché le téléphone. J’ai peur de quelque chose, même si j’ignore de quoi il s’agit exactement. Après cette soirée, toute nouvelle rencontre ne peut qu’être décevante. J’ai l’impression que je ne supporterai pas de le regarder dans les yeux. Quelque chose a changé, ce soir-là. Quelque chose en moi, quelque chose entre nous. Et j’ai peur de mettre un mot sur ce sentiment, peur de me blesser, de nous blesser. Alors, mieux vaut peut-être l’éviter.

Je rassemble mes cheveux en un chignon lâche avant de jeter un regard plein d’appréhension à mon double dans le miroir. Je suis jolie, on me l’a souvent dit, mais je n’aime pas croire les gens sur parole. Depuis toujours, le miroir ne me renvoie que mes défauts : mon nez pas tout à fait droit, mes pommettes qui se colorent de rouge lorsque la gêne m’envahit, mes sourcils qui repoussent toujours malgré les efforts de ma styliste pour les discipliner. Mais le pire défaut n’est visible pour personne d’autre que moi-même : je ressemble à Phoebe. Je pensais que cette ressemblance avec la sœur de Jaime s’estomperait au fil du temps, mais il n’en est rien. J’ai les mêmes yeux qu’elle, les mêmes cheveux sombres, le même sourire. J’essaye de le camoufler. Je porte les cheveux longs alors qu’elle les portait courts. Je me maquille, parfois même trop. J’achète des vêtements extravagants. Mais je sais que Jaime voit parfois Phoebe lorsqu’il me regarde, je le sais parce qu’alors son regard se voile et la tristesse se peint sur ses traits. Jaime et moi, c’est une amitié bizarre, improbable. Alors que je me jure à chaque fois de l’éviter, je me surprends toujours à me jeter droit dans ses bras.

Sans trop savoir si je suis stupide ou si j’ai tout simplement un don pour l’autodestruction, je me retrouve devant la porte d’entrée de Jaime. Je peux encore retourner en arrière. Mais j’ai envie de le voir, besoin de le voir. Il est mon ami. Il me comprend comme personne, parce que personne n’a vécu ce que nous avons vécu dans l’arène. Alors, je sonne. Une seule fois. Dans le silence qui suit le bruit strident de la sonnette, je suis presque tentée de me retourner et de m’enfuir. C’est alors que la porte s’ouvre. « Jaime. » Je m’avance d’un pas pour lui faire la bise. Ses joues sont tièdes et légèrement rugueuses. Il ne s’est pas rasé. Il me sourit ; au moins, il a l’air heureux de me revoir. Cependant, je devine un orage dans ses yeux sombres. Il doit se demander pourquoi je n’ai jamais répondu au téléphone. « Une promenade, ça te dit ? » A mon grand soulagement, il accepte sans faire d’histoires. Nous sortons du Village des Vainqueurs en silence. Silence tendu, silence amical ? J’hésite entre les deux. « Je suis désolée de ne pas avoir répondu au téléphone. » A chaque fois, j’ai obligé ma cuisinière à répondre, et à chaque fois, elle a prétendu que j’étais absente ou malade. Que dire, quelle excuse lui servir ? Il n’est pas stupide. Il saura que je mens. Alors, je me contente de dire : « Tu m’as vraiment manqué. Ne sois pas en colère, s’il te plaît. Je pense que tu peux me pardonner. »  Timidement, je serre sa main entre les miennes. J’espère qu’il me pardonnera. On ne sait jamais, avec Jaime. « Vérifions si ton dé pense la même chose. » Je prends des risques. Jaime est obsédé par le petit dé qu’il porte toujours sur lui, et il le jette souvent lorsqu’il doit prendre une décision. Un 1 signifie oui. Un 6 signifie non. Je ne connais pas la signification des autres faces. J’encourage Jaime d’un sourire, même si mon cœur bat à tout rompre. Le dé semble tournoyer pendant une éternité avant de s’arrêter sur un chiffre.
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MessageSujet: Re: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Dim 6 Juil - 14:00



❝Amarinda & Jaime

   ♣ Flowers of the dying sun.

Le soleil venait de se lever. Nimbant de ses rayons dorés l'horizon du district cinq. Je n'avais guère dormi en cette nuit fraîche. Les démons de l'arène hantant encore mes souvenirs comme des cauchemars récurrents. J'avais passé la nuit enveloppé dans une de ces couvertures fabriquées par les Fox. Roulé comme un enfant, emmitouflé jusqu'au cou, face à ma cheminée dans laquelle se consumaient lentement les bûches de bois. Le crépitement des flammes avait son côté rassurant. Tenant éloigné de moi les démons de la nuit.

Une semaine que je ne dormais presque plus. Des cernes violettes avaient pris places sous mes yeux perçants. Une barbe naissante avait pris possession de mes joues. Je n'avais rien du gamin qui s'était battu vaillamment dans l'arène. Je ressemblais à un déchet. Un vieux rebut de la société auquel on ne prêtait plus attention. J’espérai que la folie s'échapperait un instant. Afin que je puisse reposer mon corps meurtri par le manque de sommeil. Ce même corps, rongé par le feu puissant de la folie. Je la sentais gagner du terrain à mesure que le temps s'écoulait. Peut-être qu'un jour il ne resterait plus rien de sensé en moi. Je ne serai plus qu'une enveloppe destinée à héberger un démon sanguinaire, fou et violent. Incontrôlable. Je réprimai un frisson. J'avais appris à apprécier ce brin de démence qui faisait de moi le Jaime survivant. Mais je ne concevais pas qu'un jour il n'y ait plus rien de raisonnable en moi. Non. C'était inimaginable. Je serrai le poing, fermant les yeux. Me laissant envahir par d'affreux souvenirs.

On sonna. Je rouvris les yeux. Restant un petit moment à regarder dans le vide. Laissant s'échapper la brume qui m'entourait. Je repris mes esprits et me levai. Laissant tomber la douce couverture sur le canapé du salon. Peu de gens au district me rendaient visite. Surtout à cette heure ci. Qui diable cela pouvait-il être ? Je grommelai en prenant la direction de la porte d'entrée. Quand le bois lourd qui me séparait de l'extérieur laissa entrevoir  la personne qui se tenait sur le seuil, j'eus un mouvement de recul. Phoebe. Phoebe était là, devant la porte. Je souriais. Phoebe... Laissais-je échapper dans un murmure avant de fermer les yeux et de taper violemment la porte de bois. Une douleur fulgurante remonta le long de mon bras. Je l'ignorai. Je rouvris les yeux. Une lueur étrange avait pris place dans ma pupille noire comme un geai. Non. Ce n'était pas Phoebe. Elle était morte. Tuée dans cette arène horrible. Je laissai échapper un hurlement en frappant de nouveau la porte. Cette fois je restai face contre bois, me refusant tout regard vers la nouvelle venue.

Maudit Capitole. Maudits jeux. J'avais reconnu cette voix. Je la reconnaîtrai entre mille. Amarinda. Que faisait-elle ici ? Ma respiration s'était accélérée. J'essayai de reprendre mes esprits. J'essayai de me persuader que ce n'était pas celle qui avait perdue la vie bien des années auparavant. Ma chère et tendre. Ma petite Phoebe. Amarinda me proposa une promenade. Je ne réagis pas de suite. Sachant très bien que je mettrai sa sécurité en danger si je répondais de suite. J'attendais que le sang arrête de tambouriner à mes tempes avant d'accepter par un hochement de tête et de suivre la demoiselle après avoir refermé la porte derrière moi.

Le silence pesant entre nos deux corps. Mon regard lointain. Je marchais à ses côtés sans faire d'histoire. Pourquoi diable venait-elle me voir après m'avoir ignoré trop longtemps. Désolée ? Vraiment ?. Ma voix n'était pas tendre. Oui bien sûr. Je suis contente de la voir. Mais je lui en veux de m'avoir délaissé si longtemps. Elle sait très bien ce qu'elle représente pour moi. Comme un lien vers le passé. Un tableau vivant de mon histoire. Tant de choses pour lesquelles je l'apprécie. Et pour lesquelles je lui en veux comme je n'en voudrai jamais à personne. Phoebe aurait du survivre.

Lui avoir manqué. Je ne sais pas. Je ne manque à personne Ama. lui répondis-je dans un murmure, suivit d'un sourire timide. A personne. Sauf peut-être à elle. Je ne sais pas. Ses mains se refermèrent sur les miennes et je fermai les yeux. Il y a bien longtemps qu'on ne m'avait pas témoigné d'attention. Et je m'attendais à tout sauf à ça en cette fraîche matinée. Mon dé. Je rouvris les yeux, dévisageant la jeune femme, m'assurant encore une fois qu'il ne s'agissait pas de Phoebe revenue d'entre les morts. Mais Amarinda, malgré toutes ses ressemblances, conservait des traits bien particuliers. Je détachais le dès qui pendait mollement sur mon torse. Il tournoyait longuement sur le sol avant de retomber, oscillant lentement. Trois. Trois points noirs se détachant nettement de la surface lisse et étincelante de la face du dé. Le juste milieu.

Il semblerait que le hasard ne veut pas se mêler de nos histoires répondis-je dans un soupire. La décision me revenait. Je ne peux te pardonner qu'à une seule condition. Un souffle. Plus aucune trace de colère. Que la prochaine fois que ton téléphone sonne, tu ne charges pas ta cuisinière de répondre. Oui Amarinda. Je sais que tu mens. Mais promets moi de ne plus le faire. Promets le moi.


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death is a lie
« Jaime vainqueur qu'ils disaient. Vainqueur de quoi au juste ? Où est la victoire ? C'est la mort qui a échoué à ne pas nous emporter tous. Ce n'est pas moi qui ai gagné.... »
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MessageSujet: Re: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Lun 7 Juil - 19:07

Il y a des jours où tout va bien. Des jours calmes, heureux, parfaits. Mais ces jours-là sont facilement oubliés. Ce qu’on retient, ce dont on parle, ce sont nos ennuis, nos soucis. Les jours comme celui-ci, où tout semble être destiné à mal se passer. Je n’aurais pas dû venir ici. Je n’aurais pas dû céder à la tentation de revoir Jaime. Mais les regrets ne servent à rien et je me retrouve face à lui. Il est pâle comme un mort et ses traits sont tirés. A-t-il dormi la nuit passée ? Et la nuit d’avant ? Je murmure son nom. Plus qu’un salut, c’est une façon de lui dire que je suis là pour lui. Que tout ira bien. Mais le nom qu’il murmure n’est pas le mien. C’est le même, toujours le même, celui d’un fantôme qui ne me quittera jamais. « Phoebe. » Avant que je puisse réagir, il donne un grand coup dans la porte. Je ne recule pas, même si je crains que le prochain coup puisse m’être destiné. Jaime ne m’a jamais fait mal. Pas avec ses poings, du moins. Pourquoi en aurait-il besoin alors qu’une seule de ses paroles suffit à me blesser ? Cependant, il a l’air complètement à bout. Son visage est un masque effrayant, ses yeux ont un éclat dangereux. Il a l’air d’un homme prêt à tout pour faire cesser ses cauchemars. C’est quelque chose que je peux comprendre, quelque chose que j’ai moi-même connu. J’aurais dû être là, cette nuit, pour tenir les mauvais rêves à distance. J’aurais dû rester assise auprès de lui, le veiller comme un nourrisson, lui tenir la main. C’est ce qui marche pour moi. Je me sens mal à l’aise quand je pense que je me suis rarement comportée comme une vraie amie, ces derniers mois. « Amarinda. C'est Amarinda.» Je le reprends doucement mais fermement. Si cela ne tenait qu’à moi, je le laisserais vivre dans son monde imaginaire, un monde où sa sœur est encore en vie et où il n’est pas un meurtrier. Mais les docteurs m’ont dit que c’est mauvais. Ils m’ont obligée à regarder la réalité en face et veulent que j’en fasse de même avec lui. C’est cruel. Je pense que Jaime et moi pourrions être heureux si on nous laissait vivre notre vie comme nous l’entendons. Si on ne nous bourrait pas de médicaments et de conseils. Le Capitole ne peut se permettre de présenter une mauvaise image de ses Vainqueurs. Après tout, nous sommes les héros de la nation. Alcooliques, drogués, fous, maniaques, pervers, mutilés et réparés mais jamais parfaitement sains d’esprit. Voilà qui nous sommes vraiment. Cependant, aux yeux de tous, nous sommes beaux, populaires, riches, arrogants, heureux. Enviables. Je pense que personne ne m’envierait à cet instant. Devant moi, Jaime s’est remis à tambouriner la porte. Il serait capable de la démolir. Son hurlement est celui d’un loup solitaire. Il me fait peur. Je voudrais tellement le prendre dans mes bras, lui dire que tout ira bien. Le bercer doucement contre moi. Mais j’ignore ce qu’il fera si je le touche. Il fixe la porte, apparemment incapable de me regarder. Incapable de voir Phoebe et Amarinda dans le même corps et de se demander laquelle des deux est réelle.

Je devrais partir. Faire demi-tour, m’enfuir. Il ne m’en voudrait pas, car il sait à quel point cette situation est dangereuse pour nous. Mais je refuse de l’abandonner. Je me contente de l’observer à distance. Sa poitrine se soulève et s’abaisse rapidement, son souffle est irrégulier, son cœur doit battre la chamade. Ses yeux sont fermés comme pour prier. Prier pour quoi ? Que je m’en aille ? Que je ne sois jamais venue ? Que je sois morte et que Phoebe soit là à ma place ? J’ai pitié de lui, à cet instant, même si je sais qu’il ne veut pas de ma pitié et qu’il n’en a nul besoin. Il a l’air d’un chaton négligé. Il ne sait pas prendre soin de lui-même, et il n’y a personne pour le faire. Personne sauf moi… Je lui propose une promenade. Cela lui fera du bien, sans compter qu’il n’y a pas de caméras dans la nature – au contraire d’ici. Je ne veux pas que les docteurs du Capitole examinent ces images de Jaime comme ils examineraient un lapin mort. Il ne leur appartient pas. C’est moi qui vais l’aider, moi qui vais le sauver. Le soulagement m’envahit lorsque Jaime accepte ma proposition. Il ferme la porte derrière lui, toujours sans me jeter le moindre regard. Nous marchons côte à côte, proches à nous toucher et pourtant séparés par le silence qui pèse sur nous comme une chape de plomb. Jaime regarde devant lui, songeur. Ravalant ma fierté, je m’excuse de ne pas avoir pris le téléphone. De l’avoir laissé seul dans le noir, sans nouvelles de ma part, sans même savoir pourquoi je ne répondais jamais. « Désolée ? Vraiment ? » Il ne me croit pas. Il a sans doute raison de se méfier de moi. J’ai été cruelle, et je le regrette, je le regrette vraiment… Mais comment le lui dire ? Parfois, dire « je suis désolée » ne change rien. Il y a des choses qui ne s’excusent pas. « Je ne manque à personne Ama. » Il m’offre un sourire timide, comme pour indiquer que cela ne le dérange pas. Mais je sais qu’il est malheureux. Je sais qu’il est seul. Il ne croira jamais qu’il m’a manqué. Pas si je le dis. Alors, pour exprimer ce que mon cœur ressent mais ma bouche ne peut dire, je serre doucement ses mains entre les miennes. Jaime ferme les yeux, une expression presque peinée sur son visage. A quand remonte la dernière fois que quelqu’un lui a témoigné de la gentillesse ? A quand remonte la dernière fois que quelqu’un la touché avec douceur ? Les gens l’évitent encore plus qu’ils ne m’évitent. Pour eux, je suis une folle inoffensive et Jaime un fou furieux. Cette pensée me fait presque sourire. Nous sommes vraiment une belle paire de cinglés.

Peut-il me pardonner ? Je ne sais pas. Il ne sait pas. Seul le dé le sait peut-être. Jaime le prend sans cesser de me dévisager. Peut-être essaye-t-il toujours de se convaincre que je ne suis pas Phoebe. Lui ai-je manqué, moi ? Ou est-il simplement heureux de revoir celle qui ressemble à sa sœur ? Impossible à savoir. Le dé tournoie sur le sol poussiéreux. Lui non plus ne semble pas savoir que faire. Un trois. Ni oui ni non. Peut-être. « Le juste milieu. » Murmure Jaime. « Il semblerait que le hasard ne veut pas se mêler de nos histoires. » Il n’y a que nous deux. Je courbe la tête dans l’attente du verdict, le cœur battant. « Je ne peux te pardonner qu’à une seule condition. » Je relève brusquement la tête et le regarde dans les yeux. En cet instant, ses yeux sont calmes, la tempête qui faisait rage en lui s’est apaisée. Il a l’air parfaitement sain d’esprit. « Que la prochaine fois que ton téléphone sonne, tu ne charges pas ta cuisinière de répondre. » J’avais raison : je suis incapable de lui mentir. Alors je lui souris et je réponds : « Je promets. Je ne te laisserai plus tomber. Je ne m’enfuirai plus parce que j’ai peur. » Je veux ne plus avoir peur. Peur de lui, de ce qu’il est et de ce qu’il est capable de faire, peur de moi, peur de nous. Je veux que ce soit terminé. Au fond, les docteurs avaient raison. Inutile de fuir la réalité ; elle revient toujours frapper à la porte. « Dis-moi comment tu vas. Comment tu vas vraiment. » Je ne veux pas entendre de politesses, de je-vais-bien-et-toi. Je veux la vérité, même si elle fait mal. J’ai appris qu’il n’y a pas de honte à avouer que ça ne va pas. J’ai appris que l’hypocrisie ne sert à rien, même au Capitole. Depuis toujours, j’ai joué le rôle de la gagnante parfaite. Je l’ai joué tellement bien que j’ai fini par y croire. J’étais Amarinda, toujours sage, toujours gentille, un peu folle mais farouchement dévouée à la cause du Président. J’adulais vraiment Snow. Et pourtant… il m’a suffi de faire un seul faux pas. Une seule bêtise, et Snow m’a fait battre. Les marques des coups sont estompées depuis longtemps. Mais je m’en souviens. Je me souviens de la douleur et de l’humiliation. Je ne l’ai avoué à personne. Mais peut-être pourrais-je le dire à Jaime. Il comprendrait, tout comme je le comprends. Il peut tout me dire. Tout. Les cauchemars qui ne partent jamais vraiment, la peur de dormir, l’envie de tout casser, les souvenirs qui ressurgissent à n’importe quel moment. Nous avons vécu la même chose, et cela a créé un lien plus fort que tous les autres. J’ai été stupide d’ignorer Jaime. Stupide de penser que je peux vivre sans lui. J’ai besoin de lui, parce qu’il est le seul à pouvoir apaiser les battements trop rapides de mon cœur, le seul à pouvoir comprendre quand je dis « c’était horrible ». Il n’efface pas les souvenirs, mais sa présence les rend moins effrayants. Il me rappelle que je suis une survivante, que je suis forte. Oh, je sais, il y a d’autres Vainqueurs. Certains sont mes amis. Mais d’une certaine façon, seul Jaime peut comprendre. Peut-être parce que j’étais dans l’arène avec sa sœur.

Je jette un coup d’œil à Jaime avant de me rapprocher de lui. Nous marchons côte à côte, mon bras frôlant le sien. Ensemble. Nous arrivons à un petit pont de pierre qui enjambe la rivière. Sans hésiter, je m’installe sur le muret de pierre, les jambes dans le vide. Sous mes pieds, l’eau chuchote et murmure. Je me demande ce qu’elle raconte. Après un instant d’hésitation, Jaime vient s’asseoir à côté de moi. Nous contemplons la nature. Il est facile d’oublier que nous nous trouvons au District 5, ici. « Tu sais, on pourrait partir d’ici. Aller vivre ailleurs. Le monde est assez grand. Il n’y a pas que Panem. » Je ne sais pas d’où cette pensée me vient. Je n’ai pas réellement envie de partir ; l’inconnu me fait peur. Mais je suis lasse de jouer le jeu du Capitole. Et Snow… Je pourrais le dire à Jaime. Je pourrais dire ce qu’il a fait. Mais j’en suis incapable. Je m’agite sur le muret. Il y a tant de choses à dire. Snow. Les Jeux, ceux du passé et ceux de l’avenir. Phoebe et la vérité sur sa mort. Jaime. Moi. Cette soirée au Capitole où le monde nous appartenait. Tant de choses, tant de secrets. J’ai l’impression que leur poids me fait pencher en avant, que je vais tomber dans l’eau. J’ai l’impression que je vais me noyer, incapable de remonter à la surface, retenue par toutes ces choses que je n’ai jamais dites. Il faut que je parle, mais je me tais. Lentement pour ne pas l’effrayer, je pose ma tête sur l'épaule de Jaime. Nous formons une jolie image, un tableau vivant. Mais l’envers du tableau est beaucoup moins joli.

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MessageSujet: Re: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Jeu 10 Juil - 19:17



❝Amarinda & Jaime

   ♣ Flowers of the dying sun.

Elle me promet. Elle ne me laissera pas tomber une nouvelle fois. Cette nouvelle aurait du m’arracher un sourire. Mais mon visage restait impassible. Seuls mes yeux brillèrent durant un court instant. Je ne savais pas si je pouvais la croire. Je devrai ! Je devais lui faire confiance ! Les bonnes relations ne se basent que sur une confiance aveugle. Mais j'en étais incapable. Je ne pouvais avoir la certitude qu'elle ne mentirait pas à nouveau. Si bien que je baissai la tête, comme un gosse venant de faire une bêtise. Contemplant le sol nu du district. Je savais que la peur était aussi incontrôlable que la folie. On ne contrôle pas ses peurs. Un ton qui ne reflétait aucun sentiment. Pas le moindre énervement, pas la moindre joie. Un ton aussi neutre que ne l'était le gris face au blanc et au noir. Je m'en voulais. Je m'en voulais terriblement. Parce que je ne réussissais pas à lui faire confiance.Et sans doute sentirait-elle le doute qui planait au dessus de ma tête.

Comment j'allais ? Je relevai la tête, contemplant Amarinda de mes yeux perdus. J'ai l'air d'aller bien ? Lui demandais-je. Une façon pour moi de ne pas mentir et de ne pas avouer ma faiblesse pour autant. Je savais très bien que je n'avais rien de ce vaillant Jaime. Même les crises de folie me faisaient aller mieux. Mais depuis une semaine je me contrôlais parfaitement. Et aussi étrange que celà puisse paraître, ces crises me manquaient. Comme à un drogué qui n'a pas eu sa dose. J'en avais besoin. J'avais besoin de me sentir incontrôlable. De sentir la folie pénétrer dans mes veines, monter le long de mes bras, atteindre le commandement. Au lieu de ça je partageais mon quotidien avec mes cauchemars les plus enfouis. Je ne dors plus. Point. Une seule phrase. Brève. Suffisante pour lui faire comprendre mon état actuel. Elle ferait le rapprochement d'elle même. Je ne voulais pas m'étendre sur mes faiblesses. Devant personne. Et encore moins devant Amarinda. Ça va te paraître fou Ama. Mais... Je fis une pause, ayant peur de poursuivre. Mes les yeux insistants de la jeune femme me firent continuer. Mais mes excès de folie me manquent. J'ai besoin de cette adrénaline. Et je suis restée calme trop longtemps à mon goût. Dingue. J'étais dingue. Sans doute le penserait-elle. Je ne savais pas si je lui faisais peur. Je faisais peur à beaucoup de gens. Il faut dire que j'étais violent dans ces moments là. Et je me surprenais à aimer ça. C'était sans doute le pire dans cette histoire.

Je levai les yeux vers l'horizon. Contemplant le néant. Amarinda se rapprocha de moi. Son bras frôlait le mien et je ne pus m'empêcher de réprimer un frisson Cette fille me faisait peur. Non pas pour ce qu'elle était. Mais pour ce qu'elle pourrait devenir. Et ça, ça m'effrayait. Au détour d'un chemin la jeune fille trouva un refuge sur un pont. Après quelques hésitations j'acceptai de m’asseoir à ses côtés. Le ruissellement de l'eau apportait une touche de magie à la scène. Je souriais. Un léger sourire. Mais j'étais bien ici. Loin des cauchemars qui hantaient mes murs. Partir ? Non. Sûrement pas. Je n'avais pas envie. J'étais bien ici. Dans ce cadre familier. Dans ce district qui me haïssais. Et puis j’aimais me rendre au Capitole. Autant qu'il m'arrivais d'apprécier ces jeux. Je n'ai pas envie de partir. J'aime Panem.J'aime les jeux. J'aime la mort Oui. Je restais moi même. Au fond de moi je me demandais si je n'essayais pas de forcer la main à cette folie qui se terrait. Amarinda me prendrait sûrement encore pour un fou. Mais on ne change pas les hommes. Et je n'aimais pas mentir à mon propos. Surtout quand celà m'imposait des modes de vie qui ne me correspondaient pas.

Elle posa sa tête sur mon épaule et je fus légèrement surpris. Je passai mon bras derrière les siennes. Un geste qui me paraissait amical mais qui en révélait peut-être plus que ce que je ne voulais bien voir. Je ne sais pas si tu peux comprendre Amarinda. Mais la seule chose qui me tient encore dans ce monde c'est de pouvoir me rendre là bas. Au Capitole. Oui. C'était ça ce qui me conservait encore. J'aurai aimé ajouter "et toi" mais je ne m'en sentais pas la force. J'étais faible pour ce genre de choses. Un lâche. Et je me détestais pour ça.


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MessageSujet: Re: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Lun 14 Juil - 19:03

Il ne me fait pas confiance. Je le vois dans ses yeux, dans sa façon de regarder ses pieds sans prononcer la moindre parole. Je ravale ma déception avec peine, parce que ça fait mal. Ça fait mal, même si je l’ai mérité. J’aurais dû répondre au téléphone, j’aurais dû le soutenir, l’aider, mais la peur m’en a empêché. C’est toujours le même scénario : quand je sens que je commence trop à me rapprocher de quelqu’un, je prends la fuite. J’imagine que Jaime n’est pas le seul à avoir un problème de confiance. Je me méfie de tout et de tout le monde, et surtout de moi-même et des sentiments souvent conflictuels qui m’habitent. Qu’est-ce que je ressens pour Jaime ? L’amitié ? La peur ? L’empathie ? La pitié ? L’appréhension ? Ce n’est rien de tout cela et tout à la fois. C’est un nœud que je ne parviens pas à démêler. « On ne contrôle pas ses peurs. » Même si son ton est neutre, je veux croire qu’il a dit ça pour me réconforter. Pour me faire savoir qu’il comprend. Après tout, la peur, il la connaît. Il l’a vue tous les jours dans l’arène, suivie de près par sa grande sœur la mort. Il la revit sans doute toutes les nuits dans ses cauchemars. Pour nous, la peur est une maladie chronique, un mal qui ne part jamais vraiment, qui peut rester latent pendant des mois avant de ressurgir brusquement, sans aucune raison valable. « On ne contrôle pas grand-chose. » Je rétorque avec un sourire, dans une tentative pour le mettre à l’aise. Je ne veux pas qu’il sache que j’ai remarqué sa méfiance à mon égard. Cela le peinerait, et je me suis promis de ne plus lui faire de mal.

Comment va-t-il ? Je connais déjà la réponse à cette question, mais j’ai l’impression que je dois le lui demander. Pour conserver une impression de normalité. « J’ai l’air d’aller bien ? » Non. Pas du tout. Il a l’air de quelqu’un qui vient de s’échapper de la prison et qui sait que tôt ou tard ses geôliers le trouveront et l’enfermeront de nouveau. Le visage pâle, l’air épuisé, les vêtements froissés. Il ne m’avouera jamais à quel point il va mal, mais ce n’est pas vraiment nécessaire. Je veux juste qu’il sache… Quoi ? Que je suis là pour lui ? Qu’il peut tout me dire ? Il ne me fait pas confiance. Il ne me dira rien. Alors, je décide d’essayer la vérité, pour une fois : « Non. Pour tout te dire, tu as une tête horrible, Jaime. » J’aurais pu ajouter qu’il devrait vraiment se raser, mais ce serait pousser le bouchon trop loin. Et puis ce petit côté rude n’est pas pour me déplaire. Je ne veux tout simplement pas qu’il se néglige ainsi. Il mérite mieux que ça. Beaucoup mieux. « Je ne dors plus. » Dit-il simplement, et je comprends ce qu’il veut vraiment dire. Je me revois dans la même situation : le ventre noué par l’anxiété tous les soirs, incapable de fermer les yeux, craignant toujours de revoir l’arène, le sang, la mort. J’aimerais compatir avec Jaime, mais je sais qu’il ne le permettra pas. Sa fierté est l’une des seules choses qu’il lui reste. « Ça va te paraître fou Ama. Mais… » Mais quoi ? Mon cœur bat plus vite, je sens instinctivement que quelque chose ne va pas. « Mais mes excès de folie me manquent. J’ai besoin de cette adrénaline. Et je suis resté calme trop longtemps à mon goût. » J’ai l’impression d’avoir pris un coup de poing dans l’estomac. Mon regard rencontre le sien, je cherche à m’assurer qu’il ne plaisante pas. Je me sens glacée à l’intérieur. La folie lui manque. Comment peut-elle lui manquer ? Je ne comprends pas. Je ne veux pas le comprendre. « Jaime… » Je ne sais pas quoi dire. Je détourne le regard, parce que je refuse qu’il voie ce que je pense vraiment, qu’il remarque la peur dans mes yeux. J’ai toujours défendu Jaime, même lorsqu’il se montrait violent, agressif… Mais je ne suis pas sûre de pouvoir continuer. J’essaye de me comporter comme face à un chien belliqueux : ne pas faire de mouvements brusques, ne pas le provoquer, et ne surtout pas lui montrer que j’ai peur. Les chiens peuvent sentir la peur. Et Jaime, le peut-il ? « Je ne te suis pas, là. Pourquoi vouloir être fou ou violent ? Ça fait peur aux gens. C’est pour ça que les gens t’évitent. » Peu importe si mes paroles sont dures ; je veux presque le blesser, je veux qu’il se réalise que ce n’est pas normal. « Je sais, c’est tellement facile de tout laisser aller, de perdre le contact avec la réalité. C’est tellement facile d’être incontrôlable. J’ai connu ça aussi. Mais ça ne te rapportera rien. Rien. » J’ai les larmes aux yeux ; je les essuie rageusement. Je sais que la vie n’a jamais été facile pour lui, je sais qu’il se raccroche à ce qu’il peut… Mais je ne peux pas accepter ça. Jaime, c’est mon ami, et mes sentiments à son égard ne changeront pas, quoi qu’il fasse. Qu’il soit violent ou doux comme un agneau, je l’apprécierai toujours autant. Cependant, qu’il recherche délibérément cette folie me révolte. J’ai l’impression qu’il est sali, souillé par l’influence insidieuse de l’arène, par le Capitole. Destiné à rester un éternel tribut, toujours aux aguets, prêt à tuer.

Cependant, j’ai fait une promesse : je ne le laisserai plus tomber. Alors, je me rapproche de lui, jusqu’à ce que nos bras se frôlent. Un peu de chaleur humaine suffit parfois à raisonner l’esprit le plus borné. Je veux qu’il sache qu’il n’y a aucun mal à être calme, à savourer quelques instants de bonheur. Je veux qu’il sache qu’il a droit à ça, lui aussi, même s’il est Jaime et s’il a tué d’autres enfants dans l’arène. Mais au lieu de se détendre à mon contact, il frissonne. Est-ce encore le fantôme de Phoebe qui vient s’interposer entre nous ? Ou est-ce autre chose ? Je décide que je ne veux pas le savoir. Au détour du chemin, j’aperçois un petit pont de pierre sous lequel la rivière coule à son propre rythme, indifférent aux êtres humains qui se reflètent dans ses eaux claires. Je m’installe sur le muret, les pieds dans le vide, invitant Jaime à me rejoindre. Du coin de l’œil, je remarque qu’il sourit. Un sourire hésitant, mais un sourire quand même. Il fait calme ici, et tout semble tellement lointain : le Capitole, les Jeux, les victimes aux yeux vides qui nous rendent visite toutes les nuits. Nous pourrions partir. Fuir Panem, chercher un endroit calme comme celui-ci, panser nos plaies au milieu de la nature. Mais Jaime n’en a nullement envie. « Je n’ai pas envie de partir. J’aime Panem. J’aime les Jeux. J’aime la mort. » Mon cœur se serre ; c’est ce que je redoutais. Il y a un an ou même six mois, j’aurais dit la même chose. J’y aurais même ajouté « j’aime le Président ». Mais maintenant, je n’en suis plus si sure. Pas après ce que Snow a fait. Pas après avoir vu son sourire pendant que son garde du corps me battait. Je ne déteste pas le Président, mais… lui qui était autrefois mon héros est maintenant tombé de son piédestal. Et si je ne crois plus en lui, puis-je encore croire en Panem, en l’utilité des Jeux ? Avant, j’étais comme Jaime ; j’embrassais ce mode de vie décalé, j’embrassais la folie qui me consumait l’esprit, je vénérais le Président. Mais on dirait que j’ai changé, évolué, alors que Jaime est resté le même. Pour ne rien devoir répondre, je pose ma tête sur l’épaule de Jaime. Il sursaute légèrement, mais passe alors son bras autour de moi. C’est bien. C’est humain. Voilà le Jaime que j’aime vraiment, mon Jaime. Mon ami. « Je ne sais pas si tu peux comprendre Amarinda. Mais la seule chose qui me tient encore dans ce monde c’est de pouvoir me rendre là-bas. Au Capitole. » Je hoche la tête. Oh oui, je comprends. Je comprends ce que c’est de sentir l’adulation de la foule, d’être chouchouté, de s’abreuver d’images des Jeux, d’images d’enfants qui s’entretuent, de revivre ses propres Jeux à travers des interviews. Je sais que c’est enivrant, toute cette liberté, cette débauche, cette violence. Au Capitole, un Vainqueur qui en tabasse un autre a plus de chance d’être populaire qu’un Vainqueur trop sage ou timoré. Ils aiment le scandale, ils aiment la folie qui nous habite, ils voudraient en faire partie. Au Capitole, il n’est pas nécessaire de réfléchir : d’autres se chargent de penser pour nous. Voilà ce qui m’attire là-bas. Voilà ce qui attire Jaime. Mais tout récemment, le vernis brillant du Capitole s’est mis à s’écailler pour moi. Je commence à voir des défauts que je n’apercevais pas auparavant, à me demander si tout cela est juste et bien. « Je comprends. Mais je… je ne suis plus si sûre d’aimer ça. » Des paroles hésitantes, que j’ai longuement méditées avant de les prononcer. Même ici, au beau milieu de nulle part, il m’est quasi impossible de dire du mal du Capitole. Je m’attends à ce que Jaime demande pourquoi, j’espère presque qu’il le fasse. Mais il ne dit rien. Par respect ? Par lâcheté ? Je ne peux pas croire qu’il soit lâche. En revanche, je peux croire qu’il attend patiemment mon explication. A moi de jouer. Je songe à tout ce que je pourrais lui dire, et ma respiration s’accélère. J’ai un poids sur la poitrine, un poids impossible à ôter. Soudain, le bras tiède de Jaime dans mon dos n’est plus un réconfort mais une prison, un moyen de me retenir. Je respire par petits coups, essayant de me calmer, faisant tout pour que Jaime ne remarque pas mon état. Il n’est pas le seul à vivre avec des démons. Moi aussi, j’ai mon content de crises, d’angoisses inexplicables, de moments où je ne me contrôle plus et où je ne fais plus la distinction entre le bien et le mal. Mais ça ne peut pas m’arriver maintenant. Je vais mieux. Je veux prouver que je vais mieux, à Jaime, à moi-même. Il faut que je regarde la réalité en face et que je dise ce que j’ai sur le cœur. « Lors de ma dernière visite là-bas, tu sais, j’ai empoisonné un Pacificateur, et il en est mort parce que la dose était plus forte que je ne pensais. » Ce n’est pas le genre de chose que je raconte à n’importe qui, mais Jaime n’est pas n’importe qui. « Snow… Le Président était furieux. Il pensait que je me rebellais contre son régime. Alors il m’a battue. Il m’a fait battre devant ses yeux, et il… Oh, Jaime, si tu l’avais vu… Il appréciait ça. Il aimait ça. Et je… j’ai commencé à me demander si c’était juste, tout ce que je dois faire pour lui. Parler de mes Jeux alors que ça m’angoisse, accompagner des hommes à des soirées parce qu’ils ont été utiles au Président, coacher ces gamins alors que je sais qu’ils vont crever… » Je secoue la tête, aveuglée par les larmes. « Je ne sais plus où j’en suis, Jaime. Je ne sais plus où est le bien et où le mal, et où est ma place dans tout ça. » Je pense à ce que je pourrais dire de plus. Je pense que je suis triste parce qu’il a mentionné le Capitole comme étant la seule chose qui ait de l’importance à ses yeux… parce que j’espérais, idiote que je suis, qu’il dirait que ma présence l’aide, l’apaise. Je me sens coupable de lui parler de moi alors qu’il ne va pas bien, alors que les choses sont bien pires pour lui. Alors, j’enfouis mon visage dans mes mains et je pleurs. Je pleurs doucement pour ne pas l’effrayer. Je pleurs pour lui, pour moi, pour tous les enfants qui connaîtront la même chose que nous, pour tous ceux qui sont morts et tous ceux qui mourront dans l’arène. Parce que parfois, pleurer est la seule chose qu'il reste à faire.
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MessageSujet: Re: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Mar 22 Juil - 19:40



❝Amarinda & Jaime

   ♣ Flowers of the dying sun.

Non. C'est vrai. On ne contrôle pas sa vie. On ne contrôle même pas son propre destin. Son propre chemin. Celui qu'on veut emprunter. Le Capitole s'est chargé de le tracer pour nous. En tirant un nom. Un jour. Devant une foule réunie. Devant les yeux de ceux qui nous avaient mis au monde. Le mien ne fut jamais tiré. Je ne saurai jamais ce que peut infliger cette peur soudaine de se voir projeter vers le néant. Moi, je m'y étais préparé. Mais qu'importe. Qu'importe la façon dont s'est déroulée mon histoire. Je n'en suis pas le créateur. Je n'en suis qu'un pion. Qu'une petite figurine qu'on bouge là où on a envie de la voir. Donc non. On ne contrôle rien. Je soupirai. Non pas car j'étais déçu par Amarinda. Mais parce qu'une fois de plus je prenais conscience de combien la vie m'avait échappée. Je n'aurai jamais du naître. Ou bien j'aurai du mourir. Oui. Les choses auraient été plus faciles. Pour moi. Pour Amarinda. Pour tout le monde.

Pourquoi vouloir être fou ? Je n'ai pas envie d'être fou. Je fis une pause. J'avais conscience qu'il était extrêmement dur pour moi de faire comprendre cet étrange sentiment qui m'envahissait. Mais j'en ai besoin. Là est la différence. Je baissai les yeux. Gêné. Je savais que je faisais peur. Mais Amarinda pouvait comprendre. Me comprendre. Elle le devait. Je levai mes yeux embrumés vers elle. Mon esprit était perdu dans un brouillard épais. Mes pupilles le reflétaient. C'est comme une drogue Ama' . Au début tu trouves ça désagréable. Et puis peu a peu tu en redemandes. Jusqu'à ne jamais pouvoir t'en passer. Oui. c'était sans doute le moyen le plus facile d'expliquer l’inexplicable. Personne ne pouvait comprendre ce qui m'envahissait sans jamais l'avoir vécu. Je m'en fiche de l'avis des gens tu sais. Ils ont tué Phoebe. Tous. C'était la seule personne qui comptait pour moi quand je suis entré dans l'arène. Et la seule qui comptera jamais. Mais je ne peux plus la décevoir. Mon regard brûlait d'une lueur étrange. Amère et fourbe. Dangereuse et si triste. Le chaos mêlé à la détresse la plus absolue. Phoebe était la seule personne qui avait compté pour moi quand j'étais un tribu. Et elle compte encore beaucoup. Bien plus que quiconque. Bien plus...

Je tournai mon regard vers Amarinda, enlevant mon bras d'autour ses épaules. Sentant un malaise chez elle. Je le savais aussi fragile que moi. Et je ne voulais pas qu'elle soit mal à l'aise. Nous étions deux âmes brisées au milieu de nulle part. Tentant de recoller des morceaux de vie qui s'étaient envolés à jamais. Vers le néant. Là où personne ne peut les récupérer. Il fallait se reconstruire. Trouver des pièces de rechange. Parfois mauvaises. Parfois bonnes. Amarinda faisait partie des bonnes. Je crois. Parfois je me mets à douter. Mais je sais qu'elle me rallie vers le passé. Phoebe. Amarinda. Phoebe. C'était ça le lien. Même si parfois certains affirment qu'elle a tué ma soeur. J'arrête de croire. J'ai besoin d'Amarinda. Pour le moment.

J'écoutais le récit qu'elle faisait de son existence. Snow. Cette crevure. Mon idole. Le personnage que j'haïssais autant que je l'appréciais. Quel homme. J'écoutais d'une demi oreille. J'avais entendu beaucoup de choses sur le Capitol. Trop de choses. Je ne savais pas qui croire. Pas quoi croire. Même Amarinda en ce moment même arrivait à faire peser le doute. Mais je restais impassible. Je devais la croire. Comme elle devait me croire. Il le fallait. Pour ce lien étrange qui nous unissait. La jeune femme enfouis sa tête dans ses mains. Elle sanglote. Je le sens. Je le vois. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas quoi répondre. Je suis con. Lâche. Comme je l'ai toujours été. Comme je le serai toujours. Je... Je sais qu'on ne partagera jamais la même vision. Beaucoup de choses nous séparent. Malheureusement. Le Capitol nous a tracé des routes différentes. Je ne pourrai jamais te promettre de faire de Snow mon ennemi numéro un. Je l'admire autant que je le déteste. Mais... Je fis une pause. Un discours délicat. Horrible à entendre sûrement. Je ne savais vraiment pas comment m'y prendre. J'essayais. En tâtonnant. Maladroitement. Mais... je serai toujours là pour toi Amarinda. Quoi qu'il t'arrive. Quoi qu'il m'arrive....

Je marquai une autre pause. Je crois que... le mal est partout... Et nulle part à la fois. Tu sais, je vois le mal là où avant je voyais le bien et inversement. Tout change tous les jours. Il faut avancer. Effacer le passé. Tenter de se reconstruire. Ne laissons pas des inconnus tracer notre vie dans le sang et le désespoir. Faisons avec. Avançons malgré tout... Parlais-je pour moi ? Ou pour elle ? Je ne sais pas... Mais ces mots pesaient sur mon coeur. Moi. Jaime. Le fou du district cinq. Celui qu'on montre du doigt. Celui qui vit dans le passé depuis tant d'années... Oui... C'était celui-là même qui tenait ce discours. Celà semblait si déconnecté de la réalité. Comme un énième commandement d'un livre saint. Avances. Le maître mot. Que je n'avais jamais réussi à appliquer....


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MessageSujet: Re: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Dim 3 Aoû - 18:32

Gagner les Jeux, c’est tout ce qui compte. Voilà ce qu’on m’a toujours dit, ce qu’on m’a promis. Un Vainqueur des Jeux a droit à une vie facile et à un avenir doré. Il reçoit une maison assez grande pour s’y perdre, il est riche, adulé par la foule, et il n’est pas obligé de se casser le dos à couper du bois ou de risquer sa vie dans les mines. Pour cela, il lui suffit de passer quelques jours au Capitole et deux semaines dans l’Arène. Il suffit qu’il se montre brillant, audacieux, inventif, et le public l’adorera. Il suffit qu’il égorge une fillette avec ses dents, qu’il trahit ses alliés, qu’il poignarde les mutations génétiques, et son nom sera sur toutes les lèvres. Il rentrera alors chez lui, auréolé de gloire, occupera ses jours à peaufiner son talent et aura l’immense honneur, une fois par an, de montrer le chemin de la victoire à de nouveaux Tributs. Quelle belle histoire. Quel énorme mensonge. Les Tributs survivants ne sont pas des héros, et le peuple des Districts le sait. Nous sommes simplement ceux qui ont eu la chance ou la malchance de plaire au public, d’être plus malins que les autres Tributs, de rester en vie. Nous sommes les parias, les alcooliques, les drogués, les fous et les criminels que les gens préfèrent éviter. Nous sommes un rappel vivant de la suprématie du Capitole et de l’humiliation des Districts. Ça, on ne me l’avait jamais dit, jamais promis. On ne m’avait jamais dit que je serais perdue, marquée, une triste marionnette dans les mains de Snow. Si on me l’avait dit, j’aurais sans doute couru jusqu’à perdre haleine, jusqu’à ne plus pouvoir courir, jusqu’à ce que je comprenne que même comme ça, j’étais incapable de fuir mon triste destin.

Cependant, j’ai Jaime. Un cadeau inespéré, dont d’autres ne voudraient pas, mais qui me ravit moi. Je suis heureuse avec peu, alors avoir un véritable ami, même un seul, me suffit. Mais maintenant, j’ai peur pour lui, pour moi. J’ai peur parce que je sens que ça ne va pas vraiment mieux avec lui, parce que je sens que l’Arène lui colle encore à la peau, qu’il voit encore le sang sur ses mains, qu’il entend encore les cris, et que ça le rend fou. « Je n’ai pas envie d’être fou. » Je n’en suis pas si sûre, mais je hoche la tête pour l’inciter à continuer. « Mais j’en ai besoin. Là est la différence. » Il me regarde comme un chien perdu, comme un enfant qui vient d’ânonner son premier mot et espère qu’on le comprendra. Je lui souris pour le rassurer. Il peut tout me dire. « C’est comme une drogue Ama’. Au début tu trouves ça désagréable. Et puis peu à peu tu en redemandes. Jusqu’à ne jamais pouvoir t’en passer. »  Ca, je peux le comprendre. Après tout, mon docteur m’a un jour expliqué que la folie était une sorte de refuge. Une façon pour l’esprit de fuir les souvenirs de choses horribles, d’être heureux en étant ailleurs, en étant dans la lune. Il y en a qui oublient ces souvenirs, qui les bannissent. Et il y en a qui créent une nouvelle réalité pour échapper à l’ancienne. Jaime, je comprends, n’arrive pas à accepter cette ancienne réalité. Il n’arrive pas à accepter la mort de sa sœur, sa propre victoire aux Jeux. Il se réfugie dans la folie, une folie hautement addictive. C’est facile et agréable. C'est dangereux. C'est nécessaire. « Je m’en fiche de l’avis des gens tu sais. Ils ont tué Phoebe. Tous. C’était la seule personne qui comptait pour moi quand je suis entré dans l’arène. Et la seule qui comptera jamais. Mais je ne peux plus la décevoir. » C’est étrange comme les gens que l’on aime le plus sont capables de nous blesser plus fort que quiconque d’autre. Pour moi, Jaime est un ami, mais il est clair à présent que je ne représente pas la même chose pour lui. Je ne suis qu’un pauvre substitut de sa sœur, qu’un visage qui lui rappelle ses souvenirs, qu’un moyen de continuer à prétendre qu’elle est vivante. Je ne suis pas la seule qui comptera jamais. Je suis là, en face de lui, vivante, et lui ne pense qu’à une morte et préfère sa compagnie à la mienne. « Et moi ? » Murmurai-je, comme un enfant qui cherche l’approbation de ses parents. « Est-ce que je compte uniquement parce que je lui ressemble ? Ou parce que j’étais dans l’Arène avec elle ? Est-ce que je compte, moi, Amarinda, quand je suis là et que je te parle, ou est-ce que tu ne vois qu’elle ? » Je me hais de poser cette question, de l’obliger à dire ce que je sais déjà. Mais il faut qu’il le dise. Il faut qu’il réponde.

Il ôte son bras de mes épaules et je me sens rejetée et terriblement seule. Je voudrais pouvoir lui tourner le dos. Je voudrais pouvoir lui dire que je n’ai plus besoin de lui, qu’il peut crever dans un coin, que je me fiche de lui et de sa sœur. Mais la vérité est que j’ai besoin de lui. J’ai besoin de lui, parce que je peux lui parler, et parce qu’il comprend. Alors, malgré tout, malgré la colère et la tristesse qui s’empoignent en moi, je lui parle de Snow et du jour où il m’a battue. J’ai l’impression que Jaime ne m’écoute pas vraiment. Qu’il ne me croit pas vraiment. Je vois le doute dans son regard, sa posture raide. J’aurais dû le savoir. J’aurais dû savoir que la parole de Snow pèserait plus lourd que la mienne. Cependant, Jaime ne dit rien. Et son silence me donne enfin l’espace dont j’ai besoin pour me vider de mes émotions. Je sanglote bruyamment, je sens les larmes salées qui coulent et qui laissent des traces sur mes joues, je sens la présence de Jaime à mes côtés. Mais il ne dit rien. Une fois de plus. Il parle, mais il ne dit pas les mots que je voudrais entendre. Il ne me console pas, ne me donne pas raison, ne me dit pas que ça ira. Il ne me prend pas dans ses bras comme les gens du Capitole le font lorsque je suis triste. « Je... Je sais qu'on ne partagera jamais la même vision. Beaucoup de choses nous séparent. Malheureusement. Le Capitole nous a tracé des routes différentes. Je ne pourrai jamais te promettre de faire de Snow mon ennemi numéro un. Je l'admire autant que je le déteste. Mais... » Il pèse ses mots. Il m’offre un joli discours alors que je n’ai besoin que de quelques mots de réconfort. «  Mais... je serai toujours là pour toi Amarinda. Quoi qu'il t'arrive. Quoi qu'il m'arrive.... » Il sera toujours là pour moi. Je le sais. C’est un lien impossible à briser. Jaime et Amarinda. Amarinda et Jaime. J’apprécie qu’il le dise. Mais ça ne suffit pas. « Je crois que... le mal est partout... Et nulle part à la fois. Tu sais, je vois le mal là où avant je voyais le bien et inversement. Tout change tous les jours. Il faut avancer. Effacer le passé. Tenter de se reconstruire. Ne laissons pas des inconnus tracer notre vie dans le sang et le désespoir. Faisons avec. Avançons malgré tout... » Où est le bien, où est le mal ? Je suis aussi perdue que lui. Je comprends ce qu’il veut dire. Je vois l’espoir qui anime ces paroles, l’espoir fou de pouvoir un jour vivre une vie normale. Une fois de plus, je remarque à quel point il me ressemble… Mais ce n’est pas assez. Ce qu’il dit n’est pas assez. Je veux plus, même si c’est égoïste. J’en ai marre de ce fantôme qui se tient entre nous, qui entrave notre amitié. Marre de ses jolies paroles qu’il n’applique pas. Après tout, il ressemble à Snow. Il dépeint la réalité d’une façon mais agit d’une autre. Je ne peux pas lui faire confiance, pas vraiment. « Avançons ? C’est toi qui me dis ça, Jaime ? Avançons ? Tu n’as jamais su avancer. Tu es resté coincé dans le passé, tu es resté le gamin cinglé qui est sorti de l’Arène, le fou qui pleurait pour sa sœur. » Je m’écarte de lui. Je ne veux pas qu’il me touche, je veux voir son visage, voir la fureur, voir la tristesse. Je prends une inspiration tremblante avant de poursuivre : « Phoebe est morte, Jaime. Elle est morte. Quoi que tu dises, quoi que tu fasses, elle ne reviendra jamais. Elle est morte et je suis vivante, mais c’est son nom que tu prononces quand tu me vois, c’est elle qui compte pour toi. » Je croyais ne plus avoir une seule larme dans mon corps, plus une seule larme à verser sur cet idiot, sur cet ami qui n’en est pas un, mais je me trompais. Je me trompais. Je veux qu’il comprenne. Je veux qu’il ait mal, qu’il souffre, qu’il pleure. Parce que j’en ai marre de toujours être celle qui n’est pas Phoebe. Marre. « Accepte-le. Accepte-le et avance, comme tu le dis si bien. Et arrête, arrête de me prendre pour elle. Je ne suis pas sainte Phoebe. Je ne suis pas ta sœur. Je l’ai tuée, ta sœur. Tu m’entends ?! J’AI TUE TA PUTAIN DE SŒUR! Je l’ai emmenée dans un coin que je savais dangereux, j’ai regardé la mutation qui la tuait et j’étais heureuse. J’étais heureuse parce que ça faisait un adversaire en moins, parce qu’elle était morte et que je vivais. » Tant pis si je casse tout. Tant pis. Je ne sais même pas si j’ai tué Phoebe. J’ai entendu cette histoire tant de fois, j’ai entendu la version des gens qui croient que je l’ai sournoisement abandonnée à son sort, et la version des gens qui me voient comme une héroïne, que je ne sais plus où est la vérité et le mensonge. Mais peu importe. Ce qui importe, c’est qu’il croie que j’ai tué Phoebe. Qu’il comprenne qu’il s’accroche à rien du tout, à un simple fantôme, à de l’air. Qu’il comprenne enfin que je suis là, en face de lui, que je vaux plus que Phoebe, plus que Snow, et que je mérite d’être aimée pour ce que je suis.
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MessageSujet: Re: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Ven 8 Aoû - 21:11



❝Amarinda & Jaime

   ♣ Flowers of the dying sun.

Phoebe. Ce visage angélique. Ce sourire d’ange. Ces cheveux tombant en cascades sur ses épaules. Je le vois encore ce portrait. Il flotte au-dessus des limbes. Dans un coin encore préservé de mon esprit. Il est là. Aussi vrai que nature. Comme si elle ne m’avait quitté qu’hier. Seulement la réalité était tout autre. La pauvre enfant avait disparue. Fauchée dans sa plus tendre jeunesse. Un sort qui n’aurait jamais dû lui être réservé. Et je voyais encore son regard perçant ampli d’amour qui me couvait. Je refermais mon poing en repesant à cette période prospère où nous formions une famille. Ou Phoebe était encore là. Où père avait encore sa raison. Où Elisi et moi s’entendions à merveille. Mais le Capitol nous avait tout pris. Il avait semé la discorde dans cette famille. Cette famille qui était la mienne. Et qui ne l’est plus. Disloquée de toute part par le feu de la mort. Par le feu de la folie. Du désespoir. Ils avaient bien fait de mourir les vieux. Au moins ils resteraient tranquilles jusqu’à la nuit des temps.

La douce question d’Amarinda m’interpella. Elle avait cet air d’enfant en attente de quelque chose. Cherchant désespérant l’attention de ses parents. Je me contentai de la regarder. La dévisageant sans grande peine pour me faire discret. Amarinda. Oui. Qui était-elle au juste pour moi ? Je ne savais pas. Je ne m’étais jamais vraiment posé la question. Préférant détourner de sombres vérités parfois ? Voyais-je Phoebe en elle ? Ou bien m’imaginais-je Amarinda en voulant penser à ma sœur ? L’ambiguïté de cette relation ne m’avait jamais posé soucis. Les deux filles étaient intimement liées. Et, à force, je n’arrivai pas à distinguer laquelle me venait à l’esprit en premier. Si ce flou constant qui régnait ne m’avait jamais dérangé, je senti pour la première fois qu’Amarinda en souffrait. Mais que pouvais-je faire ? Le hasard l’avait mis sur ma route. Un jour. Une nuit. Et nos routes s’étaient tracées ensembles. Peut-être par erreur. Peut-être plus par malchance que par aubaine. Cette situation avait finie par s’ancrée dans nos quotidiens. Et peut-être était-elle à l’origine de nos malheurs respectifs ? Je n’avais jamais réussi à oublier Phoebe car je voyais sans cesses cette vainqueur comme si elle était ma propre sœur. Ramenant douloureusement à elle ma triste histoire. Et en ayant jamais su poser ce que je ressentais vraiment pour Amarinda, la jeune fille avait vu sa situation se dégrader elle aussi. Je m’imaginais bien le malaise qu’elle pouvait ressentir. C’était comme une perte d’identité. Qui était-elle ? Même moi n’aurai-je plus su le dire…

Je… Je n’en savais rien. Voilà ce que j’avais envie de lui hurler. J’avais envie de lui hurler de se taire. J’avais envie de prendre ma tête entre mes mains et de fuir. De rayer cette phase de mon histoire à jamais. D’effacer les traces. De séparer nos routes. De ne plus lui causer de mal. Mais je ne fis rien. Je restais impassible. Comme si rien ne m’ébranlait. Comme si je n’étais qu’un mur de pierre. Inerte. Insensible. Froid. Sans doutes aurait-elle pu parler à un arbre qu’elle n’aurait pas vu la différence. Elle avait su faire beaucoup pour moi. Elle m’avait redonné confiance et espoir. Et con et lâche que j’étais je le lui rendais grassement. Quel imbécile j’étais ! Non. Même pire que ça. Un connard. Un salaud. Une merde. Je ne méritais pas d’Amarinda en ami. Je ne l’avais jamais méritée. Je ne méritais personne. Et le silence était pesant. Aussi lourd que mon cœur. Aussi lourd que tout ce que j’avais envie de lui dire. Lui dire que j’étais indigne. Que pour son bien elle ferait mieux de ne jamais me revoir. Car je la faisais souffrir. J’en étais conscient. Peut-être même plus que ce que je pouvais la rendre heureuse. Je n’en savais rien. Et je conservais ce silence hésitant. Mon regard perdu dans le vide le plus noir. Mes iris imprégnés de tumultueuses vagues de couleurs. La pupille dilatée. J’ai peur de savoir Amarinda… Je ne sais pas si je vois Phoebe en toi ou toi en Phoebe. Je ne sais plus laquelle vient en premier…. Mais tu comptes pour moi. Peut-être bien plus que ce que je ne te le laisse penser. La vérité. Rien que la triste vérité. Brûlante comme le soleil. Et froide comme le sont les plus froides calottes glaciaires. Tranchante comme un couteau de boucher qu’on vient d’aiguiser. Mais j’avais fini par répondre. Sans doute attendait-elle d’autres mots. Mais ces mots de réconforts étaient incapables de sortir de ma bouche. Je détournai mon regard. Lâchement. J’avais honte. Je ne voulais pas affronter le sien. Sa détresse me faisait mal. Dieu ce qu’elle serait mieux sans moi.

Je l’entendais sangloter. Bruyamment. Mon sang se figea dans mes veines. J’aurai voulu la consoler. La prendre dans mes bras. Lui dire ne t’en fais pas. Lui dire qu’elle comptait pour moi. Mais les paroles cinglantes qu’elle prononça ensuite firent s’éveiller en moi le démon qui avait trop longtemps somnolé. Non Jaime je t’en prie. Reste où tu es. Pas toi. Pas maintenant. Attends encore un peu. Attends qu’elle soit partie. Je t’en prie. Je ne veux pas lui faire de mal. Mais elle remue le couteau dans la plaie. Elle attise les cendres. Les flammes renaissent. Lentement. Consumant ce qu’il reste de moi. Je sens cette folie pénétrer mes veines. Je sens que je commence à fulminer. Tais-toi Ama’. Tais-toi bordel. Mais je sais mieux que quiconque que parfois on ne contrôle plus rien. Et Amarinda s’était laissé emporter dans la spirale infernale de la colère et du désespoir. Par ma faute. Et je lui causerai du mal. Par ma faute. Et je ne pourrai m’en vouloir qu’à moi-même. Encore une fois.

Je me retournai vers elle. Les veines saillaient sur mon front. Mon regard brulait. Non. En effet. Je n’avais jamais réussi à avancer. Et le gamin cinglé allait t’arracher la tête. Oui Phoebe avait laissé sa vie dans l’arène. La douleur ne m’avait jamais quitté. J’avais réussi à te croire quand tu me disais que non, contrairement aux rumeurs, ce n’était pas TOI qui l’avais tuée. J’avais pris confiance. Je t’avais fait confiance. Tu m’avais montré que tu en valais la peine. Et les rumeurs étaient passées outres. La confiance avait mis plusieurs mois. Plusieurs années pour s’installer. C’était un édifice fragile sur lequel je m’étais construit. Et sur lequel j’avais basé notre relation. Une tour de cristal qui maintes fois avait menacée de s’effondrer. Tu l’avais toujours soutenue. Car toi tu y croyais. Et elle était restée figée. Mais les fondations étaient toujours fragiles. Et la colère dont tu faisais preuve les fit trembler. Dangereusement.

Amarinda continua sur sa lancée. Je me sentais bouillir. Sans toutefois réagir. Réussissant à me contrôler plus ou moins. Mais ce qu’elle ajouta pour finir me mit hors de moi. En ne prononçant que quelques mois elle avait fait s’effondrer les bases les plus enfouies de notre relation. Celles sur lesquelles j’avais tout construit. T’es qu’une ordure Amarinda. Comme tous les autres vainqueurs. Je me levais brusquement. Je ne me contrôlais plus. Mes yeux brillaient d’une rage nouvelle. Une soif de vengeance jusqu’à présent inassouvie. Je voulais voir périr celle qui avait ôté la vie à l’être le plus cher qui m’avait jamais entouré. Je la regardai. Je ne dis rien. Mon attitude en disait assez long. Elle avait dépassé les limites. Elle s’était aventurée sur un terrain sur lequel elle n’aurait jamais dû s’avancer. Grossière erreur. D’une force domptée par une sourde folie. Une folie animale. Un instinct de tueur. Je la fis basculer en arrière. Son corps svelte et fragile était plaqué contre le sol encore froid tel qui l’était toujours au printemps. Les oiseaux gazouillaient dans leurs arbres. Je me penchais vers elle. Tu n’aurais jamais du. JAMAIS. Ma voix était roque. Froide. Violente. Un hurlement désespéré. Comme une oursonne qui vient de perdre son petit au combat. Le hurlement de la bête fauve en quête de vengeance. Je n’étais plus pareil. Totalement métamorphosé. Avide de sang. Celui d’Amarinda Et je me baissais dangereusement vers elle. Avançant mes mains usées vers sa gorge pure. Je la voyais. Blanche dans l’obscurité. Elle m’attendait. Elle criait. Tue-moi. Tue-moi. Venge-toi. Je l’entendais. Et mes mains se rapprochèrent. Encore. Dangereusement. Et elles trouvèrent leur emprise. Se posant avec une délicate violence sur cette gorge que j’avais jadis aimée.



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MessageSujet: Re: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Dim 10 Aoû - 15:45

Parfois, je ne sais plus qui je suis. Qui j’étais. Etais-je la victime ou le bourreau pendant ces Jeux qui ont paru durer une éternité ? Etais-je celle qui a administré le poison ou celle qui se tordait par terre, à l’agonie ? Ai-je sauvé mon alliée ou l’ai-je tuée ? Quelque part au fond de moi, je dois connaître la réponse, mais j’ai choisi d’oublier. J’ai choisi de vivre au jour le jour, de supporter mes cauchemars comme d’autres supportent une maladie chronique, de ne plus passer mon temps à faire la liste de mes erreurs et de mes regrets. J’ai choisi de voir ce qui est beau et bon en ce monde, d’ignorer la laideur, l’horreur, la tristesse. Mais Jaime n’a pas fait le même choix. Jour après jour, il doute de mon identité et me fait douter par la même occasion. Il refuse de voir la perfection du monde tel que je le perçois. Pour lui, le monde ne sera jamais qu’un vide que rien ne pourra combler, un vide laissé par le départ de sa sœur chérie. Phoebe. Je lui ressemblais, autrefois. Nous avions la même chevelure ondulée, les mêmes yeux clairs, le même sourire. Presque le même âge. Avec le temps, cependant, la différence s’est estompée. Mes cheveux sont devenus plus foncés et je les ai laissé pousser. Mes yeux sont désormais agrémentés de quelques rides d’expression. Je souris plus souvent, mais moins sincèrement. Phoebe me ressemble comme une lointaine cousine me ressemblerait, comme une vieille photo d’un membre de la famille décédé depuis longtemps. C’est ce que les autres me disent. C’est aussi ce que je pense. Mais Jaime ne voit que les ressemblances avec Phoebe. Il ne voit que ce qu’il veut voir. Il souhaite voir sa sœur grandir, il souhaite pouvoir lui parler, et je suis le substitut idéal pour cette pauvre fille. Avant, cela ne me dérangeait pas. Cependant, il nous confond de plus en plus souvent, et j’ai l’impression que je commence à perdre mon identité à ses yeux. Qu’il pense que c’est Amarinda qui est revenue dans un cercueil alors que Phoebe est toujours là. Autrefois, il me considérait comme une amie. Maintenant, il me voit de moins en moins comme telle et de plus en plus comme une sœur. Ce n’est pas normal. Ce n’est pas sain. Mais comment lui faire comprendre que ça me blesse ? Comment faire entendre la raison à quelqu’un qui a embrassé la folie ?

J’aurais dû couper les ponts avec lui. Ne plus le revoir. A chaque fois que je le rencontre, à chaque fois qu’il me voit, qu’il entend ma voix, il repense à sa sœur, et ainsi la plaie causée par sa mort ne peut jamais guérir. Mais je suis faible, moi aussi. J’ai besoin de Jaime d’une façon que je ne pourrais définir. Il ne m’apporte ni de la stabilité ni du réconfort ni même, la plupart du temps, de la joie et de l’affection. Il ne peut que me donner sa compréhension, sa folie, et une étrange tendresse à la fois maladroite et touchante. Il ne peut que me donner sa douleur. Je ne peux que lui donner la mienne. Nous formons un duo pitoyable de deux cinglés qui n’ont rien hormis l’autre, liés par quelque chose de plus étrange et de plus sombre que le destin. Mais même si ce lien est plus fort que nos volontés individuelles, même si je ne doute pas qu’il ne cessera jamais d’exister, il faut que je sache. Il faut que je sache si je suis vraiment présente pour lui, ou s’il ne voit que le fantôme de sa sœur. « Je… » Il se tait, et le silence s’élargit en cercles concentriques entre nous. Il ne sait pas. Pas plus que moi. J’observe son visage, son regard absent, presque froid. Ses lèvres qui forment une mince ligne et qui ne laissent rien filtrer de ses émotions. « J’ai peur de savoir Amarinda… Je ne sais pas si je vois Phoebe en toi ou toi en Phoebe. Je ne sais plus laquelle vient en premier… Mais tu comptes pour moi. Peut-être bien plus que ce que je ne te laisse penser. » Je hoche lentement la tête. Je comprends. Non, je ne comprends pas, et je ne pourrai jamais comprendre. Comment peut-il nous confondre, l’amie du Un et la sœur du Cinq, Amarinda la folle et Phoebe la gentille ? Comment fait-il pour continuer à croire, tant d’années après les faits, que sa sœur est toujours vivante à travers moi ? Tu comptes pour moi. Les mots qu’il fallait, et pourtant, ils ne m’apportent pas le réconfort espéré. Parce que je ne sais pas pourquoi je compte pour lui. C’est stupide, c’est égoïste et complètement illogique : alors que je serais incapable de dire pourquoi j’ai besoin de Jaime, je veux l’obliger à expliquer pourquoi lui tient à moi. Mais le cœur se moque de la logique, et le mien a depuis trop longtemps souffert d’être ignoré.

Je pleurs. J’ai beaucoup pleuré dans ma vie, et pourtant cela me surprend toujours. Je pleurs comme si c’était la première fois, comme si je n’avais jamais senti le goût triste et fruste des larmes, jamais senti la brûlure du sel sur mes joues. Mais Jaime ne fait rien. Lâche. Lâche. Lâche. Je voudrais tant le haïr, je voudrais tant lui faire mal. Et le pire est que je sais tout ce qu’il faut pour le détruire. Alors, je lui parle de sa sœur. Sa sœur que j’ai tuée, moi, que j’ai tuée pour survivre, sans réfléchir. Je ne suis pas sûre que ce soit la vérité, mais c’est probable. Et c’est la seule façon d’ouvrir les yeux de Jaime, de lui faire comprendre que je ne suis pas sa sœur, de lui faire saisir qui je suis vraiment. « J’AI TUE TA PUTAIN DE SŒUR ! » J’aurais pu le dire autrement. Plus gentiment. Prendre le temps d’expliquer, de lui dire que je le regrette. Dieu sait si je le regrette, mais si je n’avais pas tué Phoebe, quelqu’un d’autre l’aurait fait. Elle était trop gentille, trop pure, trop innocente pour gagner les Jeux. Mais je n’en peux plus de cette situation, et c’est avec joie que je laisse la colère m’envahir et prendre le contrôle de mon corps. J’ai envie de tout brûler, de tout casser. De tout raser pour recommencer à zéro, parce que nous n’irons pas loin avec les bases que nous avons maintenant. Quitte à perdre Jaime pour toujours. Tant pis. J’ai toujours aimé jouer avec le feu.

Il se retourne vers moi et pour la première fois depuis que je le connais, je sens une peur bien réelle me vriller l’estomac lorsque mon regard croise le sien. C’est le regard meurtrier d’une bête acculée qui n’a plus rien à perdre et qui s’apprête à mourir en menant son dernier assaut. Il me regarde sans parler, sans faire le moindre geste, mais il irradie la colère et la douleur. Je l’ai trahi. Je me suis coupée au fil tranchant de la vérité et maintenant, il n’y a plus de retour. Je recule d’un pas, comme j’ai reculé devant la mutation génétique dans l’Arène, comme j’ai reculé pour qu’elle voie Phoebe en premier et s’attaque à elle. Soudain, je m’en souviens avec une clarté douloureuse, aveuglante. Je me souviens de ce pas en arrière, de cet instant de lâcheté, de cet instinct de survie qui m’a fait reculer. Je me souviens que je n’avais pas planifié le meurtre de Phoebe. Que je ne l’ai pas attirée dans un piège. Qu’il s’agissait simplement d’un coup de chance pour moi, d’un instant d’hésitation, d’une seule seconde. Phoebe est passée devant moi, et elle est morte. Et maintenant, c’est moi que Jaime veut voir mourir. D’un seul coup, il me jette à terre. Mon dos heurte douloureusement le sol gravillonné et je lutte pour reprendre ma respiration. Jaime se penche vers moi et soudain je ne vois plus que lui, plus que son visage tordu par la haine. « Tu n’aurais jamais dû. JAMAIS. » Ses mains se posent presque avec délicatesse sur ma gorge. Puis il se met à serrer. En un clin d’œil, je comprends que j’ai été stupide, que je l’ai toujours sous-estimé. Qu’il est capable de me tuer. Ma gorge est en feu. Je me débats vaguement, sans grande motivation. Je sais que quelque part, j’ai mérité cette douleur. J’ai mérité cet acte de vengeance. Mais lorsque la pression de ses mains s’intensifie et que l’air commence à manquer, je ne peux m’empêcher de réagir. Si l’esprit peut parfois accepter de mourir pour payer ses erreurs, le corps n’aspire qu’à survivre. Je remonte brutalement mes jambes et donne un violent coup de mes deux genoux dans le menton de Jaime. Sa tête part en arrière, j’entends ses dents qui claquent, et il relâche quelque peu son emprise sur moi. Du tranchant de la main, je lui donne un coup au creux du coude. Son bras plie, sa main me lâche, et je roule sur le sol couvert de poussière pour me mettre hors de sa portée. J’aspire désespérément de l’air, mes poumons brûlent sous l’afflux brutal d’oxygène, la terre tourne et tangue autour de moi et des points noirs envahissent ma vision. J’entends la respiration lourde de Jaime qui se rapproche. Je le vois comme à travers d’un voile, je vois le filet de sang qui coule le long de son menton, la folie dans ses yeux. Et je sais que je ne peux pas le vaincre. Dès mon plus jeune âge, je me suis entraînée pour être une Carrière. Après les Jeux, j’ai continué à m’exercer au combat. Pourtant, mon arme de choix a toujours été le poison. Et aujourd’hui je n’ai rien, ni couteau ni révolver ni fiole contenant de la mort liquide. Je n’ai que la force de mon corps, mais ce n’est rien, rien comparé à la force de Jaime, à cette force incroyable que possèdent les fous furieux. Je lève les bras, comme pour parer une attaque ou pour attirer Jaime contre moi. Je suis perdue. Je n’arriverai jamais à tuer Jaime, à lui faire suffisamment mal pour le mettre hors d’état de nuire, mais lui n’a manifestement pas les mêmes scrupules.

« Qu’aurais-tu fait à ma place ? » Ma voix est faible, rauque. « Qu’as-tu fait, quand ils t’ont jeté dans l’Arène ? Tu as tué des enfants. Tu les as tués, et eux aussi avaient des frères, des sœurs, des parents qui les aimaient. » Ma voix se perd, et je repose lentement la tête sur le sol. Qu’il vienne. Qu’il me roue de coups. J’en ai marre de me battre pour des raisons qui ne sont pas les miennes, j’en ai marre d’être obligée, jour après jour, à jouer le jeu sournois que le Capitole a inventé pour nous. Je regarde Jaime avec colère, une colère profonde qui prend racine dans une tristesse encore plus profonde. « Je ne connaissais pas Phoebe. Je l’aimais bien, mais je voulais vivre… Je ne voulais pas mourir, bordel, c’est si difficile que ça à comprendre ? » Je m’écarte de lui, juste un peu, et je sais que je n’aurai pas la force d’aller beaucoup plus loin. Je peux voir son visage, ses yeux brûlants de haine ou de folie. Alors, je fais la seule chose possible : au lieu de m’éloigner de lui, je me jette sur lui avec mes dernières forces, je prends son visage entre mes mains et je l’oblige à me regarder dans les yeux. Ses yeux de tueur, ses yeux infiniment sombres, couleur de rêves brisés. « Accepte-le, Jaime. Accepte que je ne suis pas elle et qu’elle ne reviendra jamais. Dis-le : « Phoebe est morte ». Dis-le ! ». Je sens son souffle saccadé sur mon visage, je sens que ses muscles sont crispés, qu’il est prêt à l’attaque. S’il me frappe maintenant, c’est fini. D’un seul coup, il peut me faire basculer en arrière avant d’achever le travail qu’il a commencé en m’étranglant. Mais je m’en fiche. Il ne peut pas continuer à vivre comme ça. Je ne peux pas continuer à vivre comme ça, avec pour seul ami véritable un pauvre cinglé qui me prend pour sa sœur. S’il te plaît. Jaime. Ne fais pas ça. Ne me fais pas de mal. S’il te plaît. Nous ne sommes plus dans l’Arène. Je ne suis pas ton ennemie.
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MessageSujet: Re: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Jeu 1 Jan - 17:45

désolée pour l'attente



❝Amarinda & Jaime

   ♣️ Flowers of the dying sun.

Je la revois. Je revois son sourire. Je l'entends me dire. Ne t'en fais pas, je reviendrai. On se reverra. Jaime. On se reverra. Et je me souviens de cette larme de cristal qui a roulé sur sa joue lorsqu'elle m'a dit au revoir. Je me souviens de cette sensation de vide qui s'est fait ressentir en moi dès qu'elle est partie. Elle n'est plus qu'un souffle. Un ange. Une plume qui tournoie autour de ma tête, faisant virevolter quelques particules de poussière devant mes yeux. Elle est devenu ce traceur qui guide mes pas. En suis-je conscient ? Ce manque est devenu maladif. Mais peut-être que si je n'avais jamais connu Amarinda j'aurai su avancer.

Et je sens sa respiration s’accélérer. Et je sens son souffle devenir rauque. Et je souris. Un rire hystérique s'élève de ma gorge. Je me sens vivre. Revivre. Amarinda s'éteint. Phoebe aussi. A jamais. Pour toujours. Pour l'éternité. Et alors les démons cesseront de me hanter. Je te déteste Amarinda. Je te déteste peut-être autant que je t'ai appréciée. Pardonne moi. Pardonne moi de t'ôter ton dernier souffle. Mes mains serrent encore. Un peu plus fort. Mes yeux se plissent. La rage brûle en leur iris. Une rage avide. Tuer. Encore tuer. C'est devenu tellement naturel. Elles serrent encore. Tellement simple. Et presque jouissif. T'es qu'un con Jaime. Regarde toi. Regarde ce que tu es devenus. Je souris. Perdu entre la folie et le réel. Adieu. Phoebe. Adieu. Amarinda.

Une sourde douleur. Ma tête qui valse. Mes mains qui se décrochent. Mon corps qui roule. Amarinda qui s'éloigne. Reviens. Lâche. Reviens me voir. REVIENS. T'es qu'une lâche. UNE PUTIN DE LÂCHE ! Je hurle. Je hurle comme le fauve qui se rend compte que sa proie lui a échappée. Stupide. Tu es stupide. Même pas capable de tuer une pauvre fille. Je me relève. La haine s’insuffle dans mon corps comme un poison dangereux. Et je la regarde. Je pose mon regard brûlant sur elle. Crevure. Ce n'est qu'un murmure. Un simple murmure. Je m'avance vers elle. Prêt à recommencer. Prêt à en finir. Il faut que j'en finisse. J'en ai besoin. Il faut que j'arrive a avancer. Reviens. Reviens je t'en prie.

Et elle se met à parler. J'entends des mots. Des sons. Prononcés par une voix rauque, affaiblie. Je ne comprends pas ce qu'elle me dit. Le monde me paraît si différent. Si lointain. Je ne vois que ma soif de vengeance. Je n'entends qu'elle, rugir au plus profond de moi même. Et ces démons anciens, revenus sans crier gare, qui me hurlent. Tue. Tue. TUE. Tue comme tu as tué dans cette arène. Oui. Tue comme tu as ôté la vie à quelques gosses. Des gosses qui ne sont plus que des fantômes. Comme Phoebe. Qui avaient des frères. Comme Phoebe. Des parents. Comme Phoebe. Et une avide envie de vivre. Comme Phoebe. Et tu les as tué. Tous. Comme Amarinda a tué Phoebe. Elle n'avait pas le droit. Non. Elle n'avait pas le droit. Et je sens la tristesse qui remonte dans mes veines. Et je la regarde de nouveau. Mes yeux brillent de la même énergie. Avais-je le droit, moi ? Je ne sais pas... Je ne sais plus... Je ferme les poings...  Qui suis-je ?

Vivre. Le mot fait écho. Vivre. Survivre. Personne ne devrait avoir le droit de survivre à l'arène. Personne. Regarde-nous. Regarde ce qu'on est devenu. T'aurai du crever Ama'. Comme Phoebe. T'aurai du crever. Un sifflement. Perçant. Aigu. Et moi aussi Je garde le même ton. Les jeux nous ont tués bien avant de nous sauver. Nous ne sommes plus rien. Sinon des démons dans un corps de vainqueur. Des personnes insensées qui se promènent librement. Des êtres changés. A jamais. Pour le pire. Et je m'avance encore. Elle pose sa tête contre le sol. Comme une proie devant un prédateur. Un signe de soumission. Je souris. Ton heure viendra. La mienne aussi. Et on se retrouvera dans l'au delà. Et peut-être qu'alors tout ira mieux. Elle s'écarte.

Ne fuis pas. Restes.... Elle prend mon visage entre ses mains. Ses douces mains. Ses mains qui ont tué. Comme les miennes. Je ne bouge pas. Je me laisse porter par ce doux contact. Peut-être l'ultime. Je la fixe dans les yeux. Mon regard ambré défie le sien. Mes muscles sont tendus. J'approche mes mains de sa gorge. Non Jaime. Arrête. Arrête. Phoebe est morte. Je l'entends me le dire. Je ferme les yeux. Ma respiration est saccadée. Phoebe. Est. Morte. Je ne peux pas. Je n'y arrive pas. Je le sais. Je sais qu'elle a crevé. Tout le monde dans cette arène a crevé. Sauf nous. Comme beaucoup d'autres avant elle. Ma voix a changé. Prends ça comme une demi victoire, Ama'. Je ne l'avoue pas. Je ne le nie pas.

Mes yeux se rouvrent. Et je la fixe. Ama'. Ama'.... Que suis-je entrain de te faire ? De nous faire ? Et j'approche mes mains. De cette gorge, tendue a moi comme un cadeau. Prends la. Agrippe la. Elles se posent. Mais quelque chose au fond de moi m’empêche de serrer. Je reste là, quelques secondes. Sans rien faire. Sans rien oser faire. Presque à profiter de cet instant. Et alors, doucement, je les fais remonter le long de son cou, jusqu'à ses joues. Et je la regarde. Elle est fragile. Comme une poupée. Furtivement j'approche mes lèvres vers les siennes. Un court baiser. Et je m'écarte, brusquement, faisant retomber mes mains de son corps. Je me recule. Encore un pas. Et je lui tourne le dos.

Par honte ? Par lâcheté ? Par peur ? Je ne sais pas. Je ne comprends pas. Je ne me comprends plus. Pardonne moi... Un souffle. Pourra-t-elle seulement. Jaime a disparu il y a bien longtemps. Et sans doute ni elle, ni moi, n'aimons celui qui l'a remplacé.



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« Jaime vainqueur qu'ils disaient. Vainqueur de quoi au juste ? Où est la victoire ? C'est la mort qui a échoué à ne pas nous emporter tous. Ce n'est pas moi qui ai gagné.... »
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MessageSujet: Re: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Jeu 5 Mar - 13:18

Il est capable de me tuer. Cela fait longtemps que je le sais, que je sens comment la force et le désespoir se combattent en lui et le déchirent. Mais connaître le danger n’est pas la même chose que de se retrouver à terre, le cou broyé par des mains dures, et d’avoir la certitude absolue qu’il est impossible de gagner à ce jeu. Les gravillons qui recouvrent le pont me rentrent dans le dos et le murmure de l’eau en dessous se transforme en rugissement alors que je commence à manquer d’air. Les mains de Jaime sont grandes et fortes, ses avant-bras tendus et parcourus de veines palpitantes. Ses yeux sont aveugles à la souffrance que ses mains font naître dans ma gorge et mes poumons et la chaleur qu’il irradie ne parvient pas à chasser le froid qui se niche lentement dans ma poitrine. Je panique. Je rue désespérément pour qu’il me lâche et mes genoux heurtent son menton avec un claquement sec. Je parviens à m’éloigner de lui, à quatre pattes, le sol inégal déchirant le bas de ma robe et la peau de mes jambes. Je crie, un cri silencieux, je sens l’air qui revient dans mes poumons mais ce n’est pas assez, je n’arriverai jamais à inspirer assez fort, je vais mourir, je ne veux pas mourir. Je porte une main à ma gorge et sens les douloureuses meurtrissures causées par les doigts et les ongles de Jaime. Ses insultes résonnent à mes oreilles mais je n’entends que ses pas qui s’approchent et son souffle saccadé. J’essaye de me souvenir comment utiliser mes jambes. Le monde tourne et tangue et les couleurs déformées sont comme des fleurs hideuses qui éclosent et se fanent aussitôt. Je lève les yeux vers la silhouette indistincte de Jaime qui me domine et je sens sans la voir la brûlure de son regard. Je lui parle. Ma voix est faible et je ne sais pas s’il m’entend ni même s’il m’écoute. Je vis dans l’attente du prochain coup, de la prochaine douleur. Lentement, je pose ma tête sur le sol frais. Je pourrais fermer les yeux. Je pourrais mourir ici et maintenant. Ce ne serait pas si mal que ça. Mais la voix dure de Jaime me force à prêter attention à ce qui m’entoure, au filet de sang qui coule dans ma nuque, à ses paroles cruelles. « Personne ne devrait avoir le droit de survivre à l'arène. Personne. Regarde-nous. Regarde ce qu'on est devenu. T'aurais dû crever Ama'. Comme Phoebe. T'aurais dû crever. Et moi aussi.» Il a raison, bien entendu. Personne ne gagne les Jeux. Nous ne sommes que les fantômes de ceux que nous aurions pu être.

Je m’écarte de lui, mais ce n’est pas la solution. Je ne veux pas passer ma vie à fuir mes actes passés comme il fuit le présent. D’un bond, je me lève et me jette sur lui. Il chancelle mais ne tombe pas. Je le regarde ; j’aimerais tellement le préserver du mal qu’il se fait mais j’en suis incapable. Je prends son visage entre mes mains. « Accepte-le, Jaime. Accepte que je ne suis pas elle et qu’elle ne reviendra jamais. Dis-le : « Phoebe est morte ». Dis-le !».  Plus qu’une exigence, c’est une prière.  Il ferme les yeux, comme s’il pouvait par le même geste couper tout lien avec la réalité. Il va me tuer. Il va me tuer. Mais il finit par répondre d’une voix plus douce : « Comme beaucoup d’autres avant elle.». Même s’il reconnaît la vérité, il est toujours incapable de prononcer ces trois mots. Phoebe. Est. Morte. J’aimerais le lui crier, le gifler jusqu’à ce qu’il le dise. Mais je ne pense pas que cela l’aiderait. Il rouvre les yeux et me regarde comme s’il sentait la violence des émotions qui tourbillonnent  dans ma tête et dans mon corps. Lentement, il approche ses mains de mon cou, comme pour achever le travail, pour m’achever. Je n’arrive pas à y croire. Je pensais avoir gagné la bataille. Le poids de ses mains sur ma peau meurtrie est désagréable et je ne peux retenir un frisson. Je plonge mon regard dans les yeux de Jaime comme si je pouvais y trouver une raison pour justifier ce qu’il m’a fait, ce que je lui ai fait. Mais au lieu de la haine et de la folie que je m’attendais à voir, je remarque une sorte de… curiosité ? De fascination ? Le monde tourne toujours et je n’ose pas bouger. Puis, les mains de Jaime remontent le long de mon cou, comme pour effacer la douleur, et s’arrêtent sur mes joues. Je me sens à la fois terriblement fragile et terriblement forte, comme si j’étais faite d’un verre qui résiste à la furie de la tempête pour éclater, un petit matin, sous la caresse du premier froid. Il m’embrasse. C’est tellement rapide. Renversant. Ses mains sur mes joues et ses lèvres sur les miennes. Le monde tourne et je tourne aussi, et je n’ai rien à quoi  je puisse me raccrocher, pas d’attaches. Je suis un brin d’herbe au vent et je suis le vent lui-même. Plus qu’un baiser, c’est un cri qui résonne à l’intérieur de moi. Une confirmation de qui je suis. Amarinda. Amarinda. Amarinda. Et soudain, c’est fini. Jaime s’écarte de moi, ses bras retombent le long de son corps. Il me tourne le dos et je me rappelle à quel point j’ai froid et mal et je prends conscience de mes cheveux poisseux de sang et de mes genoux qui tremblent.  « Pardonne-moi.» il murmure. Et c’est pire que tout.

Je fixe le dos de Jaime, ses vêtements crasseux d’avoir lutté par terre, ses cheveux décoiffés, et je ne parviens pas à éprouver autre chose qu’une terrible lassitude. Par ses paroles, il a repris ce qu’il m’avait donné. Comme si cela ne signifiait rien. Comme s’il s’agissait d’une erreur à regretter, d’une honte à faire pardonner. L’espace d’un instant, j’ai pensé… Mais j’étais idiote d’espérer. Il ne changera pas. Il n’acceptera jamais vraiment que je suis moi, uniquement moi, et pas sa sœur. Je l’observe avec une dureté nouvelle et, pour la première fois depuis longtemps, je le vois tel qu’il est vraiment. Pas comme j’aimerais le voir. Amical, calme, souriant, raisonnable, confiant. Jaime n’est rien de tout cela. Quand je le regarde, il me fait l’effet d’une maison dont les fenêtres brisées laissent entrer le vent qui arrache peu à peu son papier peint, saccage ses meubles et tourbillonne dans ses pièces vides. Il est fou. Il est perdu. Peu importe les mots que j’utilise, cela revient à la même chose. Il n’est pas un enfant qui blesse les autres parce qu’il ignore les règles du jeu. Il est adulte et cela fait longtemps que les règles n’ont plus de sens pour lui. Je m’approche de lui. « Pourquoi ? »  Ma voix n’est qu’un murmure, mais la colère qu’elle contient me surprend. « Pourquoi faut-il toujours que tu… » La douleur dans ma gorge fait écho au nœud dans ma poitrine et m’empêche de continuer. J’abandonne. « Je pensais que nous pouvions être amis. Avant. » J’aimerais dormir. Dormir. Oublier. Pardonner. « Mais maintenant… Je ne sais plus qui tu es. Je ne sais même plus comment m’adresser à toi.» Etrangement, c’est à l’instant où je renonce à lui, où j’abandonne tout espoir de le comprendre, tout espoir de le sauver, que je réalise la profondeur de mes sentiments pour lui. J’ignore ce qui nous lie, mais je sais que c’est plus profond que l’amitié, plus étrange que la folie, plus grand que tout l’amour de Jaime pour Phoebe ou que mes regrets de l’avoir tuée. Je m’approche de Jaime et pose une main sur son épaule. J’ai toujours pensé que je le poussais à devenir meilleur, que ma présence était bénéfique pour lui, alors qu’inconsciemment je lui faisais le même tort qu’il m’a fait. Je l’ai obligé à se conformer à l’image idéale que j’avais de lui. Mais maintenant, nous sommes quittes. Je ne suis pas Phoebe et il n’est pas merveilleux. Peu importe, au fond, qui nous sommes. Ce qui compte, c’est lui et moi, debout sur ce vieux pont. Je tire légèrement sur l’épaule de Jaime pour l’obliger à me faire face. J’aimerais dire quelque chose, mais toutes les paroles qui me viennent à l’esprit sont trop polies, trop belles pour exprimer ce que je ressens. Alors, je le serre dans mes bras avec une force qui me surprend, j’enfouis mon visage dans ses cheveux et je murmure contre son oreille : « Ne me blesse plus jamais ». Je sais qu’il y aura d’autres fois, des fois où je le détesterai, d’autres paroles dures. Mais je ne veux plus jamais vivre une journée comme aujourd’hui, je ne veux plus jamais voir cette folie meurtrière dans ses yeux, je refuse d’encore me battre. Les larmes viennent enfin, chaudes et salées sur mon visage, et je les laisse couler en toute liberté.
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MessageSujet: Re: Flowers of the dying sun ~ Jaime & Amarinda   Dim 22 Mar - 16:49



❝Amarinda & Jaime

   ♣ Flowers of the dying sun.

Je ne sais pas qui est Amarinda. Je ne sais pas ce qu'elle représente pour moi. A force de mêler présent et passé, j'ai fini par perdre le fil de cette histoire. De mon histoire. De notre histoire... Et je sais que je la blesse. Que je la fais souffrir. Comment peut-elle encore vouloir me voir. Vouloir de moi... Comment peut-elle encore me regarder en face sans voir le monstre qui a tenté de la tuer ? Je suis indigne. Indigne de son amour. Indigne d'une quelconque amitié. Je ne suis qu'un monstre. Je ne suis qu'une enveloppe dans laquelle sommeille le pire des démons. Un monstre animé par la haine. La peur. La colère. Et la mort. Que j'ai côtoyée de trop prêt. Et que j'aimerai côtoyer encore. Et cette pensée, même si elle me rebute, je ne peux la chasser. La vérité est là. J'ai besoin de cette adrénaline. J'ai besoin de me sentir prédateur. Et je me déteste. Et j'ai peur de ce que je suis devenu.

Je sens qu'elle se rapproche de moi. Mais j'ai peur de me retourner. J'ai peur d'affronter la vérité de son regard. Sûrement plein de reproches. Plein de questions. Alors je lui tourne le dos encore un peu. Me concentrant sur la pureté de sa voix. Sur la dureté de ses mots. Sur son parfum. Qui m'enveloppe. Avec une étrange douceur. Je sens sa main sur mon épaule. Et je frissonne. Je tourne légèrement la tête. Je suis là. Je t'écoute. Et je me retourne enfin. Parce qu'elle insiste. Et parce qu'il faut assumer ses actes. Même s'il faut que ce soit ma dernière confrontation avec Amarinda. Même si je dois en souffrir. Je la regarde. Avec cette envie dévorante de la serrer contre moi. Mais je suis perdu. Face à la vérité de mes actes. Et c'est finalement elle qui m'étreint contre elle. J'hésite d'abord, laissant mes bras pendre mollement le long de mon corps. Afin de finalement les passer derrière son dos. J'aimerai ne plus jamais la lâcher. Je n'ai encore rien dis. Je savoure cet instant. Je savoure cette vie. Cette absence de folie. Et je passe ma main dans sa nuque. Non plus pour la tuer. Mais pour garder sa tête enfouie dans mon cou. Et je la laisse pleurer. Sans rien dire. Lui caressant doucement le dos.

Je ne peux pas te le promettre. Bien que j'aimerai. J'aimerai ne jamais plus te blesser... Mais ce qui sommeille en moi me dépasse... Quelques murmures. La vérité. Rien que la triste vérité... J'ai peur de moi... Ama'... J'ai peur de ce que je pourrai te faire... Et je la serre un peu plus. Conscient que je peux la perdre à tout moment. Je laisse le silence s'installer à nouveau, avant de me reculer légèrement, gardant une main sur son épaule, et passant l'autre sur sa joue. Délicatement. Pour effacer les larmes qui la dévalent. Je plonge mon regard dans le sien. Je tiens à toi... sans doute beaucoup plus que je ne te l'ai jamais dis... Au delà même de Phoebe. Au delà même de ce qu'Amarinda m'évoque. Au delà de tout cela. Je tiens à Amarinda pour ce qu'elle est. Et non ce que je voudrais qu'elle me rappelle...  Sans doute n'ai-je jamais réussi à démêler ce que je ressentais pour toi... Mais... Il faut que je le lui dise... Je sais qu'elle n'attend que ça depuis des années... Mais ces mots sont délicats à dire... Parce que je sais qu'elle lui est intimement liée, malgré tout... ... je t'apprécie pour ce que tu es... Et non pas seulement parce qu'il m'arrive de voir Phoebe en toi... Je marque une légère pause, baissant les yeux vers le sol, presque gêné.

Je lève les yeux, pour la regarder à nouveau... Il faut que je fasse le deuil. Pour elle. Pour moi. Pour nous...



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