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 nothing ever lasts forever. ▶ (siegeo)

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MessageSujet: nothing ever lasts forever. ▶ (siegeo)   Mar 17 Juin - 9:36


THERE'S NO TURNING BACK.


Les yeux légèrement plissés, le regard concentré, il s’appliquait à ruer de coups le pauvre sac qui lui faisait face. Il n’y avait strictement pas le moindre intérêt à venir s’entraîner ainsi, seul et sans adversaire, et il en avait relativement conscience. Cependant, depuis que Noa avait disparu du Treize, il n’y avait plus personne pour accepter de venir le soutenir dans ces séances d’entraînement. Tant mieux, d’un côté. Il n’avait besoin de personne. De personne.

Il se figea soudain, après avoir reculé d’un pas. Il déglutit lentement, passa une main sur son front moite d’effort. Et, quelques secondes, il baissa les bras, le menton, riva son regard au sol. Ses pensées dérivèrent une fois de plus. Il n’avait pas pris ses médicaments, la veille au soir. Mais il n’en avait pas éprouvé le besoin. Une part de lui le regrettait amèrement, en cet instant. Ce petit bout de sa personnalité craintive et soumise, qui aurait voulu fuir. Fuir et courir jusqu’à l’infirmerie, demander à la psychiatre de lui donner ses foutus cachetons. Mais il ne bougea pas. Immobile, paupières closes, laissant des vagues de souffrance, de cris et de larmes se répandre par saccade dans son esprit, puis le long de ses membres engourdis de fatigue. Depuis combien de temps luttait-il seul contre ce sac ? À cette heure-ci, personne n’était levé. Les soldats du district treize avaient beau être matinaux, seule l’insomnie aurait pu les tirer du lit à une heure pareille. Insomnie. Comme celle qu’il avait fait.

Cils enlacés, paupières fermées. Les yeux qui s’égarent dans ses pensées. Et cette force calme qui s’émane de sa silhouette entière. Siegfried a mal, mais il ne bronche pas. Siegfried revit certains des pires moments de sa vie. Mais il ne flanche pas. Impossible de fermer l’œil, même à trois heures et demie du matin. Alors, à quatre heures, il était sorti de son lit. Il avait violé le couvre-feu, ombre silencieuse éprouvant ce simple et terrassant besoin de faire sortir les pensées noires de son esprit. Il aurait pu aller réveiller un médecin, au lieu de venir ici. Mais il n’en avait pas eu envie. Pour la première fois, Jules avait ressenti le besoin d’affronter ses peurs et ses horreurs. La cicatrice qui lui courait le long du torse le lançait. Ses côtes étaient encore bleutées de sa précédente escapade avec l’équipe du Lieutenant-Colonel Abernathy. Mais plus de bandage. Elles s’étaient probablement réparées, du moins en avais-tu déduit en retrouvant un usage quasi-normal de tes mouvements. Elles te faisaient souffrir si l’on appuyait dessus, mais il n’était pas de fou en ces lieux pour prendre la peine de lui faire subir ce genre de traitements. Les yeux toujours fermés, torse-nu devant ce sac de sable, ses muscles crispés, ses phalanges entourées d’une bande sale et usée, il semblait attendre. La balafre de son torse se dessinait de manière étrangement tordue, et était légèrement plus gonflée que d’ordinaire. Les néons de la salle d’entraînement grésillaient doucement. Il avait appris à faire fi de ce bruit parasite obsédant, et sa concentration n’en était plus altérée.

Les filins de brume rouge se répandaient toujours dans son esprit, sous ses paupières closes ; traînées de sang vermillonnes, représentations symboliques de la douleur qu’il avait pu accumuler toutes ces années. Mais il ne cédait pas. Ses muscles étaient relâchés, le long soupir qui s’évada de sa cage thoracique était posé et calme. Le stress aurait dû le faire trembler, et lui donner des ailes pour se rendre à l’infirmerie, malgré l’heure tardive. Mais il restait immobile, figé par un calme et une sérénité qui ne lui ressemblaient pas. Depuis quand Siegfried, le soldat rendu fou par sa captivité, parvenait-il à être aussi apaisé et détendu ? Il se passait quelque chose. Quelque chose qui n’était pas sain. Ni pour lui, ni pour les autres.

Il déglutit lentement. Au fond de son esprit des bribes de hurlements éclatèrent, conduisant un frisson étrange à dévaler sa colonne vertébrale. La chair de poule saisit ses membres les uns après les autres, tandis qu’il redressait le menton, sans pour autant rouvrir les yeux. Les cris étaient siens. La grande carcasse habitée de souffrance et de mauvais souvenirs qu’il était se réveillait progressivement. Il aurait mieux valu qu’il ferme l’œil et qu’il s’endorme ; mais rien à faire. Il était parfaitement éveillé. Ses sens étaient en alerte. On le brusque. On le frappe. On donne un coup de pied dans son ventre à peine cicatrisé. Il ne peut retenir la remontée d’acide qui vient inonder le sol. Il tousse, crache, suffoque. Son corps endolori lui donne l’impression d’avoir été piétiné par un troupeau de buffles enragés. Un nouveau coup de pied ; au visage cette fois-ci. Il se retrouve couché, sur le dos, haletant. Les larmes coulent sur ses joues sales et tachées de sang. Il n’arrive pas à continuer de pleurer. La souffrance le terrasse, et est devenu le pire des supplices. Il sent le regard menaçant de son bourreau au-dessus de lui. Il n’est qu’un Pacificateur. Qu’une vermine à la solde du Capitole. Ils veulent lui faire retourner sa veste, et ils y parviendront. Un pied qui se pose sur son abdomen. La semelle d’une chaussure qui martyrise lentement les points de suture grossièrement fait. Le hurlement qui s’élève, atroce et inhumain. La douleur. Indescriptible. Il aurait préféré mourir. Les points de suture saute. Il se remet à saigner. Devant ses yeux, les papillons noirs dansent et volètent, se précipitent sur son esprit malléable et torturé. Finalement, le pied se retire. Il ne bouge presque plus, tremblant de son supplice. Il faut appeler le médecin. Il faut qu’on vienne lui refaire ses points. Tout ce travail gâché. Mais tant pis. C’était pour le bien de l’humanité. Il n’était qu’un monstre abject, qui avait sans aucun doute tué de nombreux rebelles en criant victoire à la cause de Snow. À ces idéaux meurtriers qu’il invoquait sans aucun doute. Il revêtait l’uniforme blanc. Il était un ennemi. Celui sur le visage de qui l’on pouvait cracher sans retenue. Celui que l’on pouvait souiller, écraser le visage du talon, laisser une trace de boue sur ces vêtements immaculés. Il était le paria et la bête noire. Il était celui contre lequel il fallait diriger sa haine, sans avoir peur des représailles. Il était à la merci de ces gens. Il les haïssait, plus que jamais. Le sang qui coule le long de son ventre, qui glisse dans son nombril. Il halète, pleure, suffoque. Son bourreau a tourné les talons. Et pour la énième fois en si peu de temps, le souhait de trouver la mort passe dans l’esprit de cet homme, jadis si droit et juste, qui n’aurait baissé les bras pour rien au monde. L’humanité est oubliée. Rien ne compte plus que l’uniforme qu’il a enfilé, le camp qu’il a choisi. On se fiche de ce qu’il peut bien avoir au fond de l’esprit. Ce qui importe, c’est au nom de quel étendard il prend le pouvoir de frapper ses semblables.

Mais le connaissez-vous ? Avez-vous seulement idée de qui est ce soldat, soldats ? Que savez-vous de lui ?

Rien, et vous vous en moquez. Il n’y en avait eu que pour la vengeance, et la haine. La volonté d’en faire un bouc émissaire, un exemple aux yeux des autres Pacificateurs, et un exemple pour ces rebelles qui n’attendaient que de pouvoir lui donner aussi un coup de talon. Jeunes soldats fougueux, baisant aveuglement les pieds de la présidente Coin. Idiots. Décérébrés. Ne comprenez-vous donc pas ?

Non. Ils ne comprennent pas. Il n’y a pas d’homme. Il n’y a que l’uniforme blanc. Le désir de cette vengeance aveugle et muette. Une vendetta qui doit avoir la couleur et le parfum du sang pour être menée. Vendetta qui a porté ses fruits. L’ennemi a retourné sa veste en luttant pour sa survie. L’ennemi a abdiqué, déposé les armes, et a empoigné celles qu’on lui tenait. On lui a sali les mains, le visage. On en a fait un esclave, un mal-aimé. Puisse cette haine qu’on lui voue encore aujourd’hui être le juste prix à payer pour toutes ces années de crime laissées derrière lui.


Brusquement, il rouvrit les yeux. Une flamme étrange y dansait. Il s’humecta les lèvres, prenant une longue inspiration. La douleur rayonnait encore dans son abdomen, rendue si réaliste par d’affreux souvenirs. Les médicaments de la veille ne faisaient plus effet. Il était libéré. Libéré d’une étreinte charnelle vile et trompeuse. On lui donnait la sensation que ces cachets le sauvaient, mais ils le sauvegardaient juste dans un état précaire et maladif. On le laissait dépendant ; dépendant à ces trucs, dépendant au district treize. Il avait conscience de cette addiction, et savait qu’il n’avait que très peu de temps avant que son corps ne crie au manque. Mais son esprit était parfaitement clair. Apaisé. Il n’avait pas été brusqué. Pas encore.

Des bruits de pas. Un léger sourire fendit le visage du Raine, resté dos à la porte. Quelques cicatrices tombaient le long de ses omoplates, et une grande le long de sa colonne vertébrale, fruit des souffrances qu’on avait pu lui faire endurer durant sa captivité. Alors qu’il commençait à se retourner, son sourire disparut entièrement. Et étrangement, l’identité de l’importun ne le surprit pas. Il ne lui fit pas l’affront de sourire à nouveau, mais ses yeux se plantèrent dans les siens. Il était… Différent de lors de leur dernier affront. Et cela, le Shughart n’aurait probablement pas le moindre mal à l’apercevoir. Il plissa doucement les yeux, détaillant cet homme qui l’avait frappé et humilié alors qu’il se laissait faire, complètement soumis et en proie au manque. Le mot vendetta lui apparut alors, gravé en lettres de sang au fond de son esprit. Attends. Attends. Pas maintenant.

Il ne cilla pas. Ne prononça pas le moindre mot. L’affront viendrait bien assez tôt. Après tout, n’étaient-ils pas en lieux idéaux pour prendre leur revanche ?
Les poings de Siegfried se desserrèrent, en une manifestation de calme et de pleine possession de ses moyens ; mais, en aucun cas, la moindre trace de soumission.
Mais, non.

C’était faux.
Ce n’était plus Siegfried.


Bonjour, Jules.


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Dernière édition par J. Siegfried Leews-Raine le Jeu 31 Juil - 10:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: nothing ever lasts forever. ▶ (siegeo)   Mar 17 Juin - 11:59


LAST MAN STANDING.
I can't offer you the same. So, this is what I would suggest. We conclude our deal. We'll shake hands. You start the rest of your life. Any dreams you have, or plans, or hopes for your future... I think you're going to have to put that on hold. For the rest of your life you're going to be looking over your shoulder. I'm just telling you this because I want you to know the truth. (chester)

Quatre heures du matin. Ce n'est pas une heure. Pas une heure pour être éveillé. Pas comme tu l'es, maintenant. Quatre heures du matin. Dans une autre vie, dans ce creux de la nuit, tu la serres doucement contre toi. Elle et son petit ventre rebondi. La douce courbe de son corps où se nichait la vie, comme une sculpture sous tes doigts ; que tu ne te lassais de la parcourir. Que tu ne te lassais de réapprendre jour après jour les lignes et les contours. Quatre heures du matin. Dans une autre vie, il y aurait votre premier enfant. Dans le petit lit que tu as fabriqué de tes propres mains. Qui dort, là, juste à côté du vôtre. Quatre heures du matin. Dans une autre vie, on vient frapper à ta porte. Il y a eu un accident. Comme il en arrive trop souvent. Tu te lèves en vitesse. Tu remets ta chemise, tu remets ta veste, tu remets tes chaussures. Tu embrasses ton enfant sur le crâne, tout assoupi qu'il est. Tu embrasses ta femme. Qui te dit, encore à demi-assoupie, de faire attention à toi. Sourire fugitif. Ta main glisse sur son ventre. Sur l'humanité qu'il abrite pour la seconde fois. Dans une autre vie. Elle est morte, il y a bientôt trois ans. Tu n'as jamais été père. Tu as vu le sang de ce qui aurait dû devenir ta progéniture. Tu as vu le sang de celle qui apaisait tes jours et tes nuits. Quatre heures du matin. Elle est partie depuis trop de temps, maintenant. Mais la morsure de son souvenir te prend parfois. Comme un loup malade. Tu reprends une inspiration. Tu t'es levé, dans la nuit, sans un bruit. Tu es sorti de la chambre. En te foutant bien du couvre-feu. Tu as laissé Asher. Tu n'as pas envie de parler de ça avec lui. Tu n'as pas envie de le réveiller. Il est tellement beau, quand il dort comme ça. Comme un enfant. Comme cet éternel gosse qu'il est.

Tu es là. Ton humanité, elle est partie avec celle qui vivait au creux de ses reins. C'est ce que tu te dis, parfois. C'est ce que tu finis par croire. Quand il fait noir comme cela. L'heure du loup. Et qu'il n'y a en écho à tes pensées que les battements de ton coeur. Tu n'as pas la rage folle. Non. Tu n'as pas la rage incontrôlée de tes crises de nerfs. Tu ne te sens pas vide comme ces matins et ces soirs où plus rien n'a de sens. Tu te sens presque humain. Comme une donnée impalpable que tu serais pourtant à deux doigts d'effleurer. Tu longes les murs. Tu restes dans l'ombre. À l'ombre des néons. Et tu sens, à chaque instant, ton sang pulser. La machinerie de ton coeur alimentant les rouages de ton corps. Inspirer, expirer. L'oxygène et le dioxyde de carbone se croisent et se remplacent. Dans le ballet incessant des mécaniques de ton être. Tu sais où tu veux aller. Là où il n'y aura personne. Pas à cette heure. Là où tu pourrais, du bout des doigts, peut-être retrouver tes instincts. Faire éclater la lumière. Renouer avec l'avant. Tes pas se succèdent. Rapides. Mais si lourds. Tu es et tu demeures un ours. Un tas de rouille et d'os. Et tu avales les longueurs de béton au rythme des tambours de ton coeur.

La porte est ouverte. Il n'y a qu'à la pousser. La pousser, et rentrer lentement. Dans cette salle d'entraînement. Pas si vide. Pas si déserte. Tu n'es pas si seul. Son regard te tombe dessus comme un couperet. Auquel tu ne peux échapper. À croire que le destin se joue de vous. Il faut toujours que vos routes se croisent aux moments critiques. Mais cette nuit, ce n'est plus pareil. La dernière fois que tu l'as vu, tu lui as craché au visage. Une pique titille ton coeur. Tu t'en veux encore. Tu avais perdu ce qui te restait d'humanité, dans ces instants-là. Tu l'avais rabaissé. Tu l'avais humilié. Parce que tu ne comprenais pas. Pourquoi il continuait. Pourquoi il se laissait faire. Pourquoi. Tu respires lentement. Tant mieux. Tant mieux, s'il fut que tu aies un adversaire. Tant mieux qu'il s'agisse de lui. Bonsoir, Siegfried. Pas un mot. Pas un geste plus violent que l'autre. Tu longes le mur. En ne le lâchant pas du regard. Comme tournerait un fauve dans une arène. Mais tu n'as pas la soif du sang. Tu as soif de vie. Tu déglutis, t'arrêtes à côté du banc. Pour retirer tes chaussures. Pour retirer ton t-shirt. Vous pourriez mener une bataille au jeu du plus lacéré. Qui a gardé le plus de boursouflures à fleur de peau. Qui a gardé le plus de marque de son humiliation personnelle. Tu pourrais encore sentir la chaleur cuisante du fouet réduisant ton dos en bouillie humaine. Tu roules des épaules en te rapprochant doucement. Pas un mot. Le regard n'est pas noir. Le regard n'est pas cendre. Ton coeur s'agite. Mais tes poings ne se referment pas. Pas encore. Tu bats doucement des cils. En te rapprochant de lui. Il n'aurait pas pu y avoir meilleur lieu pour que vous vous retrouviez.

"À la régulière ?" C'est un souffle. C'est une question. Solennelle. Tu ravales ta salive. Planté devant lui. Tes yeux glacés figés dans ses yeux noisettes. À la régulière. En suivant les règles. Comme des hommes. Pas comme des bêtes. Tu ne lui souris pas. Mais tu le voudrais presque.
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MessageSujet: Re: nothing ever lasts forever. ▶ (siegeo)   Mar 17 Juin - 17:38




THIS IS A FIGHT TO THE DEATH.



Romeo.

Un concentré de contradictions, et de haine. Un être que le Raine n’arrivait pas à cerner, mais surtout quelqu’un qu’il ne voulait pas connaître. Que cet homme reste loin de lui. Qu’il ne l’approche pas, et qu’il garde le dos tourné. Qu’il fasse route dans son sens, et lui partirait astucieusement dans l’autre. Il n’avait pas besoin de la bénédiction de Romeo, ni de sa malédiction. Il n’avait tout simplement pas besoin de lui dans sa vie. Pire, même. Il avait besoin qu’il n’en fasse pas partie. Pourtant, il ne le repoussa pas. Il n’esquissa pas le moindre geste, le laissant faire quelques pas, dos au mur, sans rompre leur contact visuel. Mais, en cette seconde, ledit contact n’avait rien d’une lutte. Rien du tout. Cette situation n’avait rien en commun avec leur dernière rencontre, et Siegfried le sentait. Tout différait. Le lieu, l’état dans lequel chacun se trouvait. L’heure de la journée. Juste restaient les deux protagonistes de cet absurde mascarade, de ce spectacle bouillant de la haine, représentation théâtrale de l’horreur de leurs cœurs et de leurs esprits. Ils s’entrechoquaient, se frappaient, s’affrontaient, sans relâche. En ce moment même, ils préparaient leur prochaine bataille. La prochaine manche de ce combat éternel. Mais pas d’agressivité. Pas d’épreuve de supériorité, ni de démonstration de force. Rien que Siegfried, Romeo, et le monde si calme et apaisant de la salle d’entraînement. L’un, l’autre. Et, entre eux, ce tapis, à l’instar d’un tatami, laissé là pour que les soldats puissent s’entraîner au corps à corps. Rien qu’eux, et l’heure de remettre les choses à plat. Pour la première fois, peut-être.

L’ancien Pacificateur laissa son futur adversaire s’asseoir sur le banc pour se débarrasser de ses chaussures, puis de son t-shirt. De son côté, il s’en était déjà débarrassé il y avait une petite heure, en arrivant dans l’espace d’entraînement. La corne de ses pieds nus foulait le sol bétonné sans lui tirer la moindre douleur, et la fraîcheur des dalles remontait dans tout son corps, l’aidant à garder une emprise sur son esprit glissant, et à retrouver une stabilité physique et psychologique à tout instant. Il ne bougea pas lorsque Romeo releva la tête vers lui. Son regard retrouva immédiatement le sien, et la flamme brune reprit son combat contre l’étincelle bleutée. Ni l’un ni l’autre ne souriait, mais l’envie y était. Leurs yeux le faisaient pour eux. Ils se toisèrent encore un moment ; la simple question du Shughart fit incliner légèrement le menton à son vis-à-vis. Siegfried détourna finalement les yeux, lui laissant son profil alors qu’il s’éloignait. Son éternel ennemi pensait-il réellement que de rouler de son impressionnante musculature l’intimiderait ? Le dissuaderait de venir l’affronter, ici et maintenant, alors qu’ils étaient en terrain parfaitement autorisé pour ce genre de combats ? Une étrange expression passa sur les traits du Raine, tandis qu’il répondait d’un ton anormalement léger, anormalement… Calme. « Tu sais faire ça, toi ? » Ça se voulait ironique, mais ce n’était en aucun cas méchant. Une question bête et simple. Leur dernière entrevue avait été tout sauf régulière. Mais la situation était différente, cette fois. C’était d’homme à homme. De battu à torturé. Sur un pied d’égalité, les deux carcasses martyrisées se dressaient, enfin prêtes à s’affronter. Un instant, l’ancien Pacificateur songea que Shughart devait attendre ça depuis des mois déjà. Ou au moins depuis quelques semaines. Depuis la dernière fois.

Siegfried n’était pas du genre à jouer de sa carrure, n’étant tout simplement pas plus large que n’importe quel autre soldat. Il avait toujours eu une silhouette plutôt chétive, et n’était nullement aussi impressionnant que son adversaire, en cet instant. Ce qui pouvait, pourtant, faire réfléchir, était la taille de la cicatrice qui barrait en une belle mais irrégulière diagonale. La marque d’un passé douloureux, du début d’une vie de terreur. Il ne se souvenait pas de l’état dans lequel on l’avait ramené au Treize. Mais la douleur, elle, il se la rappelait très nettement. Le médecin qui s’était occupé de lui avait été méprisant, mais il lui avait fait comprendre que sa survie tenait du véritable miracle. Et qu’en le voyant arriver, inconscient et le ventre littéralement ouvert, les boyaux au bord du précipice, il n’avait eu aucun espoir en sa survie. Il s’était trompé, bien sûr. Tout le monde se trompait lorsqu’il s’agissait de déterminer avec précision les capacités de Siegfried à affronter la mort, et à s’en tirer. Il était de ceux que rien ne semblait pouvoir tuer, malgré l’acharnement à les faire trépasser. Il n’était pas mort d’une éventration. Il n’était pas mort des mois de tortures, après ça, alors qu’il était encore faible. Il n’était pas non plus mort durant la rébellion, et ne s’était toujours pas tiré une balle face au comportement méprisant que l’on pouvait avoir pour lui. Alors, qu’attendait-il pour crever, celui-ci ? Qu’attendait-il pour tomber, et ne plus jamais se relever ? Contrairement à beaucoup d’autres, Romeo avait compris cela en lui. Il avait vu la capacité du Raine à ne jamais courber l’échine, et à toujours rester debout. Il avait compris que ce trait était immuable chez lui ; ce qu’il n’avait pas saisi, c’était l’origine de tout cela. La raison pour laquelle Siegfried était comme il était, actuellement. Et peut-être, en fin de compte, qu’il n’y avait rien de mieux qu’un bon vieil ennemi pour venir poser les bonnes questions, et chercher les réponses que bien d’autres auraient dû venir quémander. L’ancien Pacificateur savait qu’il ne changerait pas les regards que l’on pouvait porter sur lui, mais il n’avait jamais eu la prétention de pouvoir le faire. En cet instant, l’être perdu qu’il était depuis plusieurs années avait tiré un trait sur toutes ces douleurs et ces rancœurs. Il avait fermé les yeux sur sa souffrance, l’espace d’un entraînement ; comme une faille dans le temps et l’espace. Et il avait fallu bien sûr qu’à ce moment précis, Romeo ne s’introduise dans cette faille. Toujours au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais cette fois, peut-être était-ce le bon lieu et le bon instant.

Sans trop comprendre pourquoi il faisait ça, pourquoi il choisissait ce moyen de combattre, Jules s’était approché d’une caisse dans laquelle était disposés de nombreux bâtons polis et vernis, idéals pour l’entraînement au corps-à-corps. Il avait resserré les bandes autour de ses mains, attaché convenablement les protections autour de ses poignets en un double nœud pour le moins solide. Il savait s’entraîner. Il savait se battre. Dans son état normal, peut-être aurait-il été mort de trouille ou d’excitation à l’idée de se confronter enfin à Romeo, à la loyale. Mais en cet instant, il s’en fichait éperdument. Il n’avait pas peur de lui. Cet état ne lui ressemblait pas. Pourtant, il se fit alors la remarque que c’était d’avoir peur qui n’était pas normal. L’attitude qu’il avait à cette seconde était confortable et assurée. Enfin, il semblait y voir un peu plus clair. Était-ce le manque de sommeil ou bien l’absence totale de médicaments de son organisme qui lui rendait les idées aussi limpides ? Il n’en avait pas la moindre idée. Mais il se sentait… Bien. Pour la première fois, réellement, depuis plusieurs années déjà.

Il empoigna deux des bâtons prêts à être utilisés. D’un geste ample et assuré, il en lança un à son adversaire. Il savait que Romeo l’attraperait. Pas le moindre souci là-dessus. Ce type avait d’excellents réflexes, et serait un adversaire intéressant. Il l’était déjà. Faisant tourner son bâton à ses côtés, entre ses doigts, Siegfried fit quelques pas vers le tapis qui n’attendait plus qu’eux. Il monta dessus, savourant le contact rigide mais adapté au combat sous la plante de ses pieds. « Pas de combat à mort. Pas de membres brisés. » ll n’avait pas la moindre envie de le blesser. Il en aurait été capable, dans un autre état ; très certainement. Mais à cette seconde précise, ce n’était pas ce qu’il voulait. Il était quelqu’un d’autre.

L’esprit clair, les muscles détendus, roulant cependant sous sa peau fine et légèrement halée ; prêts à être sollicités au maximum de leurs capacités. Il n’était pas en position d’attaque. Son bâton tournait toujours entre ses doigts, souplement et simplement, sans cesser un seul instant son mouvement répétitif et circulaire. La douleur de sa cicatrice était oubliée. Celle de ses côtes était à fleur de peau, mais il n’avait pas envie de prévenir son adversaire d’un quelconque handicap. Il était face à lui, et le regardait droit dans les yeux. Retour à la case départ, Shughart. Toi, contre moi.

Seulement, cette fois, si Romeo pensait que son éternel souffre-douleur se laisserait faire, il se trompait lourdement. Très lourdement.

L’homme qui s’immobilisa à une distance raisonnable du début du tatami et à moins d’une dizaine de mètres du médecin de fortune n’était plus un soldat souffrant et torturé. C’était un homme d’armes, formé à dépasser le maître pour espérer pouvoir survivre un jour sur un champ de bataille. Pacificateur ou soldat de la rébellion, quelle importance ?

La chute serait tout aussi haute pour le bourreau.


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Dernière édition par J. Siegfried Leews-Raine le Jeu 31 Juil - 10:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: nothing ever lasts forever. ▶ (siegeo)   Mar 17 Juin - 18:46


LAST MAN STANDING.
I can't offer you the same. So, this is what I would suggest. We conclude our deal. We'll shake hands. You start the rest of your life. Any dreams you have, or plans, or hopes for your future... I think you're going to have to put that on hold. For the rest of your life you're going to be looking over your shoulder. I'm just telling you this because I want you to know the truth. (chester)

Plénitude. Il te semble que c'est le mot. Que c'est le terme qui convient. La plénitude. Tu ne sais pas réellement comment. Tu ne sais pas réellement pourquoi. Tu ne comprends même pas quelles en sont les raisons. Ce sentiment indescriptible qui galvanisait ses os mais calmait sa tension. Calme. Comme il l'était rarement. Tant que c'en était étrange. Ce quelque chose de si nouveau. D'inespéré. D'inattendu. Oui. Il y avait quelque chose. Quelque chose de changé. Quelque chose de bizarre. Comme si, en cet instant, les deux hommes allaient faire face avec leurs vrais visages. Dénués et débarrassés de ces masques et de ces étiquettes. Délestés de tout. De la haine aveugle. Des rancoeurs d'une autre vie. Du moins c'était ainsi que Romeo le ressentait. Un doux frisson. Peut-être d'excitation. Ou simplement une réponse instinctive de son corps. À raviver les nerfs et vérifier que tout était prêt à fonctionner. Et il esquisse un sourire. Fugitif. La question de Siegfried l'a fait venir spontanément. Comme si, après tout ce temps, cet ennemi était devenu familier. Ce qui n'était pas entièrement faux. Regard alentour. Shughart fit quelques pas. Pour attraper les bandes. Et les entourer avec applications autour de ses articulations. Au moins, sur ce plan, il n'était pas le plus mauvais. Poser des bandages et préparer les coups. C'était quotidien. Et il l'observait, du coin de l'oeil. Il observait cet homme. Ce soldat. À sa démarche. À chacun de ses gestes précis et efficaces. À chacun de ces mouvements. Il pensait. Il pensait qu'il était fait pour cela. Pour la rigueur. Pour l'ordre. Il déglutit, terminant de serrer son bandage avec les dents. Il ne ressentait pas la haine. Il ne ressentait pas l'amertume. Comme si ce lieu avait effacé les querelles de couloirs. Les regards noirs. Qu'était-il, à côté d'un homme affûté comme cela ? Il le savait parfaitement. Un ours. Une brute. Un boucher. Battement de coeur à la déroute. Ravaler la peine à ces mots traversant son esprit. Pas ce soir. Pas cette nuit. Il n'était pas un boucher.

Quelques pas pour s'avancer. Pas grand-chose. Quelques mètres. Quelques foulées. Il sent pourtant une étrange pression monter en lui. Peut-être à cause de ces bâtons que tient Siegfried en main. Pourtant, quand il lui en lance un, il le rattrape sans problèmes. Il s'humecte les lèvres. Reprenant en main l'arme d'entraînement. Est-ce que l'on pouvait le lire, là, dans son regard, qu'il détestait se battre avec ce genre d'objets ? Il haïssait cela. Parce qu'il était mauvais. Du moins pas des meilleurs. Il fallait une certaine grâce pour manier cela. De la dextérité. Ne pas se cacher derrière une force brute et aveugle. Ce qu'il utilisait dans chacun de ses affrontements. La seule dextérité qu'il se trouvait encore, c'était quand il devait rapiécer les peaux et refermer les plaies. De la couture à vif. Il fit tourner lentement le bâton entre ses doigts. Le soupeser. Appréhender son équilibre et sa lourdeur. S'avançant avec lenteur. Coeur battant. La plénitude se teintait malgré tout. Les inspirations lourdes et profondes. Il serre doucement des dents, par réflexe, un instant. Hochement de tête, consensuel. Approuver les termes de ce contrat en grimpant lui aussi sur ce tapis. Et de rajouter. "Si l'un d'entre nous gémit ou crie d'arrêter, on arrête."

Le coeur était battant. Comme un mauvais pressentiment. Ses yeux rivés dans ceux de son adversaire, une dizaine de mètres plus loin. Et il se prenait à penser à encore bien des choses. En vrac et en désordre dans son esprit. Ces pensées qui, encore quelques instants plus tôt, semblaient si claires. Si nettes. Si précises. Débarbouillées de toutes les saletés de ces souterrains. Non. Battement de cils. Il n'est pas bon à ce jeu-là. Il déteste ces bâtons. Ces fioritures. Ces moyens de se battre comme un homme. Parce qu'au fond de lui, même si il semble endormi, il y a toujours l'animal. Il s'humecte les lèvres. Fait craquer ses épaules. Reprend bien en main son arme. Lui qui ne se décide que peu à parler. Semble trouver la voix, en cet instant. "Raine ?" Un frisson court le long de son échine et dévale en cascade sa peau tannée. Il grince des dents, en son for intérieur. En faisant enfin, lentement, tourner le bois. "Est-ce que c'est vrai ?" La tristesse transparaît. L'espace d'une fraction de seconde. La tristesse dans ses grands yeux bleus, à poser cette question, à ce moment fatidique. Quelques micros-secondes de vide. Il sait de quoi il veut parler. Il le sait pertinemment. De tout ce qu'on fait courir dans son dos. Est-ce que c'est vrai ? Cette possibilité qu'il évite et qui pourtant, en d'autres temps, l'a rendu fou ? Est-ce que c'est vrai ? Qu'il était réellement pacificateur, dans le temps. Il ne veut pas de grande réponse, pour le moment. Un oui. Un non. L'un ou l'autre suffisent. Pour qu'il arrête enfin de se mentir. Pour qu'il arrête enfin de nier. La vérité. Il veut l'entendre venant de lui. Il veut savoir de ses propres lèvres, de ses propres mots. Il a esquivé trop de temps. Trop de fois. Mais il veut savoir. Il veut savoir, cette nuit. À qui il a à faire face. À qui il à tendu tant de perches. Et pourtant à qui il a asséné trop de fois les coups. Dis-moi que tu es humain, Siegfried. Dis-moi que tu n'es pas le même que celui que j'ai écrasé. Il le lit dans ses yeux, dans son attitude. Il ne veut que la confirmation. Dis-moi que l'on fait toujours partie de cette humanité.
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MessageSujet: Re: nothing ever lasts forever. ▶ (siegeo)   Mer 18 Juin - 13:13




CLUTCHES OF A NAME.



Si l’un d’entre nous gémit ou crie d’arrêter, on arrête. Un sourire léger naquit sur les lèvres du Raine, sans qu’il ne puisse le retenir ou même s’en rendre compte. Jamais encore, à son sens, le Shughart n’avait prononcé une phrase aussi absurde que celle-ci. C’était une putain de blague, n’est-ce pas ? Romeo, se battre à la régulière. Romeo, lui imposer ce genre de règles. Cet enfoiré n’était pas foutu de s’arrêter. Il jouissait de sa supériorité, tout en l’implorant sans cesse de lui rendre ses coups. Quand bien même Siegfried lui avait gémi de s’arrêter, et de le laisser tranquille, le médecin de campagne ne l’avait pas écouté, ne lui avait pas obéi. Et maintenant, c’était lui qui donnait ce genre de règle. De quoi avait-il peur ? De faire du mal à cet ennemi qu’il n’avait que trop martyrisé ? Ou de se voir, enfin, dominé, et de ne pouvoir en réchapper ?

Le sourire retomba finalement. Shughart avait grimpé sur le tapis. Raine faisait toujours tourner son bâton entre ses doigts, agilement. Il avait parfaitement conscience que la brutalité de son adversaire le pénaliserait. Il savait que la force de combat de Romeo était crue, une puissance brute, sans la moindre technique. Il savait se défendre parce que sa vie le lui avait probablement demandé de le savoir, mais il ne maîtrisait ni ses coups ni son corps. L’âme d’une bête dans un corps humain, le plus simplement au monde. Il n’avait d’harmonie qu’avec ses poings fermés et ses menaces voilées, étouffées, menaçantes. Il ne savait pas comment se servir de ces muscles si bien dessinés, de cette force qu’il dégageait. Et, en cela, le soldat avait une avance non-négligeable. Alors qu’il s’avançait sur le tapis son arme d’entraînement en main, chacun de ses gestes était maîtrisé. Il savait exactement où poser son pied, et dans quel angle avec le reste de son corps le placer pour avoir le meilleur appui possible. Le bâton qu’il tenait était une extension naturelle de ses poings ; seule une excellente capacité à contrôler le moindre de ses membres dans un combat à mains nues permettait d’ensuite pouvoir s’armer d’une annexe comme celle-ci. Et cela, Siegfried le savait. Il l’avait appris, alors que les années passaient, et que son entraînement chez les Pacificateurs se faisait de plus en plus poussé. Il avait deux formations d’arme à son actif, tandis que son adversaire n’en avait qu’une seule. Un léger frisson tomba le long de son échine, alors qu’il plissait les yeux. Son bâton s’immobilisa, tenu fermement le long de son avant-bras et remontant derrière lui. Il mettait Romeo en difficulté en l’enjoignant de se battre ainsi. Avec une arme. Sachant qu’il lui rendrait les coups. C’était volontaire. Et il n’éprouvait pas la moindre honte à cette idée. Chacun son tour. Il savait, qui plus est, que le Shughart se débarrasserait de cette gêne dès qu’il en aurait marre, et qu’alors le combat n’en serait que plus intéressant. Même sans ce genre d’artefact, le Rain conservait une certaine dextérité au combat. C’était un art qu’il maîtrisait. Ç’avait été, et c’était encore, son travail.

Lorsque Romeo l’apostropha, il ne répondit pas. Il savait que dans l’état actuel des choses, son adversaire en devenir allait continuer sans qu’il n’en ait l’aval. Et, en effet, la question tomba. Le ton presque triste surprit Jules, bien qu’il n’en laissât rien paraître. Il se figea, jambes presque serrées, en parfait ancrage avec le sol sur lequel il évoluait. Il fouilla un instant le fond des prunelles de l’homme qui lui faisait face, tentant de comprendre sur quoi portait cette question. Qu’est-ce que tu veux savoir, Shughart, hein ? Si on s’apprête vraiment à se battre ? Ou si je suis bien ce que les autres disent de moi ? L’espace de quelques secondes, la question resta en suspens, dans un silence à peine troublé par leurs deux respirations amples mais de plus en plus anxieuses. Le grand brun prit finalement une inspiration plus longue, clignant des paupières comme s’il commençait à être fatigué de tout cela. De tous ces préliminaires stupides, de toutes ces fioritures dont ils s’encombraient avant de se jeter à la gorge l’un de l’autre, comme ils s’étaient instinctivement mis d’accord pour faire. « Oui. » Car, que sa question soit portée sur la situation actuelle ou sur son passé, la réponse était la même. « Ce qu’on raconte, c’est vrai. » C’était plus précis, maintenant. « Et oui. Je t’attends. » Mais, toujours, couvrant les deux questions qui auraient pu transparaître en celle que son adversaire avait posée. Pacificateur, sur le point de se battre contre un homme qui détestait ceux comme lui ; il le savait. Mais être jugé sur son passé, uniquement, le lassait. Il s’en torturait depuis trois ans déjà, incapable de s’intégrer aux souterrains du district treize, de se faire une place parmi toutes ces silhouettes le haïssant trop pour avoir envie de le juger autrement que sur ce qu’il avait été, ce qu’il avait fait. En cet instant, c’était pourtant différent. Enfin différent.

Il n’était pas comme les autres soldats du district treize. Il n’était pas né dans cette haine du Capitole. Il y avait été forcé, contraint par les mauvais traitements physiques et psychologiques qu’on lui avait fait subir. Et il s’était renfermé sur cette différence, avait passé son temps à se morfondre de ne pas avoir été simplement formé soldat, et d’avoir eu ce passif de garde du Capitole. Cette souffrance intérieure était sa faiblesse la plus grande. Une faiblesse qui l’avait conduit à devenir dépendant des calmants qu’il prenait, afin de ne pas se faire de mal, et de ne pas pouvoir en faire aux autres. Mais à cette seconde précise, la honte avait disparu. Il regardait le Shughart dans les yeux, sans ajouter le moindre mot sur son état. Il était ce qu’il était ; un mouton noir de ces souterrains, la honte chez les soldats du treize. Ce gars qui n’avait rien à faire là. Mais il n’avait pas que des faiblesses. Il avait la force de la différence, l’atout d’avoir reçu la formation de deux écoles différentes. Il n’était pas que l’ancien Pacificateur que l’on voyait. Il n’était plus Jules ; merci les bourreaux du treize. Il était Siegfried. Deux facettes d’une même pièce. Le blanc, et le noir. Mais il lui avait fallu tout ce temps, toute cette douleur, pour comprendre qu’il n’y avait pas de bien, ni de mal. Que le manque de tolérance était manichéen. Mais que lui, contrairement à ce qu’on voulait le voir être, un homme noir ou un homme blanc, il n’était aucun des deux. Ce qui perdait les gens, c’était sa couleur grise, terne, à cheval entre deux teintes, deux valeurs, deux idéaux ; le présent et le passé. On ne parvenait pas à assimiler l’idée que cette pauvre nuance puisse exister. Mais elle était là. Bien vivante. Consistante.

Et il était là, lui aussi. Bien vivant, et les pensées claires, face à son adversaire. Combien de temps encore, avant que son corps ne crie au manque, et que toute sa stabilité ne bascule à nouveau dans une dépression et une souffrance maladives ? Il ne voulait pas savoir.

Il ne tenait plus son arme qu’à deux doigts, étirant brièvement les autres. Finalement, son poing se referma autour du bâton. Il s’avança d’un pas, avant de s’immobiliser à nouveau, dans une position plus agressive ; prêt à l’attaque.

Allez, Romeo.
Viens.


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Dernière édition par J. Siegfried Leews-Raine le Jeu 31 Juil - 10:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: nothing ever lasts forever. ▶ (siegeo)   Sam 21 Juin - 17:46


LAST MAN STANDING.
I can't offer you the same. So, this is what I would suggest. We conclude our deal. We'll shake hands. You start the rest of your life. Any dreams you have, or plans, or hopes for your future... I think you're going to have to put that on hold. For the rest of your life you're going to be looking over your shoulder. I'm just telling you this because I want you to know the truth. (chester)

Oui. Un seul mot. Un seul mot si simple. Qui faisait exploser des millions de vies. Il y avait les Oui pour s'unir à vie. Il y avait les Oui des bonheurs inconditionnels. Il y avait les Oui des aveux. Des tas de Oui qui se battaient contre les myriades de Non. Trois lettres contre trois lettres, syllabe contre syllabe. Pour signifier le positif. Pour affirmer le négatif. Pour crier son bonheur. Pour gémir sa peur. Oui. C'était celui-là, cette réponse-là, qui faisait exploser la vie de Romeo. Trois lettres, une syllabe, un tout qui résonnait dans son crâne. Il l'avait enfin, sa réponse. Maudite vérité. Qui pourtant, d'un poids le libérait. Il était ce qu'il avait haï. Il l'était. Tout comme il était ce qu'il haïssait en lui. Siegfried était un ancien pacificateur. Et la vérité qu'il s'était toujours menti, dans un simple souffle, venait lui tordre les tripes et éclaircir ses idées. Un coeur battant, battant comme presque jamais. Battant ainsi parce que le plomb s'en était allé. Le plomb amer et pesant qui faisait s'enrayer sa mécanique humaine. Il lui fallait quelques instants. Quelques fractions de seconde encore pour réaliser. Récupérer. Et ravaler, en déglutissant avec lenteur, toutes ces choses qui grouillaient de nouveau sourdement au creux de son ventre. La bête sombre vrombissait toujours. Elle vrombirait toujours. Mais depuis des mois, des années, son seul moyen pour la contenir était de lui construire une cage. Souvent trop peu solide. Inspiration. Expiration. Il s'humecte lentement les lèvres, reprend sa prise sur son bâton. Le regard se dessine. Plus appuyé. Plus décidé. Déterminé. Le bleu chavire. Se durcit. L'océan glacé. Il sert les dents, légèrement, un instant. Il est lucide. Il y a la bête, mais il arrive à la contenir. Il arrive à l'apprivoiser. Il arrive à la dompter. Peut-être n'est-ce qu'une illusion. Peut-être est-il trop fatigué pour savoir vraiment. Mais il se sent parfaitement éveillé. Et parfaitement prêt pour cela. Même si sa raison lui rappelle pernicieusement que ces fioritures ne sont pas pour lui. Pas de son goût. Battement de cils. Il n'a plus donné de réponse. Il n'a plus à chercher les mots. Ce n'est plus une histoire de mots. Un regard de défi. Ses prunelles plantées dans les siennes. Un silence, une éternité. Quelques infimes espaces dans le temps. Et son corps penché, prêt à l'attaque. Et son bras qui se détend. Balance. Le bâton vers Siegfried. Un pas rapide. L'attaque est lancée. Ridicule. C'est le seul mot qui jaillit au travers de son esprit, entre les instants, dans l'air et l'airain. Dans ses os, dans ses nerfs, dans chaque atome de son corps. Il y a ce sombre pressentiment. Débuter ainsi. Tout n'ira pas aussi bien. Mais cette possibilité n'arrive pas à l'horrifier. Cette éventualité le perturbe à peine. Comme une fatalité à classer dans les futurs indéterminés ; Respectée parmi les autres. Admettre la possible chute, même si encore son corps la rejetait. Il n'y a que l'instant, pour le moment. L'instant, la réponse. La défensive du Leews-Raine. Les parades, les attaques. Tout viendra à l'instinct. Il ne marche que sur ce chemin-là. Pas dictés par cette chose qui avait quitté plus d'un humain. Qu'il sue à grosse goutte. Qu'ils se projettent, et qu'ils éclatent. Une marée d'éclats de verre. Une marée pour noyer les combats passés. Vague filante pour noyer les temps passés. Pour que le sel ravive et cicatrise les plaies. Pour que le sable polisse leurs peaux usées. Pour que le soleil tanne leurs cuirs humains. Il n'est qu'un grain de sable. Il n'est qu'une goutte dans l'océan. Il n'est qu'un brin d'herbe dans la vallée. Et si il fermait les yeux, en cet instant, il pourrait peut-être sentir le parfum des pins et des forêts. L'attaque a été donnée. Champ de bataille ouvert. Mais il n'y aura plus de pertes à déclarer. Plus de crimes. Plus d’exactions. Juste les muscles qui roulent sous les peaux. Les tendons qui retiennent les rouages. Le moteur grondant de leur coeur, de leur respiration, de chaque pulsation faisant vivre et palpiter leur être. Rends les coups, pour une fois, Siegfried. Tu vas le faire. Tu le feras. Rappelle-lui chacune de ses faiblesses. Rappelle-lui chacune de ses humanités.
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