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 dead man's bones Ҩ (ræidi)

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MessageSujet: dead man's bones Ҩ (ræidi)   Lun 27 Mai - 23:56



La mort. Une vieille amie, qu’il avait déjà croisée des dizaines de fois, et saluée tant d’autres. Une connaissance, qui ne l’avait jamais invité, mais qui n’avait de cesse de se pencher à l’oreille de tous ceux qu’ils chérissaient, leur susurrant quelques mots attirants, les remontant dans ses filets. La Mort, même, avec une majuscule. Plus qu’un état, plus qu’une suite après la vie. Une étape. Franklin n’en avait pas peur, et ne l’avait jamais crainte. Nombreuses étaient d’ailleurs ces fois où il aurait préféré se voir emporter, plutôt que de devoir regarder un être cher succomber. Ses parents biologiques avaient été les premiers, et il ne conservait d’ailleurs aucun souvenir d’eux. Puis, son père adoptif, et Prishae. Sans compter tous ces patients, que Mr Dunne-Refn avait vu mourir, sans pouvoir rien faire. C’était toujours en excluant tous les tributs, partis aux Jeux chaque année aussi loin que remontaient ses souvenirs, et qui ne revenaient jamais. Ou presque. Priam était revenu. Anna était revenue. Il y en avait, parfois, qui rejaillissaient de ce gouffre morbide et rempli de cadavre. Parfois, les abysses rejetaient quelques choses, les vagues ramenaient un cadavre sur la plage. Cadavre animé, manipulé, aux mouvements automatiques et commandés par les ficelles d’un Capitole qu’on ne se lassait plus de haïr. Mais quelque chose en ressortait. On en revenait. Anéanti, la tête remplie de tous ces fantômes, de toutes ces peurs et ces angoisses. Mais l’on était en vie ; et la plupart des gens ne voyaient que cela. Ræ, non. Il avait toujours vu les autres mourir. Sa mère adoptive. Les orphelins dont il s’occupait, et qui finalement partaient aux Jeux. Et sa femme. Sally. Sa chère et tendre, qui avait animé sa vie durant plusieurs années, qui lui avait redonné progressivement cette envie de s’accrocher. Il n’avait rien d’un dépressif, rien de celui qui se laissait dépasser par les événements ; il luttait, depuis sa plus tendre enfance, malléable, adaptable, mais déterminé. Il avait pleinement conscience que le bout du chemin ne s’atteignait pas en ligne droite, et que tous les détours étaient à prendre en compte. Il le savait, et s’y pliait sans rechigner, contrairement à la plupart des gens. Il gardait le sourire, gardait son affection et sa douceur envers les autres, prenait parfois même des chemins plus longs, simplement pour aider ses pairs. Il était comme ça, Franklin. D’une bonté insoupçonnée jusqu’au moment où le premier sourire se déposait sur ses lèvres, léger et délicat, rempli de fantômes et distant, mais si apaisant. On voulait placer sa confiance en lui, on voulait l’apprécier. Pourtant, certains le rejetaient avec véhémence, lui trouvant tous les pires défauts de la terre. Pourquoi leur aurait-il donné tort ? Il était humain. Un ensemble de qualité, mais aussi de défauts. Un ensemble de toutes ces choses difficiles, qui font du cœur d’un homme un puits de souffrance au fond trop lointain pour être vu. Il avait été façonné par ce qu’il avait vécu, et ne s’en cachait pas. N’en avait pas honte. Il n’avait jamais voulu être aimé de tout le monde. Juste poursuivre ce qu’il savait faire de mieux ; aider les autres, pour s’aider lui-même. Ou même pour simplement les aider. Lui ? Il avait souvent l’impression d’être mort, également. Depuis longtemps.

Pourtant, il y avait quelques heures de cela, les larmes piquant ses joues lui avaient rappelé qu’il était encore bel et bien de ce monde. Que derrière tous ses sourires distants et tous ses conseils avisés, derrière sa générosité et sa présence paternelle, il restait un homme, avec ses faiblesses. Malgré cette impression d’être mort, desséché de l’intérieur, il avait encore quelque chose à perdre. Encore quelque chose face à quoi tomber. Face à quoi pleurer. Son monde avait dégringolé, une nouvelle fois, à la simple annonce d’un prénom, suivie d’un nom. Pyrrha. Sa Pyrrha. Tribut du District Cinq, pour les soixante-dix-septièmes Jeux de la Faim. Pourquoi ? La question lui trottait en tête depuis la fin de la Moisson. Les plus grands des orphelins avaient ramené les plus jeunes, ce pendant qu’il allait faire ses adieux à celle qui avait été sa sœur de cœur durant toutes ces années. Celle qu’il avait tenue dans ses bras, quelques minutes seulement après sa naissance. Il avait dû lui dire adieu. La regarder attraper cette main que la Mort lui tendait. Et suivre celle-ci, le sourire aux lèvres, après tant de mots amers et remplis de reproches, qui avaient manqué de le faire réellement craquer sur place. Il était dévasté. Pourquoi ? Elle aurait pu les garder pour elle. Toutes ces choses qu’auparavant, elle ne lui avait jamais dites. Mais c’était Pyrrha. Elle n’avait pas pu. Et maintenant, il était seul. Livré à lui-même. Assis à la table de son petit salon, les mains jointes, avant-bras posés sur le rebord de la table. Un peu voûté, les épaules relevées, le regard perdu dans le vague, droit devant lui. Les larmes coulaient encore sur ses joues, lentement, sans qu’il ne cherche plus à les retenir. Les enfants de l’orphelinat savaient qu’il valait mieux le laisser. Cependant, il se doutait que vers l’heure du dîner, certains viendraient. Le prendraient dans leurs bras. Essaieraient de le consoler. Ils étaient affectueux, pour ceux qui l’aimaient ; et les autres étaient peu nombreux. Il était leur père. S’occupait d’eux. Leur donnait une éducation, en plus d’un lit chaud et d’un couvert de bonne qualité. Ils avaient des jeux, apprenaient à lire, était choyés et aimés par un père de substitution qui ne demandait que cela. Il avait dû récupérer le petit Clyde, dans l’après-midi. Cet orphelin d’une petite année, qu’il avait recueilli après la mort de sa famille durant la Purge. Il était couché, désormais. Pas chiant, comme petit. Il dormait ; souvent. Et en l’occurrence, sa présence aurait peut-être été la seule capable d’apaiser un tant soit peu les maux de notre homme. Sa petite chaleur, lové contre son torse. Il arrivait à faire battre son cœur à un rythme plus calme, plus lent. Moins douloureux. Mais cette fois, même le petit Clyde n’y pourrait rien. Ræ était seul. Livré à lui-même. Sans personne pour l’aider. Pyrrha était partie. Elle ne reviendrait pas.

Des pas, au-dehors. Il les entend, de loin. Il ne se demande même pas qui cela peut bien être ; il ne lui reste plus suffisamment de monde, au District, pour faire des devinettes. Anna est partie avec Pyrrha. Thybalt ne peut plus se balader décemment dans le district. Chester n’oserait pas lui rendre visite, en sachant ce qui venait de se passer. Ne reste que Heidi. Heidi … Lentement, Luke ferma les yeux, tournant la tête pour enfouir son visage dans sa chemise, au niveau de son épaule. Sans décroiser ses mains, il y frotta sa joue, reniflant doucement, avant d’essayer d’y tamponner ses yeux. Presque en vain. Il ne pouvait effacer les traces de ces larmes qui coulaient depuis un temps qu’il aurait juré bien trop long pour une seule vie. Depuis la Moisson, depuis l’appel de la jeune fille, il lui semblait qu’elles n’avaient pas arrêté. Et au fond, il s’en fichait. Il n’avait pas honte. On venait de lui arracher une des dernières personnes auxquelles il tenait réellement. Il était seul maintenant. Ou presque.

Il releva doucement la tête, ses yeux toujours rouges, débordant de perles salées. Les dents serrées, le regard vrillé sur un point invisible, face à lui. Si Heidi voulait rentrer, elle rentrerait. Nul besoin de frapper ; quand bien même elle aurait pris la peine de le faire, il n’aurait pas répondu. Elle était invitée, perpétuellement. S’il y avait bien une personne qui pouvait entrer presque sans crier gare chez lui, dorénavant, c’était bien elle.

Lentement, ses doigts se resserrèrent, toujours croisés, crispés. Il déglutit, battant des cils. Quelques larmes glissèrent à nouveau sans qu’il puisse les retenir. Il restait silencieux, sa poitrine immobile. Il ne craquait pas. Pas encore. Pas maintenant. Il aurait tout le loisir de le faire une fois seul, au fond de son lit, le soir-même. La journée n’était pas encore terminée. Et pour le moment, bien qu’il soit laissé livré à lui-même, il avait encore cette fausse obligation de rester le plus droit possible. Pour les autres.

Heidi. Il aurait aimé qu’elle s’approche. Il espérait qu’elle le fasse. Pas de trop. Mais juste assez. Son premier réflexe aurait été de dire qu’il n’avait pas besoin d’elle, et qu’il ne voulait pas de sa présence. Ç’aurait été un mensonge. Le plus grand mensonge de sa vie d’homme. Car si à cet instant précis, son chagrin hurlait de le laisser seul, son désespoir, lui, n’en suppliait que plus ardemment de recevoir de l’aide.

Cœur en lambeaux, esprit envolé. Les fantômes dansent, ballet macabre. Il ne les voit pas vraiment, ne les sent pas vraiment, ne les entend pas davantage. Et pourtant, ils sont là. Il le sait. Mais, au milieu de tout cela, au milieu de ce silence assourdissant, de cette peine lancinante, au cœur de ces âmes en peine vagabondant sans cesse dans son esprit, une ombre se dressait. Bien vivante. Lumière halée, petite lueur douce et fragile. Infime. Un espoir.

Heidi.
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MessageSujet: Re: dead man's bones Ҩ (ræidi)   Sam 22 Juin - 22:43

L’ignorance. Quelque chose qui peut tout foutre en l’air, détruire des vies en une fraction de seconde. L’ignorance, cette saloperie qui réduit les certitudes à néant et qui brise toutes les fondations, juste comme ça. En un souffle. Et votre monde se retrouve irrémédiablement bouleversé. Quand finalement on se rend compte qu’on ne sait rien. Les repères finissent par disparaître, pour ne laisser planer qu’un doute. Un doute qui devient un véritable poison pour l’esprit, qui s’infiltre dans le moindre recoin. Cela ne tient à rien, au final. Une parole, un geste, une sensation. L’apparition d’un fantôme. D’un être cher qui est censé être mort, disparu à jamais comme bien d’autres. Et brusquement, il est là, au milieu des ruines d’une vie. Reprenant sa place qui lui revient de droit, donnant presque l’impression qu’il ne l’a jamais quittée. Presque. Les certitudes volent en éclat, le reste avec et l’ignorance s’installe alors. Parce qu’on réalise rien n’a plus de sens. Tout ce qu’elle a cru savoir, ces derniers mois, tout ce qui a pu la pousser à continuer à avancer, tout ce qui l’a détruite. Tout est remis en question. En une fraction de seconde, pour une phrase murmurée dans l’oreille et le frôlement d’une main. Trop fébrile, Heidi ne rentre pas chez elle de suite après la cérémonie de la moisson. Elle est incapable d’affronter sa propre maison, et les souvenirs qui y sont. Ses pensées tourbillonnent et son crane lui donne l’impression d’imploser. Elle ne parvient toujours pas à réaliser l’apparition de Thybalt, lui qu’elle a cru mort toutes ces semaines. Tous ces mois. Elle secoue la tête, comme elle traverse les rues du district sans réellement faire attention à sa destination. Elle n’en a aucune, au final, tout ce qu’elle veut, c’est évacuer ce qui bouillonne au fond d’elle, un mélange de colère et de rage, de tristesse et de désespoir. Tout à la fois, et rien de tout cela. Mais elle n’a pas le droit de se laisser aller maintenant, alors qu’elle sait qu’il est au plus bas. Lui, un des seuls éléments stables dans sa vie –  pour combien de temps ? Elle ne peut retenir cette pensée, mais elle refuse de s’y attarder. Parce qu’elle est bien trop proche d’arriver à ne plus se laisser guider par ses émotions, pour tout foutre en l’air maintenant. Avant, elle se serait probablement effondrée au milieu de la place publique, ou aurait tout cassé en rentrant chez elle. Ses émotions auraient certainement pris le dessus, et elle se serait laissée allée. Trop faible. Trop fatiguée. Trop lâche. Qu’importe. Elle n’est plus ainsi, elle y a veillé. Fermant son cœur et protégeant son esprit, ses émotions deviennent de vagues souvenirs, et un masque de froideur s’installe jour après jour. La colère elle, s’installe. Implacable. Elle ravage tout, elle aussi. Une rage froide et sourde à la fois, qui ne lui laisse aucune chance. Et la poupée brisée ne réalise pas qu’elle ne fait que renoncer chaque jour un peu plus à ce qu’elle est. Parce qu’elle est persuadée que s’accrocher à sa colère, est toujours mieux que de s’effondrer. Parce qu’elle est persuadée que sa colère lui permet d’avoir un meilleur contrôle sur sa vie. Douce utopie.

Elle ne sait pas combien de temps son errance dure. Elle passe au travers du district sans réellement voir ce qu’il y a autour d’elle. Les visages sont flous, les corps sont ceux d’inconnus. Elle n’y prête aucune attention, pas plus qu’aux regards qui lui sont jetés. La seule chose à laquelle elle veille, c’est d’éviter soigneusement le moindre pacificateur. Le moment serait certainement très mal choisi pour se faire remarquer. Et ce n’est que lorsqu’elle est certaine d’avoir repris le contrôle d’elle-même qu’elle se rend chez Franklin. Elle sait que le train des tributs est parti depuis quelque temps, car les habitants commencent à regagner leur propre habitation. Certains sont soulagés, d’autres pleurent le départ des enfants du district. Et l’angoisse devient souveraine jusqu’à la mort des tributs. Il n’en sera pas autrement, Heidi ne le sait que trop bien. Le calme des lieux lui apprend qu’il est déjà rentré. Probablement en train d’apprendre à accepter ce qu’il vient de se passer, parce qu’il n’a pas le choix, lui non plus. Les siens lui sont enlevés et ce qui en découle, Heidi ne le comprend que trop bien. Ne le connaît que trop bien. Elle ne frappe pas, mais ne cache pas non plus sa présence. Sa visite est loin d’être une surprise. La porte s’ouvre dans son éternel grincement, et seul le silence lui fait écho. Quelque part, elle se revoit quelques mois auparavant, franchir cette même entrée, pour les mêmes raisons. Sally, la femme de Ræ morte dans un accident. C’est courant dans les districts, les accidents. Certains habitants en réchappent, mais ce n’est jamais réellement une bonne chose. Parce qu’on en sort jamais indemne. D’autres préfèrent suivre la mort. Et cette fois-ci, la Mort avait jeté son dévolu sur Pyrrha. Une autre enfant du district à être sacrifiée pour une raison qui lui échappe très certainement. Traversant la maison, elle finit par le trouver assis et elle s’arrête un instant. Elle contemple l’homme immobile, dont les larmes coulent certainement contre sa volonté. Elle devine par sa posture qu’il refuse de se laisser aller. Pas encore. Elle devine que cela viendra, lorsque personne ne sera là pour le voir. Mais la douleur pèse sur lui, c’est indéniable. Une douleur qui fait écho à la sienne, encore une fois.

Et comme la fois précédente, Heidi trouve sa place à ses côtés. En silence, elle s’assoit avec lui. Les formalités d’usage voudraient qu’elle offre des paroles de réconfort. Pour présenter des condoléances, ou pour le consoler. Mais elle n’en prononce aucune. Parce que les mots sont futiles. Ils ne peuvent pas effacer la douleur. Ils ne peuvent pas revenir en arrière. Et ils n’apportent certainement pas le moindre réconfort. Mais surtout, parce qu’ils n’ont jamais eu besoin de mots. Après de longues minutes, la jeune femme finit par poser sa main sur la sienne. Une simple pression pour lui dire qu’elle comprend, pour tout ce qu’elle ne dit pas à haute voix. Parce que les gestes ont certainement bien plus de valeur que les mots. Alors elle le laisse venir à elle, que ce soit pour la repousser ou pour accepter sa présence. Elle le laisse s’habituer à ce qu’elle soit là, encore une fois. A ce qu’elle soit toujours là, peu importe ce qu’il en dira. C’est ainsi qu’ils fonctionnent, qu’ils ont toujours fonctionné, aussi loin qu’elle s’en souvienne. Peut être parce que cela a toujours été.

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MessageSujet: Re: dead man's bones Ҩ (ræidi)   Mar 25 Juin - 12:43



Certains avaient parfois l’audace de prétendre que la souffrance résidait dans l’esprit. Qu’avec un certain recul, qu’avec un certain entraînement, il était possible de l’isoler, puis de ne plus la ressentir, se focalisant sur d’autres sentiments, mettant d’autres choses à profit. Ræ n’avait pourtant jamais voulu essayer. La douleur faisait partie intégrante de son être, depuis son plus jeune âge. Il avait souffert à l’orphelinat, lorsque les autres enfants l’embêtaient, souffert lorsqu’il avait regardé les gens qu’il aimait mourir un à un, par la suite. Souffert, lorsque Lili était devenue Chester. Et finalement, lorsque le prénom si doux et flamboyant de sa jolie Pyrrha était sorti d’entre les lèvres de l’hôtesse. C’était à croire qu’il passait sa vie à souffrir, sans opposer à tout cela la moindre résistance, comme abattu. Résigné, à l’idée que la vie était faite pour le faire tomber, et lui briser les rotules à chaque nouveau pas. Il chutait, restait face contre terre durant de longs instants, de longs mois parfois, avant de daigner de se relever. La plupart du temps, il faisait vite. Le monde ne s’arrêtait pas de tourner, pas de la sorte. S’il était encore là, s’il avait encore ses deux yeux et ses deux oreilles, c’est qu’il avait d’autres choses à voir et à entendre. S’il avait encore ses deux bras, et ses deux jambes, c’était qu’il avait encore des choses à faire. La vie ne s’arrêtait pas encore, et c’était pour une bonne raison. Il ne ploierait pas. Pas avant que son heure ne soit définitivement venue. Pourtant, il devait admettre la difficulté de la tache. Il peinait, chaque jour que le bon dieu lui offrait encore ; mais dieu était-il réellement bon, lorsqu’on en observait le contenu ? Souffrance, peine, douleur, larmes. Aujourd’hui était un nouveau jour, demain le serait également. Devait-il considérer tout cela comme une chance ? Être encore là, se lever chaque matin, poser un pied au sol, et continuer d’avancer. Inlassablement, un peu plus courber à chaque fois ; mais continuer. Dieu était apparemment bon de laisser cette possibilité aux gens. Dieu venait de lui prendre une des dernières personnes qu’il lui restait. Alors, que devait-il en penser ? Qu’il avait de la chance, d’être encore là ? Que le destin lui sourirait, un jour ou l’autre ? Il avait trente-deux ans. Il n’y croyait plus. Ne voyait plus la nécessité de s’imaginer que la chance tournerait en sa faveur, et qu’un jour, la vie lui ferait une fleur. Il n’arrivait plus à croire en Dieu. Les jours défilaient sous ses yeux, éternel tapis roulant sur lequel il ne faisait plus qu’avancer, de son pas lent et douloureux. Il n’en profitait plus vraiment. Il subissait. Il acceptait sa tristesse. Acceptait sa peine. Mais ce qu’il n’acceptait pas, c’était le départ de Pyrrha.

Pas elle. Voilà ce qui tournait en boucle dans sa tête, depuis la Moisson, depuis la seconde précise où l’hôtesse avait plongé sa main dans la grande bulle en verre. Il refusait d’y croire. Il ne pouvait ingérer l’idée qu’on venait de lui enlever sa Pyrrha. Il l’avait vue naître, il l’avait portée dans ses bras alors qu’elle n’avait que quelques minutes. Et il allait la voir mourir, derrière un écran. En aurait-il seulement la force ? Il ne le savait même pas. Ne pas regarder les Jeux lui attirerait les foudres de bien trop de monde. Mais les regarder ? La voir mourir ? Il ne tiendrait pas le choc. Il succomberait. Et à vrai dire, à cette seconde précise, il n’avait même pas la force d’y penser. Les larmes continuaient de rouler sur ses joues, alors que son regard tombait sur la table légèrement abîmée à force d’usage. Il ne contrôlait pas ses pleurs, tentait simplement de ne pas s’effondrer. Pas maintenant. Pas alors qu’Heidi venait de poser un pied dans sa bien modeste demeure. La porte avait grincé, annonçant l’entrée de la seule personne du district susceptible de pénétrer chez lui sans frapper. Il ne prit pas la peine d’essuyer ses joues, se moquant éperdument que la jeune femme puisse le voir dans cet état. Ce n’était pas la première fois, et ce ne serait pas la dernière, fort probablement. Il était sensible. Cœur déchiqueté et habitué à souffrir le martyr. Il pleurerait encore, cela ne faisait pas le moindre doute. Et s’il y avait bien une personne dans ce district capable de supporter cette vision, désormais, c’était elle.

Il entendit la chaise à ses côtés être tirée, sans qu’il ne lui accorde le moindre regard. Elle prit place dessus. Il ne la regardait pas. Il le savait, tout simplement. Pas besoin du moindre mot, pour s’exprimer. Elle partageait sa peine, à sa manière. Luke la sentait, cette petite onde de chaleur qu’elle dispersait involontairement autour d’elle. Qui enveloppait son cœur, alors que tout le monde ne semblait que sentir le froid s’émaner d’elle. Lui, il voyait sa lumière. Faible, mais dansante. Terne, mais pas encore éteinte. Et il en avait besoin. Il ferma les yeux, sentant la main de la jeune femme se poser sur la sienne. Il renifla lentement, alors que de nouvelles larmes dévalaient ses joues. Et, finalement, il releva les yeux vers elle. Leurs prunelles se fondirent les unes dans les autres, alors qu’il noyait son regard dans le sien, sans réfléchir. Y déversant toute sa peine, toute sa souffrance, tout son désespoir. Par réflexe. Il trembla légèrement, alors que son pouce effleurait doucement la peau de la jolie rousse. Il avait l’impression de revivre cet instant atroce, une année auparavant. Lorsqu’elle l’avait trouvé, dans la même position, presque, à pleurer la mort de sa femme. Sally … Les spasmes le secouant s’intensifièrent, alors qu’il clignait des paupières, de manière répétée. Le fantôme de sa femme dansait à ses côtés. Dansait, derrière Heidi, lui souriant, lui disant que tout allait bien se passer. Comment ? Comme à chaque fois ? Rien ne se passait jamais bien. Il ferma les yeux, essayant de s’isoler, de se concentrer sur la douce chaleur de la main d’Heidi, posée sur la sienne. Il ne pouvait pas penser à Sally. Pas maintenant. Pas alors que Pyrrha venait de partir. Que les larmes qui coulaient sur ses joues étaient pour elle. Il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas …

« Elles me manquent … » Du fin fond de sa gorge, le murmure s’était élevé, tremblant de larmes, agité de sanglots difficilement contrôlés. Le pluriel n’était pas audible. On aurait pu le deviner. Ou penser uniquement à Pyrrha. Ou ne penser qu’à Sally. Tout était possible. Et lui ne s’en rendait même pas compte. La jolie blonde lui manquait déjà. L’imaginer en route pour le Capitole lui flanquait une nausée sans nom. Et sa femme… Sa femme, sa douce femme. Il détourna quelques instants son regard d’Heidi, le baladant autour de lui. Chaque millimètre carré de cette maison était rempli du doux souvenir de Sally. Il n’arrivait pas à l’oublier. Ils n’auraient pas d’enfants. Ils ne vivraient pas heureux jusqu’à la fin de leurs jours. Ceux de son épouse étaient déjà terminés.

Ses yeux retombèrent sur Heidi. Il la dévisagea quelques instants, battant toujours frénétiquement des cils. Il était perdu. Ses fantômes le hantaient. Il ne trouvait jamais le repos. Il avançait de plus en plus difficilement. Se demandait à quoi tout cela servait-il, de poursuivre sa route. Mais il vivait. Il continuait.

Douloureusement. Fantomatiquement. Un peu plus l’ombre de lui-même, chaque jour qui passait. Sans relâche.
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